Millau. Un Général, une rue… Le Général Sarret

Fils naturel du marquis de La Pailleterie et de l’esclave noire Marie Dumas, Alexandre s’est engagé en 1786 sous le patronyme de sa mère. Intrépide et d’une force herculéenne, Alexandre Dumas (père et grand-père des écrivains célèbres du même nom) se met en valeur en accomplissant des actions d’éclat. Il est surnommé le « diable noir » par les Autrichiens. Promu rapidement général pendant la Révolution, il commande en janvier 1794 l’Armée des Alpes forte de 40 000 hommes.

Le Général Dumas d’Olivier Pichat. ©DR

Alexandre Dumas reçoit l’ordre du Comité de salut public « de s’emparer le plus promptement possible » des cols du Petit Saint-Bernard et du Mont-Cenis qui sont restés, après la conquête de la Savoie par les Français, sous le contrôle du Duc de Savoie, Roi de Sardaigne. Dans un conseil de guerre tenu à Chambéry, il confie la première mission au général Badelaune et la seconde, l’attaque délicate et périlleuse du Mont-Cenis, au général Sarret.

Le Général Dumas combattant les Autrichiens. ©DR

Mais qui était le Général Sarret ?

Henry, Amable, Alexandre de Sarret est né à Millau le 6 septembre 1767. Issu d’une vieille famille de notables, il est le fils de Jean de Sarret, juge-bailli de Millau. Après avoir commencé des études de médecine à Montpellier, il s’engage à 17 ans et sert dans le Régiment wallon de Brabant.

Ruines du Camp de Tournoux et vallée de Barcelonnette. ©DR

Quand la Révolution éclate, il est en Espagne dans le Corps Royal du Génie avec le grade de lieutenant. Le 5 août 1791, il rentre en France après avoir prudemment fait disparaître la particule de son nom de famille. S’il abandonne l’aristocratie, il reste fidèle à l’armée puisqu’il est nommé à l’Etat-Major de l’Intérieur le 18 septembre 1792. Promu capitaine, il est affecté au Bataillon des Chasseurs des Hautes-Alpes où il va s’initier à la guerre en montagne. Le général Kellermann le prend comme aide de camp le 27 mai 1793.

En septembre, il l’envoie en Haute-Savoie où la situation des troupes françaises s’est aggravée. Alexandre Sarret s’illustre au combat de Cluzes le 29 septembre 1793. De nuit, par une manœuvre audacieuse, il force les Piémontais à se replier sur le Val d’Aoste. Il est récompensé de son succès par sa promotion au grade de général de brigade le 26 octobre 1793. Il vient d’avoir 26 ans !

Le même jour, il prend le commandement du Camp du Tournoux destiné à interdire l’accès de la vallée de Barcelonnette aux Savoyards et aux Piémontais. En bonne saison, dix à douze mille soldats peuvent bivouaquer sur le plateau du Tournoux. Dans ses nouvelles fonctions, le général Sarret qui continue à prôner les attaques de nuit par la montagne obtient plusieurs succès.

Durant le mois de novembre 1793, il s’illustre brillamment par son courage et son impétuosité, en chassant les Piémontais de la vallée de Barcelonnette. Mais au printemps suivant, les troupes sardes repassent à l’offensive et fortifient leurs positions autour du Mont-Cenis en les garnissant de redoutes et de batteries. En raison de ses victoires en altitude, Sarret est choisi par le général Dumas pour remplir une des deux missions fixées par le Comité de salut public : s’emparer du Mont-Cenis. En mars 1794, le général Sarret arrive donc en Maurienne.

Après avoir fait reconnaitre les différentes positions du dispositif ennemi par les éclaireurs du capitaine Ratel, commandant la compagnie des guides, le général Sarret donne ses instructions et ses ordres. La copie signée de son idée de manœuvre, jointe au compte-rendu de l’opération de son adjoint, le général Gouvion, a été classée le 7 avril 1794 aux archives de la guerre sous le numéro 19.

Sarret décide d’employer la stratégie qu’il a déjà appliquée avec succès : il va lancer une attaque sur trois fronts. Au centre, les troupes du général Gouvion feront une attaque de diversion sur les retranchements du grand Mont-Cenis, tandis que deux colonnes progresseront sur les côtés pour encercler l’ennemi. Lui-même sera à la tête de la colonne de droite.

Saint-Pierre d’Extravache © Wikipedia

Dans la soirée du 5 avril, les troupes se mettent en mouvement. A 21h, la colonne d’Henry Sarret, forte de 2.200 hommes, quitte Bramans, passe par l’église de Saint-Pierre d’Extravache et s’engage dans la combe située en face du hameau de Villette afin d’atteindre la batterie des Archettes (voir carte). Contrairement aux renseignements, ce poste est défendu par de nombreux Piémontais. Dans l’impossibilité de s’en emparer, Sarret décide de redescendre dans le vallon et de chercher à contourner l’obstacle en escaladant la crête opposée, qui s’étend du hameau du Jeu au Mont-Froid.

Le sentier emprunté porte encore aujourd’hui le nom de « Chemin des Français » en souvenir de cette expédition nocturne. Arrivés près du sommet, les Français se trouvent face à des fortifications tenues fermement alors que les rapports reçus par Sarret assuraient qu’ici aussi, le site était sans défense. La situation est critique. Sur cette crête, impossible de contourner les positions ennemies : il faut renoncer ou attaquer de front.

Résolu à s’emparer de cette position, le général Sarret réunit trente volontaires et s’élance à leur tête. A quelques mètres de l’objectif, il tombe mortellement blessé. Il est 10 heures du matin. Sa mort sème le désarroi dans la colonne, qui se replie toutefois en ordre à une heure de l’après-midi. Les hommes du général Sarret réussissent à descendre sa dépouille à Bramans pour l’enterrer dans la redoute (qui sera appelée plus tard Redoute Napoléon) élevée sur un mamelon situé dans un coude de l’Arc, sur sa rive gauche, à un kilomètre à l’ouest du village. Lors de la destruction de cet ouvrage, le corps a été transporté dans l’église de Bramans où il se trouve encore.

Eglise à la sortie de Bramans vers Le Verney. ©DR

Une plaque déposée sur sa tombe lui a rendu hommage : « Le général Sarret, commandant l’armée de la République en Maurienne, a été tué le 17 germinal de l’an II dans l’attaque du Mont-Cenis. Ses frères d’armes admirent sa valeur, ses amis donnent des larmes à ses vertus, la postérité honorera sa mémoire ». Mystérieusement disparue, la plaque a été retrouvée par un paysan en labourant son champ. Elle a orné la cheminée de sa ferme jusqu’en 1904.

Crête du Général Sarret, vue du sommet du Mont Froid. ©DR

Cette année-là, des soldats en manœuvre appartenant au 13e Bataillon des chasseurs alpins ayant vu la plaque, ont rendu compte à leurs supérieurs. Leur chef de corps a tenu à faire sceller la plaque sur un bloc de granit, en bordure de la route nationale. En outre, la postérité a encore honoré la mémoire du général de Sarret en donnant son nom à la crête qu’il a empruntée. Celle-ci n’est plus un champ de bataille, mais un but de randonnée au panorama grandiose.

Insigne du 13e Bataillon de chasseurs alpins. ©DR

Le général Sarret dont « les frères d’armes ont demandé unanimement qu’il soit enterré à la batterie de la redoute de Bramans » (extrait du compte-rendu du général Gouvion) n’a pas donc pas péri dans une crevasse, toutefois « les Alpes demeurent son tombeau » et son souvenir est rappelé aux Millavois par une rue qui porte son nom.

Bernard Maury