Causses et vallées

Sur le chemin des Fleurs à Montméjean

Prenons aujourd’hui la direction du Causse Noir, et allons sur le sentier botanique de Montméjean (commune de Saint-André de Vézines), appelé « Lo Camin de las flors ».

Celui-ci démarre dans le village situé à 650 mètres d’altitude, sur un versant ensoleillé. Il a été inauguré le 24 juin 2001 et porte le nom de René Pical, conservateur des herbiers de la faculté de pharmacie de Montpellier qui voyait la situation géographique de Montméjean comme idéale car on peut y trouver une flore aussi bien méditerranéenne que de moyenne montagne. Continuant son œuvre, Marie-José Cartayrade, passionnée de longue date de botanique, sera notre guide sur ce chemin fleuri.

Des lauzes avec le nom de chaque variété de fleurs en français, latin et occitan accueillent le promeneur tout au long du parcours. Mais attention il est recommandé de toucher les fleurs avec les yeux ou de les saisir avec un appareil photographique. Un panneau à l’entrée du sentier nous le rappelle.

La Vipérine.

Suivons notre guide et approchons nous des premières plantes en bordure du chemin, voyons un peu, cette fleur bleue, la vipérine. Elle attire les abeilles et les papillons et peut-être utilisée en infusion pour calmer la toux.

Prise à tort pour une mauvaise herbe, la fumeterre autrefois appelée « fumée de la terre » probablement en raison de l’action lacrymogène de son jus ou de la fumée qu’elle dégage en brûlant, possède de nombreuses propriétés médicinales. On notera son action contre les affections dermatologiques comme l’eczema ou contre les migraines de la femme enceinte. Cheminons et continuons notre inventaire. Les iris ont colonisé les rochers au dessous du château.

La chélidoine, utilisée pour soigner des verrues, son nom provient du grec « chelidôn » qui signifie « hirondelle », car selon la coutume, les hirondelles récupèrent le suc de cette herbe pour le donner à leurs petits afin d’améliorer leur acuité visuelle. Grande Euphorbe, plante toxique. On utilisait autrefois ses graines comme purgatif. Le Nerprun alaterne est un arbrisseau typiquement méditerranéen qui se développe spontanément sur les coteaux calcaires et bien ensoleillés en compagnie du chêne pubescent.

Autrefois, on se servait des feuilles en gargarisme contre les maux de gorge. Les asperges sauvages parfumeront bien les omelettes. L’aubépine dont les feuilles sont bonnes pour le cœur et les baies comestibles. Le cornouiller donne des baies rouges en automne. Notre guide évoque le dicton populaire en occitan que l’on disait au XIXe siècle. Si je me souviens bien, cela signifiait en français : « Quand les cornouilles commencent à mûrir les veillées commencent. Quand les cornouillers sont en fleurs, les veillées sont terminées. ». Le cornouiller sanguin est particulièrement répandu autour de Montméjean.

Un cormier d’origine méditerranéenne, arbre devenu rare et dont le bois très dur servait à la confection d’outils particulièrement résistant.

Nous quittons le village et grimpons dans les terrasses entre les murs en pierres sèches sur un chemin rouvert en 1995 et passons devant des germandrées petit-chênes. C’est une plante assez basse, à petite feuille à bord denté. Ses fleurs sont de couleur rose. Autrefois ses feuilles servaient à faire des purges, mais il est arrivé qu’en voulant en infuser une trop grande quantité, des personnes se soient empoisonnés. L’occasion à notre guide de nous rappeler que « Toute plante est remède, toute plante est poison », il suffit de savoir faire les bons dosages.

Bonne pour la goutte, nos grand parents cueillaient le petit chène pour en faire des infusions quasi journalière pendant l’hiver.

Le thym serpolet pousse dans les sols maigres et secs. Plante bactéricide, il sert à guérir des infections (soulage des digestions difficiles). A ses côtés, ayant les mêmes propriétés médicinales, la globulaire dont la fleur se situe au bout de la plante, serait comestible. Les amélanchiers dont les baies deviennent aussi rouges que la groseille font de bonnes confitures.

L’inula Montana (inule des montagnes), plante vivace, très connu des habitants du Causse, qui pousse sur des terrains calcaires possède les mêmes propriétés que l’Arnica. Les anciens la faisait macérer dans de l’eau de vie. Active sur tous les traumatismes, hématomes, contusions, déchirures musculaires, ecchymoses.

L’inula Montana.

