Depuis longtemps, l’association félibréenne Claude Peyrot, appuyée par Léopold Constant, avait envisagé d’ériger un buste à la mémoire du célèbre poète et prieur de Pradinas (1709-1795).

Aussi, la commémoration des 200 ans de sa naissance fut l’occasion de mener à bien ce projet. Une souscription à large échelle fut menée et l’intégralité de la somme fut récoltée en février 1909 comme nous le rappelle « Le Messager de Millau » : « Subvention de la Commune de Millau 1500 francs, Conseil général de l’Aveyron 50 francs, de la Solidarité Aveyronnaise de Paris 50 francs, de A. Guibert, fabricant gantier à Millau 20 francs, E. V. félibre millavois 5 fr. et de la Cigalo Lengadouciano, à Béziers, 10 fr. Total 1635 fr + liste précédentes : 1538, total à ce jour : 3173 fr » (Messager de Millau, 6 février 1909).

Jusqu’ici toutes les bonnes volontés pour réunir cette somme étaient là : « Au Café des Musiciens réunis, il a été fait, après une chansonnette, une quête au profit du monument Claude Peyrot, qui a produit la somme de 3 fr. » (Messager de Millau, 9 janvier 1909).

L’argent réuni, on fit appel au talent du sculpteur millavois Jean Malet (1873-1913), élève du sculpteur Falguière. Celui-ci termina son œuvre en juin 1909 et l’exposa au Salon de la Société des Artistes Français.

Carte postale éditée le jour de l’inauguration du monument (1909).

Là, Henry Jaudon découvrit le buste et donna ses premières impressions au Journal de l’Aveyron : « C’est au Salon de la Société des Artistes Français que notre compatriote M. Malet expose le buste de Claude Peyrot destiné à la ville de Millau. L’artiste s’est visiblement inspiré du portrait sur toile que possède le Musée de Rodez ; dans cette figure vieillotte et placide, il a réussi à allier la douce sérénité du bon curé de campagne et la fraîcheur champêtre d’une âme virgilienne. Quel effet produira ce portrait au grand jour de la place publique ? Cela dépendra du cadre dans lequel le Comité Millavois saura le placer. Claude Peyrot ne doit être ni écrasé par de hautains voisinages ni humilié par les raffinements d’une architecture trop élégante ; on aimerait à le voir près d’une simple fontaine où grimperait le lierre et où coulerait doucement une eau limpide et calme » (3 juillet 1909).

Le lieu choisi fut le square de la gare (« Malraux » depuis 1996). En cet endroit, notre poète reposerait dans un lieu calme où coule une eau limpide, une fontaine et un bassin rafraîchissant ce jardin. Dès le mois d’août, ce ne sont pas une, mais deux statues qui vont entrer dans ce jardin. Face à Claude Peyrot, le groupe « Education morale » (1903) du sculpteur millavois Auguste Verdier, va prendre place.

Début septembre, tout était prêt et le 16 octobre 1909 eut lieu l’inauguration à Millau : « Le cortège se rend en premier lieu au Square, où est érigé le monument Claude Peyrot. Le piédestal, style Louis XV, est très élégant ; quatre médaillons représentent les quatre saisons, l’œuvre principale du poète, qu’il annonce ainsi : Dirai dounc del Printens los flours e lo bèrduro, De l’Estiù los colous è lo richo posturo, Lou dous jus de l’Outouno e sous autros presens ; Anfi del pigre Iber pintroral lou mal tens. Le buste comme les médaillons est en bronze. Le poète, la plume à la main, est dans une attitude méditative ; l’expression de son visage est pleine de vie, de finesse et de bonhomie ! Après avoir salué M. le Ministre, M. Constans expose la vie et l’œuvre du poète rouergat… En sa qualité de président du Comité, M. Constans remet ensuite le Monument à la Municipalité et remercie tous ceux qui ont contribué à l’œuvre : « Grace au concours de tous, dit-il, l’œuvre de notre distingué compatriote, le sculpteur Malet, s’élève dans un cadre de verdure à l’entrée de notre beau jardin public. Le bon Peyrot voit autour de lui ces champs fertiles, ces vignes parsemées de pittoresques maisonnettes qu’il a chantées avec tant d’amour et de vérité, et en face, ces belles cascades de Creissels, au pied desquelles il aimait à rêver et à attendre l’inspiration de sa Muse champêtre et familière… » Remerciement du Maire André Balitrand et du Ministre et félicitations au Comité d’avoir mené sa tâche à bonne fin et à l’artiste d’avoir exécuté une œuvre gracieuse et de bon goût. L’expression si spirituelle et même un peu narquoise du buste n’échappa pas à M. Barthou (ministre de la Justice), qui, non sans esprit et à-propos, l’attribue à l’étonnement du poète de voir inaugurer son monument par un ministre de la Justice. Ensuite, le voile tombe, et l’orphéon Les Montagnards, exécute avec brio, de concert avec l’Harmonie Millavoise, le magnifique chœur Glouoro o Peyrot. » (Messager de Millau, 23 octobre 1909).

Notons qu’en pleine guerre, dès le printemps 1942, alors que la zone sud de la France n’était pas encore occupée, la razzia du cuivre et du bronze s’organisait, s’en prenant notamment aux statues de nos places et jardins publics. A Millau se trouvaient menacés la statue de J. H. Fabre, au Parc de la Victoire et le buste de Claude Peyrot. Au mois de mai 1942 (Messager du 9 mai), les « Amis de Claude Peyrot » sauvèrent le buste en bronze en le mettant à l’abri. Le piédestal demeura donc seul en place, l’espace de 2 à 3 ans. Pour cela, ils durent rassembler une quantité de métal non ferreux double de celle que contenait l’œuvre d’art.

Marc Parguel