Patrimoine Millavois : Gardette, le chevalier de la colonne

A ceux qui dans les années 1950 laissaient pousser leur barbe, on leur disait en plaisantant : « Tu vas bientôt ressembler à Gardette ».

Gardette, c’était cet homme à la barbe rousse, assez inculte, que l’on présentait comme un croquemitaine et dont on menaçait les enfants pour les faire tenir tranquille.

Fils de marchands de couteaux, dont l’enseigne transversale et haut perchée « Gardette, couteliers » a longtemps figuré à l’entrée de la rue Droite, il devait ne pas suivre l’exemple familial, et a mené une vie de bohème.

Gardette et Boulier lors d’un concours de grimaces à l’Ayrolle, vers 1910.

Son nom l’avait prédestiné à une carrière de gardien, mais pas de n’importe quel animal !

Gardette portait les cochons à domicile, pour cinq sous, et on le missionnait également pour s’occuper des habillés de soie. Autre fonction de notre célébrité locale, il ramassait les chiens errants dans les rues de Millau.

C’est d’ailleurs sous cet angle que l’a immortalisé Adolphe Pélissou sur une carte postale.
Par un clin d’œil humoristique, il le présente comme le « préservateur de la rage, ancien comptable du Roi du Dahomey ».

Aussi connu que Pinou, Tomate ou le Tapidol, il faisait partie des figures millavoises de la belle époque.

On le voyait souvent près du monument commémoratif de 1870 sur le Mandarous, et s’appuyant sur la belle grille en fer forgé par le serrurier Brengues en 1903, il se tenait là, bouteille à la main, avec les missards (misérables) et quelques cireurs de chaussures.

Le monument commémoratif en 1905.

On le retrouvait tellement souvent à cet endroit, figé comme un pilier de comptoir, qu’on lui donna comme surnom « le chevalier de la colonne » (à cause de la statue). Autant dire qu’il vivait de peu. Mais sous son aspect négligé, Gardette, qui ne manquait pas d’amuser la galerie, était un homme foncièrement bon n’hésitant pas à donner de son temps et fut tout au long de sa vie d’une grande serviabilité.

Marc Parguel