Patrimoine millavois : Le Parc de la Victoire

Initialement appelé « Grand jardin public », le Parc de la Victoire est un lieu d’agrément et de promenade familiale situé en bordure de l’avenue Charles de Gaulle, de la rue André Balitrand et le long de la voie ferrée. Il s’étend sur 6,5 hectares.

C’est en mai 1910 que « le champ Bouquier », a été acheté à l’initiative du conseil municipal présidé par le maire André Balitrand.

« Le champ Bouquier » : une appellation, jadis traditionnelle, qui ne dit plus rien aux Millavois d’aujourd’hui. Elle venait du nom des anciens propriétaires, une famille bien connue de chez nous, tout au long du XIXe siècle, dans le roulage de l’hôtellerie. Au départ, le terrain n’avait pas du tout était acheté pour créer un parc mais en vue d’y installer le marché aux cochons, ce projet fut un fiasco.

Le rapport d’achat du champ Bouquier par M. H. Aldebert mentionnait que « celui-ci était d’une contenance de 8 hectares 63 ares et 10 centiares, au prix de 80 000 francs, soit 0 fr.92 le mètre carré ; la longueur de la façade sur la route nationale est de 187 mètres, sur la rue du chapeau blanc de 241 mètres ».

A défaut des parcs pour les habillés de soie, et en attendant d’y implanter un parc plus reluisant pour les humains, ce vaste espace libre servit à quelques manifestations sportives ou autres. C’est ainsi qu’au cours des grandes fêtes de mai 1911, le Champ Bouquier fut le théâtre d’un mémorable meeting d’aviation, où évolua avec plein de succès, Gibert, l’un des pionniers de ces « drôles de machines volantes ».

Jusqu’ici, le seul jardin public de Millau était l’ancien square datant des années 1860 (square André Malraux depuis 1996), amputé par la construction du chemin de fer et de la sous-préfecture en 1866, réduisant la surface du jardin initial en « promenade publique ». Il était nécessaire de créer un nouvel espace bien plus vaste.

Le nouveau jardin public se situera donc à l’extérieur, au nord de la ville, qu’il domine légèrement, en bordure de l’actuelle avenue Charles de Gaulle, avenue conduisant de Millau à Rodez.

Ce « grand jardin public » fut ouvert au public le 6 mai 1917. La nouvelle fut annoncée dans le « Messager de Millau » : « Soit mémoire que le dimanche 6 mai 1917, en la 3e année de la Grande Guerre, le grand Jardin public de l’avenue de Rodez a été ouvert à la population ». J. Artières et C. Toulouse ont ajouté à ce sujet : « Il a reçu pour son inauguration de nombreuses visites et nous ne faisons que traduire l’impression populaire en disant qu’il est vraiment magnifique et grandiose, tout à fait digne d’une ville de l’importance de Millau. Tandis que l’ancien square présente surtout des lignes courbes, la ligne droite domine dans celui-ci. Ce sont de belles, grandes et larges avenues qui se croisent, avec dans l’intervalle, de vastes tapis de gazon aux formes rectangulaires ou des massifs d’arbres et d’arbustes d’ornement très variés qui produisent l’effet le plus agréable à l’œil. Cet aménagement représente un travail et une dépense considérables ; mais toute la population est appelée à profiter des avantages de ce beau jardin public, très aéré, bien exposé et aux beaux points de vue, ce qui est une compensation de son éloignement du centre de la ville. Il constituera une agréable et magnifique promenade et nous gratifiera, l’été, comme l’ancien jardin, de l’ombre de ses épaisses frondaisons. Ce sera un legs magnifique, que fera, malgré les difficultés, les charges et les soucis des temps présents, la génération actuelle aux générations à venir. Les jours de repos et de loisir, profitons donc de ce beau parc populaire ; allons nous y délasser en y respirant un air pur et vivifiant, et que personne n’oublie l’avis affiché à l’entrée : « Le Maire de Millau place sous la sauvegarde de ses concitoyens ce jardin créé pour leur agrément ». (Millau, ses rues, ses places, ses monuments, 1924).

Le nouveau jardin public fut officiellement inauguré à l’occasion des « fêtes de la Paix et de la Victoire » (12-14 juillet 1919) et, à suite d’une délibération du conseil Municipal, baptisé du nom commémoratif de « Parc de la Victoire ». Rien ne manquait au programme traditionnel, avec en plus salves d’artillerie, sonneries de cloches, hommages aux Morts, libéralités aux indigents, hospitalisés et orphelins de guerre. Parmi les jeux à signaler une « course vélocipédique de lenteur ». Le sommet de ces journées fut l’inauguration officielle du Parc de la Victoire, avec plantation d’un « Arbre de la Victoire ». (Comité Millavois des Festivités, un siècle d’images millavoises, 1973).

La décision d’ériger un monument aux morts de la Grande Guerre à l’angle nord-ouest du Parc est prise en 1920 et réalisée en 1929. Des plaques commémoratives sont ensuite ajoutées sur le monument initial suite à la guerre de 1939-45, à la guerre d’Indochine (1946-50) et à la guerre d’Algérie (1953-65). La statue représente la France victorieuse et a été sculptée par Auguste Verdier. L’architecte étant Jean Victor.

