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jeudi 3 décembre 2020
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Saint-Georges-de-Luzençon. « Ce projet est néfaste pour l’écologie »

L’article du journal le Progrès Saint-Affricain paru le 28/10/2020 dans Millavois.com est intitulé « Saint-Georges-de-Luzençon, le projet de zone d’expansion de crue entaché par la polémique ». Il fait la part belle au projet porté par la SMBVTA et soutenu par la majorité municipale. Très étonnamment, il oublie de présenter les nombreuses objections et propositions avancées par les experts et le collectif pour la sauvegarde de la chaussée opposé à ce projet calamiteux.

Au cours de la conférence de presse du 23 octobre où était conviée la presse locale, le président du Syndicat Mixte et le maire de la commune ont vanté la pertinence et les bienfaits du projet de « restauration d’une ZEC » confectionné par le bureau d’étude EGIS. Seul le côté idyllique a été évoqué (il n’y a qu’à voir la photo montage paradisiaque du projet EGIS retenue par le journal Le Progrès Saint-Affricain : une belle journée printanière avec une magnifique passerelle et de grands arbres déjà trentenaires !).

Tout au contraire, l’analyse sérieuse et critique du projet EGIS met en évidence les effets désastreux qu’engendrera la réalisation d’un tel projet.

Au nom de la « continuité écologique », on va :

− effectuer des terrassements gigantesques représentant environ 69000 m3 de matériaux à coup de bulldozers et de pelles mécaniques ;

reprofiler le lit mineur sur 620 mètres en amont de la chaussée pour obtenir une pente régulière et « rectiligne » ;

− reconstruire en amont 3 mini-chaussées de fond pour essayer de réguler, d’assagir et de dompter la rivière ;

− supprimer un espace de stockage d’eau (le remous) très utile pour la faune en période d’étiage et de sècheresse ;

arracher et dessoucher rive gauche plusieurs centaines d’arbres sur 620 mètres en amont de la chaussée et en aval jusqu’à l’école publique ;

− creuser la zone d’expansion des crues (ZEC) et provoquer un gigantesque vide en enlevant 13.000 m3 de déblais (avec un débit identique à celui de la crue de 2014, la ZEC se remplira en moins de 35 secondes et avec un débit correspondant à une crue décennale, elle se remplira en un peu plus de 2 minutes) ;

− créer des enrochements disgracieux rive droite pour soutenir des berges fragilisées ;

− maintenir et rafistoler l’appui bétonné rive droite ;

− générer en amont un risque non négligeable d’effondrement de la rive droite suite à une érosion régressive et à un curetage de la rivière ;

augmenter, en période de crue, la vitesse de l’eau, la force érosive de celle-ci et donc sa force destructrice. La rivière sera désormais incontrôlable ;

− diminuer, selon le projet EGIS (page 37 de la présentation EGIS en Conseil Municipal le 31/08/2020), la ligne d’eau de 5 cm et le débit de 8 m3/s en aval du pont de la RD 992 par rapport à la crue de 2014 (rappel : hauteur d’eau 550 cm et 386 m3/s de débit). 1,2 million d’euros de travaux de génie civil pour un gain hydrologique insignifiant !

attendre des dizaines d’années avant de retrouver des berges accueillantes et un écosystème équilibré et vivant.

Le SMBVTA reconnait lui-même être dans l’incapacité de garantir que l’ensemble des travaux de génie civil décrits dans le projet EGIS aura une efficacité certaine en cas de crues sévères.

Sur le scénario de démolition de la chaussée du moulin, le rapport du bureau d’étude CEREG remis au SMBVTA en avril 2019 indiquait, je cite :

– « peu d’impact significatif pour des crues des plus rares aux plus fréquentes, si ce n’est un impact léger mitigé sur le champ et le stade, ainsi qu’en lit mineur avec augmentation des vitesses d’écoulement et donc des forces d’érosion.
l’arasement du seuil haut (destruction de la chaussée du moulin de Paillès) parait donc peu intéressant du point de vue coût-bénéfice vis-à-vis des enjeux et maintient en place le merlon amont et la digue qu’il convient de continuer à entretenir.
– l’impact de ce scénario est également négligeable sur l’écrêtement de la ZEC (1%) ».

Peu apprécié des décisionnaires, ce rapport CEREG a été vite enterré et rangé aux oubliettes. Dans la foulée, le SMBVTA a relancé l’affaire en engageant un autre bureau d’étude surement plus docile et complaisant, EGIS.

La démolition de la chaussée du moulin de Paillès est au centre de toutes les discussions. En effet, l’objectif à atteindre de sa destruction conditionne le paiement de la subvention (ou « prime à la casse ») de 1,6 million d’euros, et donc l’illusion d’un projet « phare » à peu de frais de modernisation du site de Saint-Georges.

Pas de destruction de la chaussée, pas de subvention ! Ou dit autrement : destruction pour subvention !

On va donc sacrifier un ouvrage exceptionnel au nom de la soi-disant « continuité écologique », sur une étude marketing non débattue en échange de subventions publiques généreusement accordées.

Ne vous laissez pas leurrer, ce projet est néfaste pour l’écologie, pour la commune, pour les Saint-Georgiens et pour le Cernon.

Le Collectif pour la Sauvegarde de la Chaussée de Saint-Georges-de-Luzençon

Christian Gauffre, Guilhem de Saint-Sernin, Bruno Ferrieu,
René Gouzes Hydrogéologue, Ingénieur-docteur (en retraite),
Jean-Pierre Henri Azéma Docteur en géographie de l’aménagement – Spécialiste des chaussées de moulins.

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