L’église Saint-Amans-et-Saint-Loup de Paulhe

L’église de Saint Amans de Paulhe, situé dans la vallée du Tarn, côté Causse Noir est citée dans le pouillé (inventaire des biens d’église d’un monastère, d’un évêché) du chapitre de Vabres en 1317. C’est sans doute sur les ruines de cet édifice que fut bâtie l’église que nous connaissons aujourd’hui puisque celle-ci fut consacrée le 30 janvier 1534, par Mgr Simon de Podio (Dupuy), évêque de Damas, délégué à cet effet par Mgr Réginald de Martigny, évêque de Vabres, comme en fait foi un procès-verbal cité par l’abbé F. Hermet.

Il y est dit que cette consécration eut lieu à la demande du recteur de Paulhe, Cazes ou Lacaze, et des marguilliers Guillaume Delmas et Benoit Affayrous. F. Hermet s’interroge sur la venue de Simon Dupuy pour l’inauguration de ce saint lieu : « Comment ce prélat de Syrie fut-il amené à consacrer l’église de Paulhe. C’est ce que nous ignorons ». (Revue historique du Rouergue, 15 février 1928).

Observons le double portail ogival de l’église. Le plus petit possède un Enfeu (dans les églises médiévales, niche à fond plat, généralement voûtée, destinée à abriter un tombeau) surmonté d’un blason représentant un lévrier rampant. Y a-t-il un lien entre le co-patron de la paroisse Saint Loup, et un seigneur médiéval qui, en ce lieu, aurait eu des possessions ? Où serait-ce un bienfaiteur de la paroisse ?

Blason avec lévrier rampant.

À la recherche des reliques

L’église de Paulhe était une des plus riches de la contrée en reliques précieuses. On en comptait plus de 40, dont l’authenticité fut reconnue officiellement en 1623, par un délégué de l’évêque de Vabres. Il y avait notamment des reliques de saint Mathieu, de saint Hippolyte, de saint Germain, saint Protais, saints Côme et Damien, etc.

Pendant les guerres de Religion, l’église fut profanée et incendiée par les calvinistes. Nombreux furent les méfaits commis dans le village. Au début de janvier 1575, plusieurs chefs protestants passent par Millau, Paulhe…allant aux Etats de Nîmes : ils tombent dans une embuscade tendue par Bélarga et y laissent mules, et chevaux chargés d’armes et bagages valant 4000 écus sol ou plus (d’après les mémoires d’un calviniste).

Cette même année des protestants de Millau font une incursion à Paulhe : Catherine Genieys est blessée à la tête et sa mère paye 18 l. à Brenguier chirurgien de Millau qui la soigne (16 janvier 1575, De Malrieu).

Le 11 avril 1586, la maison de Louis Artières de Paulhe est pillée par ceux de Millau qui emportent : « une sacque de layne d’un quintal et demi, la moitié d’un sayy porceau de 22 l. poids de romaine, un quartier de porceau salé, de salcisse, une langue salée de porceau, 3 l. de ly fin (graine de lin), 3 grands fays de pommes, 4 linceuls de lit, une ayssade, un manteau neuf, un jupon toyle, 4 chemises. ». (A. Carrière, Journal de l’Aveyron, 2 août 1925)

Le 12 juillet 1591, des habitants de Paulhe, au nombre de 20, considérant que le curé de Paulhe n’osait pas venir dire la messe audit lieu par crainte des troubles suscités par les guerres de Religion et voulant user du privilège immémorial qu’ils ont de nommer le recteur, élisent P. Lanes, clerc de l’église de Notre Dame de Lumenson (qui se trouvait au bord du Tarn, près du cimetière d’Aguessac, emportée par la crue de 1808).

Dès lors, P. Lanes est venu tous les dimanches faire les offices divins à Paulhe, au grand péril de sa vie (A. Carrière).

