Causses et vallées

La baume jasse de Malbouche (causse Noir)

Le cirque de Malbouche est situé à 2 km environ à l’ouest de Saint-Jean-des-Balmes. Les eaux pluviales qu’il reçoit sont drainées par le torrent temporaire qui se jette dans la Jonte, à la Grave, sous Peyreleau. Pour les touristes, Malbouche est surtout intéressant pour le mas de la Vaysse, qui aurait servi d’habitat à Jean Grin, mais on y trouve également non loin de là à 830 mètres d’altitude, une baume jasse (abri sous roche faisant office de bergerie).

A l’intérieur de la Baume jasse. DR

Laissons la plume d’Albert Carrière nous guider : « A moins de cent mètres au sud-est et au même niveau, sur le flanc du cirque, on arrive à un rocher massif sous lequel est aménagée une bergerie. Sur son pourtour, au ras du sol, plusieurs issues ont été maçonnées. Il est probable que des fouilles y seraient fructueuses. Ce vaste abri est trop bien placé pour n’avoir pas tenté les primitifs d’autant plus qu’une source précieuse jaillit à 200 mètres plus loin et à 25 mètres en contrebas du plateau. Elle est peu abondante, mais son débit est régulier. Il est fort regrettable qu’aucun travail n’ait été fait pour l’utiliser pleinement.
Une grande auge en ciment armé servirait d’abreuvoir aux troupeaux qui viennent paître dans ses environs. Son flot n’a pas parcouru dix pas qu’il disparaît, bu par le sol sablonneux. Cette courte apparition lui a suffi pour créer un minuscule oasis dont la flore réserve d’agréables surprises au botaniste.
Malheureusement, le grand peuplier qui la signalait de loin aux visiteurs étrangers est mort de vétusté, branche après branche ; le cirque s’est vêtu d’une forêt de pins qui le rend introuvable. » (A. Carrière, par monts et par vaux, 29 mars 1953).

A côté des pins sylvestres qui croissent ici depuis toujours, bon nombre de pins noirs d’Autriche peuplent désormais le plateau, symbole d’un reboisement intensif, redonnant au causse Noir son aspect de forêt sombre.

Un panneau très ancien indiquait le chemin de Malbouche, celui qu’empruntait le facteur qui traversait le Causse, venant de Peyreleau. Ce panneau a été enlevé par l’Office National des Forêt il y a quelques décennies.

Le chemin de Malbouche. DR

Tout près de la baume jasse, on remarquera un four à chaux, dont les pierres encore blanchies nous rappellent que sa dernière utilisation ne doit pas remonter à plus de deux siècles.

Si besoin, le chef de famille Caussignac des Mourgues dans son Livre de Raison nous le confirmerait : « Vers le 15 mai 1815, j’ai acheté du sieur Refragiès de Paulhe, la chaux qui s’est trouvée à cette époque dans le four de Malbouche pour la somme de 38 livres payée le 7 juin : 37 charretées du 23 mai au 5 février 1816 ».

Le four à chaux. DR

Assurément, la baume jasse telle que nous la voyons aujourd’hui ne remonte pas au-delà du XIXe siècle. A l’origine, il y avait un rocher massif avec auvents possédant deux grandes ouvertures.

Celles-ci furent murées sur toute leur longueur. Cette baume est assez spacieuse pour accueillir 150 bêtes à laine. Les terrains tout autour sont de couleur foncée, la terre y est fraîche, riche et meuble, donc humifère.

La baume jasse fut bâtie pour mettre le troupeau à l’abri des prédateurs (loups). Dans le mur servant de clôture, on avait prévu des ouvertures, d’envergure limitée, destinées à l’aération et au renouvellement de l’air.

Vue du mur bâti contre le rocher. DR
Vue du mur bâti contre le rocher. DR

Alain Bouviala en a fait une description dans son livre sur les Baumes « Dans le haut du ravin de Malbouche, un arc naturel a été bouché artificiellement. Le plus grand mur est très soigné : mortier, encadrement de porte en pierres taillées, arc de décharge du linteau, deux lucarnes. A l’intérieur : vasque creusée dans l’entablement du sol, trous d’encastrement de poutres dans les parois attestant un fenil d’étage sur le plancher aujourd’hui disparu… De par sa conception, cette bergerie devait être occupée de façon saisonnière. Les bêtes y étaient protégées de l’attaque des loups, le pastre pouvait dormir dans le foin. » (Los Adralhans, 2002).

Vasque dans l’entablement du sol. DR

En effet, à l’intérieur, on y trouve tout le confort nécessaire : foin, eau recueillie dans une vasque, et pour le berger des fagots de bois et un coin pour faire du feu.

Vue de l’autre partie murée. DR

La porte d’entrée mesure 1m85. On ne peut que regretter qu’aucun panneau ne la signale tant elle est remarquable et typique du pastoralisme d’autrefois.

Marc Parguel

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