Ce n’est qu’en 1922 que le Parc a pris la configuration qu’on lui connaît aujourd’hui. On peut lire dans la presse de l’époque : « L’entrée monumentale du Parc de la Victoire, dont la construction est terminée, a été débarrassée de la barrière de planches qui la masquait et elle apparaît maintenant dans toute sa grâce et sa beauté. Quand la murette sera construite tout le long de l’avenue et qu’une grille y sera établie, l’aspect du Parc sera imposant et digne d’une grande et belle ville. » (Journal de l’Aveyron, 29 octobre 1922)

Début novembre : « Le grand portail du Parc de la Victoire est en place depuis quelques jours. Accompagné de ses deux portes latérales, il fait le plus bel effet, et dote notre magnifique promenade publique, d’une entrée digne d’elle. La municipalité se propose, de part et d’autre du nouveau portail, de démolir progressivement l’ancien mur de clôture et de le remplacer par une grille supportée par un soubassement de 0,60 mètre à 0,80. Ces travaux accomplis, le Parc de la Victoire, sera, on peut le dire, complètement transformé. Il y aura plus qu’à élargir la rue du Chapeau-Blanc, amélioration qui s’impose aussi de toute urgence. » (Journal de l’Aveyron, 12 novembre 1922).

Malgré ses grilles, certains n’hésitaient pas à braver l’interdit. On peut lire dans la presse : « A la Promenade. Une visite faite par la police dans le jardin dit du Parc de la Victoire a amené la découverte d’un couple qui avait, une de ces nuits, franchi les grilles, un procès-verbal a été dressé. A l’avenir le nom de ces amoureux égarés dans ces parages sera livré à la publicité. Tant pis pour ceux qui se laisseront prendre ». (L’indépendant Millavois, 13 mars 1926).

Dans les années 1920, on plaça bon nombre de statues. Celle de Léopold Constans, celle de François Fabié (1929). La statue de l’entomologiste Fabre, de Saint Léons, par le Millavois Malet fut mise en place en 1925. Ce bronze réplique de celui qui se trouve encore à Saint Léons fut enlevé par l’occupant aux abois. Son socle supporte aujourd’hui la Stèle de la Résistance érigée en 1964.

En 1927, on eut comme projet d’acheter et de déplacer un dolmen situé en bordure de la route à hauteur d’Azinières ; pour le reconstituer au sommet d’un tertre dans le parc. Ce qui fit dire à Jules Artières : « L’idée n’eut pas de suite, heureusement, car l’immense amas de terre projeté aurait encombré le Parc, et le dolmen va mieux où il est, c’est-à-dire là où l’élevèrent les tribus qui peuplaient notre pays il y a plusieurs millénaires ». (Millau à travers les Siècles, 1943). Le 8 octobre 1933 fut inauguré le monument André Balitrand (1864-1931), avocat originaire de Millau, qui fut maire et député de la ville avant et après 1914.

Quant au Monument aux morts, œuvre du Rouergat Denys Puech inauguré sur le Mandarous le 24 octobre 1897 en l’honneur des soldats de la guerre de 1870-1871, il fut déplacé au sommet du Parc du 16 au 23 janvier 1950, pendant une période de grand gel. Heureusement, tout se passa sans accident.

Le Parc de la Victoire en 1962.

En 1964, le Parc de la Victoire devient parc urbain avec la construction de la salle des fêtes à l’extrémité nord-ouest. Il a accueilli des manifestations emblématiques de Millau, telles la foire d’automne aux produits fermiers, les 100 km, le mondial de Pétanque, la fête foraine… En 1998, le Parc s’enrichit de l’espace botanique Hyppolite-Coste, jardin caussenard témoignant de l’incroyable diversité de la flore locale. Le Parc de la Victoire accueille également une aire de jeux pour enfants. Bordé à l’est par une pinède, cet ancien jardin à la française se compose de plus de 1800 arbres et 1700 arbustes. Parmi eux, un éventail d’arbres remarquables tels l’érable plane, l’arbousier, le séquoia, le libocèdre, le tilleul à grandes feuilles. Dans la chronique « faits d’hiver » du Midi Libre en date du 21 décembre 2008, signalons ce fait assez insolite : « Le 20 décembre, vers 16 heures, les forces de police sont intervenues au parc de la Victoire pour interpeller un jeune homme qui venait de scier un sapin de l’espace vert. Or, c’est interdit… C’est un surveillant du parc public, qui a donné l’alerte. Avant d’être relâché dans la nature, l’auteur, un Millavois âgé de 22 ans et présentant apparemment quelques fragilités psychologiques, a été conduit au commissariat où on lui a rappelé qu’il est interdit de s’attaquer à la végétation du parc. La mairie a d’ailleurs fait savoir que la police allait porter plainte ».

En 2014, une « requalification paysagère » est envisagée. Budgétisée à 1 million d’euros sur 3 ans, des arbres seront arrachés pour faire « passer la lumière » et ainsi régénérer des pelouses bien trop souvent à l’ombre. Sont prévus également le réaménagement du bassin et de l’aire de jeux pour enfants situés dans sa partie haute (décembre 2014), un belvédère d’observation verra le jour (Midi Libre, 26 février 2016), en face de la salle des fêtes et derrière l’aire de jeu. Le monument commémoratif de la Libération sera déplacé en bordure de l’aire de stationnement situé le long de la voie ferrée. Après deux ans de travaux, un parc plus vert se rafraîchissant pour sa mue centennale a été inauguré le 24 mars 2018.

Marc Parguel