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Millau. Katia Fersing, le patrimoine en mouvement

Pour le dernier article de notre série consacrée au personnel du Musée, nous sommes allés à la rencontre de Katia Fersing. Arrivée en 2021 au poste de directrice du Musée de Millau, elle a su mettre son parcours atypique au profit d’un projet de structure, largement repensé.

C’est sur les causses, au fil des balades avec ses parents et ses grands-parents, que Katia Fersing se familiarise avec le patrimoine local. « J’ai toujours eu un lien fort avec ce milieu, explique Katia. Le caillou, les pentes, les grottes ou les falaises, tout cela est dans mon ADN. En arpentant les causses, j’écoutais les histoires qu’on me racontait, sur les lieux, le bâti, la pierre. Des histoires qui en disent souvent plus qu’il n’y paraît. »

En grandissant, Katia Fersing développe un intérêt croissant pour l’étude des cultures et des groupes humains et la compréhension. Elle étudie la langue espagnole, la géographie, puis se concentre sur l’ethnologie.

Retour en Aveyron pour interroger la mémoire orale de Roquefort

En 2003, elle part habiter à Grenade, en Andalousie dans le cadre d’Erasmus. « J’effectue un travail de collectage et une analyse des récits légendaires qui constituent la matière première de mon mémoire universitaire de Master, indique Katia. En 2005, on édite ensuite un livre sur ce sujet avec l’association La Tortuga. J’étais alors en train de faire ma thèse, à l’Université de Nice, sur les pratiques du graffiti. Je suis descendue vivre en Andalousie pour à la fois diffuser et valoriser le livre dans les montagnes de l’Alpujarra dont sont issus les récits et réaliser un travail de terrain et d’enquête pour ma thèse. »

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A l’issue de son parcours universitaire, Katia Fersing décide de rentrer à Millau. « Je viens chercher une sorte de refuge pour finaliser la rédaction de ma thèse, se souvient Katia Fersing. En fait, je vais vite être rattrapée par la réalité, puisque j’ai l’opportunité de travailler à Roquefort, en tant qu’ethnologue. Après avoir étudié l’anthropologie urbaine, je saisis cette occasion de me consacrer à l’ethnologie du proche et de travailler sur ma propre culture. »

En tant qu’« ethnologue chargée de mission patrimoine et culture », elle va recueillir puis analyser les mémoires orales du village et des acteurs de la filière Roquefort.

A cette occasion, Katia mène également un travail de médiation et de sensibilisation autour de la mémoire à travers les cinq sens, avec les enfants de l’école.

En parallèle, l’ethnologue se replonge dans les contes et légendes des causses avec là encore des collectes, un livre publié en 2010 ainsi que des actions de valorisation : expos, ateliers pédagogiques, balades contées et conférences.

C’est en 2021 que Katia Fersing prend la direction du Musée et du site de la Graufesenque. Au moment de candidater, elle a conscience que son parcours atypique peut être perçu aussi bien comme une force que comme une faiblesse.

« Je me dis pourquoi pas ? raconte Katia. Lors de l’entretien, je défends ma vision du musée et du site archéologique. Un musée ancré dans le temps présent, avec un travail sur des enjeux contemporains et sur le territoire. Une envie aussi d’associer à cette démarche un réseau pluridimensionnel qui fasse participer aussi bien la communauté scientifique que la population avec une volonté de développer un lien fort entre les collections et les habitants. »

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Musée et Graufesenque : Le MUMIG fait résonner le patrimoine au présent

Un projet qui fait mouche et lui permet de prendre la casquette de directrice. Une mission qui mêle travail scientifique, coordination avec les organismes partenaires (DRAC, associations…), gestion d’équipe, accueil, préparation des expositions, programmation culturelle et conservation et mise en valeur des collections. « Nous sommes treize dans l’équipe du musée, explique Katia Fersing. Il faut composer avec les compétences, l’expérience, les qualités de chacun. J’aime beaucoup ce travail collectif. »

La première année, la directrice a dû se familiariser avec le lieu, les collections, gérer les affaires courantes et mener à bien les projets déjà en cours comme l’exposition « Luttes et utopies » en juillet 2021. Elle insuffle un peu plus sa vision en 2022 avec « Traversées, regards croisés sur le Larzac », en intégrant le travail de la plasticienne Nuria Prat à l’exposition photo d’Eric Bourret.

Puis en 2023, « Épidermique » est sans doute l’exposition qui témoigne le plus du travail entrepris par Katia Fersing et son équipe ces deux dernières années. « Cette exposition est interdisciplinaire, liée au territoire et elle questionne également sur le parcours permanent du musée, précise la directrice. Elle traduit notre volonté de mettre en valeur les collections permanentes, à travers les expositions temporaires. On a également pu intégrer une dimension sensorielle, avec des matières qu’on peut toucher et des objets qu’on peut manipuler. Une interactivité qui lorsqu’elle est possible permet une nouvelle lecture. C’est très agréable de pouvoir mettre en scène l’histoire collective. »

Depuis deux ans, la fréquentation du musée est au beau fixe. Si la gratuité instaurée en août 2021 a facilité les choses, il y a fort à parier que cette nouvelle dynamique n’y est pas pour rien. Une nouvelle approche qui s’illustre également dans la communication. En rassemblant le Musée de Millau et le site archéologique de la Graufesenque sous l’appellation « MUMIG », Katia et son équipe ont souhaité mettre en valeur et faire communiquer deux lieux essentiels du patrimoine local. Un nouveau site Internet a également vu le jour, ainsi que des supports de communication papier avec une nouvelle identité graphique.

« Comme les récits légendaires, si l’on veut que le patrimoine traverse le temps, il faut que ça résonne au présent, qu’il soit en mouvement sinon cela reste dans un coin », conclut Katia Fersing.

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