Les reliques furent soustraites au vandalisme des protestants, grâce à l’héroïque fermeté de leur gardien qui subit la torture plutôt que de livrer son trésor ; sauvées miraculeusement d’un incendie, de nouveaux troubles obligèrent à les cacher une seconde fois ; elles furent si bien cachées qu’on ne les a plus retrouvées depuis. On a longtemps pensé qu’elles avaient été mises en lieu sûr dans une grotte mentionnée par le curé Moulines en 1860, sous les falaises de Carbassas, à 500 mètres du village, grotte d’une longueur de 20 mètres que les gens du pays appellent « des fadarelles »… Mais il n’en était rien.

Vue générale du village.

Au siècle dernier encore, on les cherchait activement, l’abbé L’Ayrolle en 1925-26 fit des fouilles infructueuses comme le mentionne la Revue religieuse du diocèse de Rodez : « Le jour de Noël s’est clôturée la belle mission prêchée par M.le chanoine Teissier. M. le curé d’accord avec M. le chanoine Teissier a ouvert une souscription pour la réfection du pavé du sanctuaire et la recherche de 3 reliquaires cachés dans l’église à l’époque des guerres de religion » (8 janvier 1926). Suite à ces fouilles, le curé dut refaire le pavé du chœur.

A la suite des guerres de religion, l’église ruinée demande réparation : « Les ouvriers de Paulhe remontrent au syndic de Vabres que leur église serait en beaucoup d’endroits ruinée, la futaille aussi d’icelle presque pourrie étant inhabitable pour y demeurer en y faisant et célébrant le service divin comme se faisait journellement… la chapelle Notre Dame de lad.église est entièrement découverte et s’en va entièrement en ruine et d’ailleurs lad église est grandement dépourvue de tous ornements comme aussi d’une cloche… Le syndic a répondu que lad. Eglise de St Amans de Paulhe est couverte et pour le regard des autres réparations qu’il conviendrait de faire, il offre faire son devoir » (27 novembre 1610, Pelissier).

En 1630, l’église n’était pas encore totalement en état puisque Guillaume Guirard, qui afferme le Prieuré de Paulhe à Messire Louis de Pascal, archidiacre de Vabres, pour la somme de 75 livres, le fait à condition que ledit recteur fera réparer à ses frais la toiture de la maison claustrale, brûlée par les rebelles et achètera une chasuble et un ciboire (inventaire du Chapitre de Vabres). Le prieuré de Paulhe avait des revenus peu considérables puisque par bail du 29 juin 1718, ils étaient affermés seulement 411 livres, plus 8 livres de cire. Réfrégier, maire de Compeyre, donne à recrépir l’église de Paulhe à plusieurs Italiens pour 33 livres (1783).

Sous la Révolution

Durant la Révolution, Roques, originaire de Saint-Georges, curé depuis 1784 refusa le serment constitutionnel, il continue d’administrer la paroisse. L’an III, il fait certifier avoir résidé à Paulhe depuis le 1er mai 1792 sans interruption. Le 4 fructidor (douzième mois du calendrier républicain commençant le 18 ou 19 août) an III il déclare vouloir exercer le culte catholique. Il avait pour vicaire M. Lafon qui lui aussi ne quitta pas la Paroisse durant la tourmente révolutionnaire. En 1791, l’église sert à loger la paille réquisitionnée. L’année suivante, on paye 7 livres pour descendre la cloche de Paulhe (4 germinal an III). L’an X, l’église de Paulhe possède un calice en argent acheté depuis peu par les habitants, un rayon d’ostensoir en argent, un ornement de soie rouge et vert appartenant à la confrérie du Saint Sacrement et deux nappes d’autel à la confrérie du Rosaire (Délibérations de Compeyre). L’an XII, on émet le vœu que l’église de Paulhe soit conservée. Roques, curé de Paulhe administrera sa paroisse pendant 29 ans jusqu’à sa mort en 1813, il était alors âgé de 60 ans.

