La Baume de l’Esclopier (commune de Saint-André-de-Vézines)

La Baume de l’Esclopier (du sabotier) se situe dans les rochers qui surplombent sur la gauche le chemin qui mène à la fontaine des Rious, environ 300 mètres avant d’arriver aux sources lorsqu’on se dirige vers Saint André de Vézines.

Bien que facilement accessible, elle n’est visible que de près, car dissimulée dans d’inextricables fourrés de verdure. Elle doit son nom au sabotier qui l’occupa il y a quelque cent ans, Louis-Pierre Bion.

C’était un berger originaire de Bré (commune de Veyreau), il y était né le 31 août 1862. Ses parents se nommaient Pierre Bion et Sophie Truel (Reg.etat civil). On le surnommait le bossu, à cause de l’énorme protubérance qu’il avait sur le dos.

Il n’était pas bossu de naissance, mais c’est en forçant au travail étant jeune qu’il avait eu cette infirmité, après s’être déboîté une épaule. Au début des années 1910, il est venu comme berger à Marlavagne (commune de Saint André de Vézines).

Durant l’été 1913, à cause de la sècheresse qui sévissait, il emmena le troupeau de Marlavagne (500 têtes) boire à la fontaine des Rious. Pour ce faire et afin d’éviter la fatigue aux bêtes sous le grand soleil, il traversait le village de Saint-André entre minuit et deux heures du matin, occasionnant un tapage nocturne qui n’était pas du goût de tout le monde. Il prenait les brebis de Marlavagne et certaines de Saint-André et les emmenait à la Bresse.

Là-bas, il avait emporté son jambon, son pain et dormait dans l’écurie. Il couchait aussi souvent au plus près des brebis, connaissant toutes ses bêtes, les soignait à l’occasion et ne faisait qu’un avec son troupeau. Si bien que si un jour le patron gardait à sa place (pourtant il devait le faire de son mieux), le rendement baissait. De ce fait, ce berger, ce bon berger, était un homme indispensable et n’avait pas de prix. Il se maria avec une fille Vernhet de Roquesaltes, Emilie, le 3 juin 1900. Sa femme se moquant bien de son infirmité disait « J’ai pris un homme bossu, parce qu’il avait la bosse pleine d’écus ». Ils ont eu ensemble cinq beaux enfants.

Comme passe-temps, il faisait les sabots dans sa maison, où il avait une remise. Juliette Ribas (1914-2018) se souvient : « Dans les années 1919-20, quand on était petites, il nous chantait : Bonjour, ma bergère, Adessiats Mossur, que fais-tu là seulette dans ce bois perdu… ». Rachel Libourel (1922-2017) ajoute : « Les sabots c’était aussi son gagne-pain. Je ne l’ai jamais vu mettre des chaussettes, hiver comme été, il mettait de la paille dans ses sabots. L’été, quand il allait garder les brebis, il gardait toujours ses sabots. »

Vue prise du fond de la baume.

C’est durant l’été, quand il allait emmener son troupeau aux Rious, qu’il grimpait vers les rochers et occupait la baume connue désormais sous le nom de « L’esclopier ». Là, il se donnait tout à son art, y laissant tous ses outils spéciaux pour façonner des sabots : le « coutelas », la « cuillère », la « biroune » et un étau en bois.

Le mur et l’oculus proche de l’entrée.

Voici les dimensions de la Baume : D’une longueur de 8 mètres pour 4m30 de large, elle a une hauteur de 2,25 mètres. Un petit mur barre l’entrée sur 3 mètres.

Le fond est rempli de bois empilé, et près de l’entrée, une ouverture naturelle (1m80 de diamètre) sert de conduit pour évacuer la fumée d’un feu de bois.

Notre brave homme en faisant ses sabots, allait à Navas, à Marlavagne, à la Combe, il avait un frère célibataire Joseph qui était troupelier à Bré. Il allait aussi dans le midi avec son troupeau. Louis Pierre Bion est décédé le 30 avril 1937 à Saint André de Vézines, à l’âge de 74 ans.

Avec le temps, son souvenir a disparu des mémoires. Puisse cette chronique raviver la flamme de ces lieux oubliés et de ces hommes qui les ont marqués de leurs empreintes.

Marc Parguel