Direction le Ravin de Catusse. L’héllébore fétide, comme son nom l’indique dégage une odeur fort désagréable. C’est une plante vénéneuse : 250 grammes d’hellébore fraîche tuerait un cheval. Elle fut autrefois utilisée pour soigner les maladies nerveuses ou la folie. Cette plante servait à guérir des morsures de vipères dont sont victimes plus particulièrement les animaux. Elle est connue pour tirer le mal.

En dernier recours, car l’opération s’avérait dangereuse, sur le Causse, lorsque les brebis avaient mangé de l’herbe trop verte et qu’elles gonflaient, on les attachait à côté de l’héllébore et on leur pointait la tige dans la bouche pour provoquer du fait de son « goût infernal » un renvoi salvateur. Nous traversons un paysage minéral, avec vue panoramique sur le village et passons devant un saule marsault dit « Saule des chèvres ». Mellifère, il attire les abeilles.

Le sentier débouche à la source de Fons Doulsa dans son oasis de verdure.

C’est ici que les troupeaux des fermes voisines Costeplane et Brunas venaient s’abreuver. Long parcours après avoir traversé la colline, pour se désaltérer. Désormais, cette mare est devenue une auge pour les sangliers. Tout près de là, au pied de la source, poussent des renoncules.

Mare de Font Doulce.

Reprenons le sentier en direction du Rajol. Au bord du chemin, deux anémones hépatiques bleus et jaunes nous surprennent. On en trouve souvent de bleus et mauves, rarement de jaunes.

Le chemin sur lequel nous passons servaient de passage au brebis de la Combe et de Roquesaltes pour aller se désalter à Font Doulce.

Nous passons devant l’Astragale de Montpellier, fleur de moyenne montagne de couleur rose violacée, puis empruntons un chemin qui a été dégagée le 11 novembre 1999, celui-ci longe un long mur qui sépare les terres de Montméjean avec Roquesaltes. En bordure du chemin, nous trouvons une anémone pulsatille. Fraîche, cette plante est toxique, caustique et irritante.

Anémone Pulsatile.

Un peu plus loin, caché dans l’herbe, on trouve des fraises sauvages. Sur la rocaille calcaire apparaît le daphné camélée aux feuilles ovales, glabres et aux fleurs odorantes que l’on voit tapisser Sabélenque en dessous de Roquesaltes qui tire son nom du sol sablonneux.

Le daphné camélée.

Nous prenons de la hauteur, de 650 mètres au départ du sentier, nous voici a 855 mètres d’altitude et nous arrivons dans les ruiniformes de la Môle. On ne peut que constater que la busserolle ou raisin d’ours envahit la pierraille, avec ses feuilles persistantes, et ses petites fleurs en grelot. Elle aurait les mêmes propriétés que la bruyère. En infusion, elle contribuerait à soigner les infections urinaires.

Sur les hauteurs.

La sauge d’éthiopie, plante remarquable est en voie de disparition. Elle pousse surtout sur les terrains secs et faiblement riches. Arrivé au niveau du Rajol, on rencontre également quelques pieds d’immortelles dans un terrain sec. De cette fleur émane une forte odeur de curry. On en fait de l’huile pour rendre la peau plus jeune.

La Tour de La Roque Sainte Marguerite prise entre deux rochers.

De là, on aperçoit la Route du Riou Sec. Marie-José Cartayrade nous dit qu’elle été réalisé entre 1902 et 1905 par l’entrepreneur Cartayrade, qui, après avoir établi des devis s’est aperçu que les travaux seraient bien plus long et plus rudes que prévus. Des gens venaient de Saint Véran tous les jours travailler. Il avait fait construire sous la route une petite maison pour y entreposer ses outils de travail. Il ne se déplaçait à l’époque qu’avec des charrettes. Ce n’est qu’après 1914, que l’entrepreneur fit l’acquisition d’un camion.

Les Asphodèles.

Proche du Rajol, deux asphodèles prennent la pose non loin d’un grand rocher.
Nous descendons lentement mais sûrement vers le hameau de Montméjean, passons sous le relais télé, où autrefois ses dressaient les fourches patibulaires. Un arrêt à l’aire de repos « lo posador » de la fontaine de Montméjean (mentionné sous ce nom au cadastre de 1840) où l’on voit à proximité des abicasses. Le sentier se termine au pied du château, devant le four à pain.

Un jardin botanique récemment crée possède un beau magnolia planté en 2015 à la mémoire de René Pical.

Marc Parguel

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