Quelques curés méritent d’être mentionnés : Alexandre Moulines, de Laguiole (1856-1870) qui fit de nombreux aménagements à l’intérieur de l’église. Dans le dossier de l’abbé Delpal (archives municipales de Millau), une lettre manuscrite mentionne la chaire à prêcher : « La chaire a été faite vers 1857-1858. Le curé de Paulhe s’appelait Alexandre Moulines. Il a fait faire la chaire à prêcher (pastorale) certainement la stalle de l’officiant, des bancs et lambris à dentelures du chœur parce qu’une personne avait donné de l’argent. » Rappelons que la chaire, comme dans beaucoup d’églises ; sur 4 panneaux, représente les 4 évangélistes. L’escalier qui mène à cette tribune et les boiseries du chœur ont été finement travaillés.

La chaire du Paulhe.

D’après Claude Lacombe, « cette chaire serait le travail d’une équipe de deux artisans : un très bon menuisier-ébéniste local aurait réalisé le corps et les moulures, un sculpteur sur bois qui aurait, avec beaucoup de finesse, gravé les 4 évangélistes, les frises entourant les 6 panneaux de la chaire, l’escalier présentant une succession de rosaces, les boiseries du chœur reprenant les motifs décoratifs de la chaire » (Le Causse Noir, été 2008). La chaire, le chœur et l’église furent restaurés courant 2005.

Les panneaux avec les quatre évangélistes.

Alexandre Moulines a fait exécuter à l’intérieur de l’église en outre les boiseries du chœur, les bancs et les lambris en dentelure (coût 2600 francs). La paroisse fournissait le bois (de jolis noyers réservés à cet effet), les habitants hébergeaient et nourrissaient gracieusement l’artiste (car c’en était un) qui se contentait d’un très modeste appointement pour ses menus besoins (d’après panneau à l’entrée de l’église de Paulhe).

En 2010, avec la direction régionale des affaires culturelles (Drac), et sous les conseils des services du département, de Claude Lacombe, spécialiste du meuble millavois, de Pierre Solassol et des prêtres, le Maire de Paulhe Achille Fabre a souhaité inscrire la chaire de Paulhe comme monument historique. En effet, ce chef d’œuvre est d’une richesse surprenante pour la modeste paroisse de l’époque. Concernant la demande de classement, après plusieurs mois de renseignements, les services de la Drac sont venus visiter la chaire et un dossier leur a été transmis en 2012. Au mois de mai 2013, la réponse orale est négative. La commission chargée de ce dossier a jugé que la richesse du monument n’était pas assez ancienne dans le temps. (Midi Libre, 12 septembre 2013)

En 1866, Alexandre Moulines donna à la fabrique une maison et un jardin. On peut supposer de nos jours que la mairie « ancien presbytère » était la maison et l’espace entre l’ancien cimetière et la rue des églantiers le jardin.

Léon Viguier, de Millau, lui succèdera en 1870 avant d’être transféré à Saint-Côme en 1873, puis vint Pierre Ragon, de Millau (1873-1877) mort dans un accident de voiture. François Fabre originaire du Monna (1878-1886).

Maurice Ramond succéda à François Fabre à la cure. Originaire de Saint-Rome-du-Tarn, il ne resta que peu de temps (1886-1887). Décédé à Paulhe à l’âge de 35 ans le 17 mai 1887, il fut inhumé dans le cimetière, jouxtant l’église face au portail d’entrée. Face à sa tombe avait été érigée sur un socle en pierres une croix qui, en 2002, suite à la fermeture du cimetière le 30 septembre 2001, a été déplacée côté nord de l’église, afin de créer un « In Memoriam » en souvenir des personnes inhumées dans ce cimetière désaffecté le 28 octobre 1975.

Intérieur de l’église.

L’abbé Louis Joseph Barascud prit le relais en 1887. Né à Tournemire en 1850, il fut à l’origine, dès 1890, de grandes restaurations. A l’extérieur, les travaux consistèrent au ragréage des crépis disparus à un mètre de hauteur tout autour de l’édifice, la régularisation et l’exhaussement des contreforts, croix en tuf de Creissels sur la façade de l’église (aujourd’hui disparue) badigeonnage en trois couches sur toute la surface de l’église et du clocher, agrandissement et réfection de la fenêtre donnant sur le plan.

