La première passerelle métallique de Laumet située dans la vallée de la Dourbie à 9 km de Millau, remonte au début du XXe siècle.

À l’origine, il devait certainement y avoir une planque, maintes fois emportée par les crues, reliant les deux rives. Les co-auteurs de « Notre-Dame de la Salvage » (mai 1983, p.8) nous apprennent qu’un pont à Bouffiac précédait les passerelles. On le voit mentionné dès 1262.

Ce fait est confirmé par différents historiens : jusqu’à la fin du XIIIe siècle, les troupeaux pour se rendre sur le causse Noir, transitaient du Larzac en traversant la Dourbie sur le pont de Saint-Amans de Bouffiac, près de Laumet ou l’Olmet.

Comme on disait alors, « Ipse testis stetit pastor in Larziaco, scilicet illo anno quo fuit dies nox…cundo et transeundo per pontem de Boffiaco quando ibat vel rediebat de Barres » (Barre ou Embarry, vaste tènement de dépaissance du causse Noir).

Ce pont qu’on doit attribuer aux moines de Saint-Guilhem était vraisemblablement en pierre ce qui était très rare à cette époque.

Il fut détruit par une crue avant l’année 1413 « usque ad pontem fractum de Boffiaco (31 mai 1413, Boissac notaire – D.Rey, les fortifications de Millau, p.113, 1924). Il ne fut pas reconstruit et on se contenta au cours des siècles de placer des passerelles en bois de peuplier.

Passerelles parfois bien dangereuses : « le 21 octobre 1789, s’est noyé au gay de Laumet Jean-Jacques Rivière, de Salles-Curan, domestique chez Monsieur le comte de Vézins, âgé d’environ 24 ans, et a été trouvé le 27e du même mois, mais après la planche de Massebiau. Il a été enseveli le même jour. » (Registre paroissial du Monna)

Une passerelle métallique

C’est sans doute, pour éviter le renouvellement de passerelle rustique, à chaque fois que la rivière débordait qu’un ouvrage métallique plus durable fut établi à Laumet. Celui-ci apparaît pour la première fois sur une carte postale envoyée en 1904.

Pour connaître la date de son érection, il suffit de visualiser la carte. On voit sur celle-ci l’abbé Arnal curé du Monna sur la gauche. Rappelons que Paul Arnal, fut curé du Monna de 1896 à 1939. Nommé le 12 octobre 1894 comme vicaire auxiliaire du Monna auprès du curé Poujol, malade il lui succéda le 15 mai 1896. Il est décédé le 1er juin 1939 dans sa 78e année.

La date de construction doit donc se situer entre 1896 et 1904 date d’envoi de la carte. Pour avoir une idée plus précise, il convient de chercher dans les délibérations communales de Millau, et nous pouvons lire le projet de Victor de Bonald d’ériger une passerelle. Comme à cette époque la municipalité s’oppose à construire une passerelle au Monna et rencontre des difficultés pour réparer celle de Massebiau, pourquoi ne pas l’installer à Laumet pour desservir son domaine ?

Sa proposition assez cocasse est pourtant envoyée en commission pour étude. Le 29 mai 1903, le Conseil Municipal rejette ce projet : « Monsieur le Docteur Bompaire, fait connaître que la commission des travaux s’est occupée de la proposition qui lui avait été renvoyée à une précédente séance par M.De Bonald, propriétaire au Monna qui offrait à la Ville de Millau de faire construire à frais commun, à la hauteur du domaine de Laumet, une passerelle sur la Dourbie pour le service des propriétés de la rive gauche de ce cours d’eau ».

« Après une étude approfondie, et après avoir examiné la question sous toutes ses faces, la commission, tout en reconnaissant qu’il y a quelque chose à faire pour donner satisfaction aux habitants des villages de Massebiau et du Monna, n’a pas cru devoir adopter le programme de M.De Bonald ». (Délibération de la Commune de Millau, séance du 29 mai 1903).

La construction de la passerelle a été donc réalisée entre mai 1903 et le 2 avril 1904, date de l’envoi de la carte.

La passerelle de Laumet en 1905.

Les Pèlerins de la Salvage venaient en voiture jusqu’à cet endroit, où ils entamaient la montée à pied vers le sanctuaire.

« Le travail avait été fait avec soin et l’on avait donné à l’ouvrage une hauteur lui permettant de défier longtemps les colères de la Dourbie » comme le note P.E.Vivier dans ses « Images millavoises, 302-303 ». La passerelle tint bon jusqu’au 31 octobre 1963, où elle fut emportée par une crue très exceptionnelle de notre capricieuse rivière, en même temps que le pont de Jouquemerle et une arche de celui de la Roque Sainte Marguerite.

La passerelle actuelle

La passerelle a été reconstruite en 1966, par l’entreprise Delagne et Pons. Elle ressemble beaucoup à la précédente, en poutrelles de fer, elle est large de 1m30 (+30 cm). Elle a été surélevée de 1 m environ au-dessus du niveau de celle qui avait été emportée.

La passerelle de Laumet en 2013.

On remarque qu’elle a été construite au même point, mais ne comporte plus la pile médiane implantée sur la grosse roche de tuf qui gît dans le lit de la Dourbie et qui se trouvait de ce fait dangereusement exposée aux coups de boutoir des troncs d’arbres et autres matériaux charriés par la crue.

La passerelle est désormais d’un seul tenant et son poids est de 3 tonnes. Raymond Robert nous donne quelques informations complémentaires : « Les éléments de poutrelles ont été assemblés en trois tronçons dans le pré voisin. Chaque élément fut lancé et boulonné au précédent à l’aide de treuils placés de part et d’autre de la Dourbie, et on a fixé celui de la rive droite à un camion et celui de la rive gauche aux arbres du travers » ( Observations personnelles, manuscrit, 22 octobre 1967).

Bien que privée, grâce à l’aimable autorisation des propriétaires, les pèlerins pouvaient continuer de l’emprunter pour se rendre à pied au sanctuaire de Notre-Dame de la Salvage sur le causse du Larzac. Aujourd’hui, pour des raisons de sécurité, sa fréquentation est interdite.

Marc Parguel