A l’intérieur, réparation du pavé de l’église, du chœur et de la sacristie ; réfection à la chaux hydraulique du crépi du mur, côté de la place sur environ 70 cm de haut, au-dessus des lambris, badigeonnage gris cendré clair des murs de la nef et de la tribune (démolie en 1954). Les voutes du chœur et des chapelles latérales furent décorées par les soins de l’abbé Aigouy, vicaire à Aguessac au cours des mois de l’été 1898. L’abbé Barascud, curé de 1887 à 1902, fut nommé curé de Palmas et remplacé par l’abbé Aymé. Louis Joseph Barascud retournera à Tournemire où il décèdera en 1907.

Un article paru dans la Revue Religieuse de Rodez donne les grandes lignes de son œuvre : « Ordonné prêtre en 1875, il fut envoyé à Belmont. Après quelques années, il fut nommé vicaire à Creissels en 1887 aidant le vieux curé M. Bonnefous à reconstruire église, sacristie, clocher avec beaucoup d’intelligence et de goût. En 1887, le vicaire de Creissels fut nommé curé de Paulhe. Le zèle du pasteur se signala par des embellissements considérables à l’église, des instructions et des catéchismes très bien faits ; et c’est là surtout qu’il sut susciter et cultiver de nombreuses vocations religieuses. Transféré en 1902 à la paroisse la plus importante de Palmas, il y déploya les mêmes qualités de sage administrateur. A la fin de 1906, voyant sa santé altérée, il se retira à Tournemire ou il passa ses derniers mois, il mourut un mercredi 2 octobre 1907, à dix heures du soir » (d’après la semaine religieuse du diocèse de Rodez, Nécrologie, article signé L.G., octobre 1907).

Eglise de Paulhe.

L’abbé Raymond Aymé, originaire de Réquista, continuera l’œuvre de Charles Barascud de 1902 à 1923. Jean-Antoine Layrolle, originaire de Mostuéjouls, fut nommé en 1924 à la cure de Paulhe et entreprit de nouveaux travaux dans l’église.

En 1926, à la suite de fouilles infructueuses, comme nous l’avons vu pour retrouver les reliques, il fit refaire le pavé du chœur ; celui de la nef a été complètement remplacé en 1942 sous le pastorat de l’abbé Ollier. En 1952 et 1953, les vitraux et fenêtres, ornements liturgiques, ont été remis à neuf. En 1954, pendant cinq mois, d’importants travaux entrepris par l’abbé Cousy ont permis de refaire les crépis, les peintures, de supprimer certaines statues et les tribunes, et de créer un nouveau chemin de croix plus moderne, la dépense s’est élevée à 500 000 francs (Midi Libre, murmures du Tarn aux Causses, 2002).

Comme le souligne Achille Fabre, maire du village dans l’édition du Journal de Millau du 24 novembre 2005: « Chaque prêtre avec ses moyens a porté sa pierre à l’édifice avec l’aide des divers prêtres et membres du comité paroissial crée il y a environ 35 ans. Il ne faut pas oublier les différentes municipalités qui ont aussi œuvré pour la même cause : installation chauffage, réfection toiture, façades, électrification des cloches, déplacement autel, etc. ». A l’initiative de la commune la façade de l’église a été rénovée en 1989, le clocher mis en lumière en l’an 2000 et le cimetière déplacé en 2001.

Entre 2002 et 2006, la peinture intérieure a été refaite, les cloches ont été restaurées et il y a une dizaine d’années, le vitrail du chœur de l’église a également été renové (Midi Libre, 1er juin 2008).

En septembre 2018, l’entreprise Got s’est chargée de réparer la toiture du clocher, suite à des intempéries survenues à l’automne 2017 et dont les rafales de vent avaient emporté des tuiles.

Après cette réparation, c’est le fonctionnement des cloches qui laissaient à désirer. En effet, la cloche la plus lourde, située côté nord, était muette au moment de sonner l’angélus, le moteur l’actionnant ne répondant plus, on s’occupa début 2019 de poser un nouveau coffret électrique répondant aux normes.

Marc Parguel