Causses et vallées

Le hameau de Montredon (commune de La Roque Sainte-Marguerite, causse du Larzac)

Le hameau de Montredon, dont le nom signifie sommet arrondi, est aujourd’hui connu pour son marché paysan qu’il pratique depuis plus de 30 ans. Il est situé sur le plateau du Larzac, à 850 mètres d’altitude, adossé à la face sud d’une butte élevée (882 m), l’un des points culminants du Larzac Nord.

Bien que construit sur le flanc sud de la butte, le mieux ensoleillé, le hameau reste pourtant exposé en hiver aux vents, aux rafales de neige à l’isolement.

Ce hameau est cité dès le XIVe siècle et doit son origine à un domaine appartenant aux seigneurs de La Roque Sainte Marguerite.

Constitué de bâtiments peu étendus, il reflète la petite agriculture de subsistance, telle qu’elle était pratiquée au XVIIe et XVIIIe siècle.

Comme nous le rappelle Jean Chesnaux : « les maisons de Montredon se sont adaptées à leur site de nid d’aigle. Elles sont hautes et serrées les unes contre les autres, elles ne laissent passer que des ruelles étroites. Leurs caves sont souvent taillées en plein roc.

Cette structure très ramassée est particulièrement nette quand on monte vers la butte par derrière Larzac-Université ou quand on descend vers l’ancien four à pain côté sud.

L’effet de nid d’aigle est très sensible, de l’intérieur de la maison la plus élevée du village, la plus ancienne aussi (elle date vraisemblablement du XVIIe siècle) avec de hautes fenêtres étroites ne sont guère que des meurtrières altières, d’où on peut imaginer un paysan-sentinelle surveillant l’horizon et guettant des soldats errants, les bandes de brigands, les hordes de loups. » (Brochure Montredon, les Homs, Saint-Sauveur, Larzac-université, 1981.)

Vue du village prise depuis le Champignon. © Tintin Marin

À mi-pente, se dresse un très étrange champignon rocheux de six ou sept mètres de haut renflé en son sommet. Il est entouré par une enceinte rustique de pierres massives et bien taillées, qui mettent en valeur ce roc dressé et se marie parfaitement avec lui. Avec le concours d’un murailler professionnel, l’association de Montredon a financé durant hiver 2018 la restauration de l’enclos du rocher de Montredon.

L’enclos du roc de Montredon

Au XVIe siècle, le seigneur de la Roque n’hésitait pas à solliciter les habitants de Montredon pour servir de gardes : le 16 janvier 1576, Guillaume Brouillet et Guillaume Malzac de Montredon, faisant reconnaissance au seigneur de la Roque, il est rappelé « qu’ils sont obligés de faire guet et porte au château de la Roque en cas de besoin ».

Sur la fin des guerres de religion, les Millavois pillent et brûlent les villages de Montredon et du Maubert, assassinant de 38 coups de poignard un enfant de 10 ans, pillent la métairie de Brunas (Larzac), et le bétail de Pierrefiche, etc.

Par représailles, le seigneur de la Roque Jean de Garceval fait massacrer une vingtaine de Millavois, dont trois femmes et trois enfants, « tous de sang froid et sans résistance » (à ce moment-là, les habitants de la Roque furent baptisés les « Traytres »). Il retient prisonniers quinze muletiers qui rentraient à Millau avec autant de charges de blé, retient en outre 17 personnes, pour en faire pendre une chaque fois qu’il apprendra que Millau aura fait quelques nouvelles violences ou injustice à lui-même où à ses sujets (d’après Archives de Millau, 20 mai 1629.)

Le 1er juin 1676, les habitants du village de Montredon reconnaissent que « conformément aux titres anciens », ils sont obligés d’aller moudre leurs grains aux moulins de la Roque, dont les tenanciers sont Charles Lacaze, Jean Froment, François Foulquier. (Ce pluriel « moulins » joint à la mention de plusieurs tenanciers tendrait à laisser croire qu’il y avait à cette époque plusieurs moulins à la Roque Sainte Marguerite, ainsi que l’acte de 1321, rapporté sous le n° 828, en laissait le droit au seigneur). (Jean Sévérac, notaire de Millau).

Cette obligation des gens de Montredon est confirmée par une reconnaissance similaire de Guillaume Brouillet et Guillaume Malzac, paysans de ce village, en date du 16 juin de la même année.

Toit-citerne en lauze, à Montredon. © DR

Population

À la fin du XVIIe siècle, on compte au moins cinq familles à Montredon. Le hameau se développe encore au XVIIIe et XIXe siècle jusqu’à abriter, en 1836, 8 foyers comptant 57 personnes.

En 1860, Montredon comptait 42 habitants, et en 1890, six « feux » étaient encore recensés.

Puis vint l’inévitable déclin lié à l’isolement, le village étant mal desservi, écartelé entre les services communaux situés à la Roque dans la vallée, à 3 ou 4 heures de marche, et la paroisse l’école et la forge établies à Saint-Sauveur (une heure et demie de marche.)

En 1896, quatre maisons étaient habitées. On y trouvait Marius Agret, Félix Libourel (berger), Marie Causse (propriétaire), Célestin Agret, Marie Agret, Célestine Agret, Casimir Brouillet (propriétaire), Adèle Vidal, sa femme et Auguste Brouillet son fils.

Au début du XXe siècle, la création du camp militaire à la Cavalerie et la Première Guerre mondiale entraînent l’abandon progressif du village, on n’y trouvait plus que deux maisons habitées en 1921, le dernier exploitant est parti en 1964.

Sous la neige. @ Gite de Montredon du Larzac

Renaissance

Bien que vers 1950, des propriétaires millavois aient fait restaurer la majeure partie des bâtiments, pour les utiliser comme résidence secondaire, ce projet n’aboutit pas et la majorité des maisons furent revendues à un spéculateur qui les céda à l’armée.

En 1971, le projet d’extension du camp militaire engloba Montredon. Cet évènement réveilla les consciences. Douze bâtiments étant encore en excellent état, il n’en fallait pas plus pour motiver les amoureux de Montredon.

Le hameau commence à revivre en 1975 comme nous le rappelle « le journal de Montredon ».

« Avec le projet d’extension du camp militaire, Montredon devient un enjeu de la lutte pour empêcher toute extension vers le nord-est du plateau. Deux familles et l’association d’éducation populaire Larzac-Université s’y installent en 1975 et 1976.

Un élevage de brebis et un élevage de chèvres se développent malgré une situation très précaire et des affrontements réguliers avec l’armée qui veut y manœuvrer. En 1981, l’abandon du projet d’extension du camp militaire permet l’installation de nouveaux habitants, avec la remise en état des maisons, puis l’arrivée du téléphone, de l’eau, de l’électricité et le remplacement des chemins par des routes » (numéro 1, août 2016.)

Affiche (1980)

C’est dans ce hameau que se trouve le siège du bimestriel « Gardarem lo Larzac » qui parait depuis juin 1975.

Montredon devient un lieu d’accueil, autour du Centre d’Initiatives rural qui y organise rencontres, conférences, sessions et stages de formation, et qui a favorisé l’installation de nouveaux agriculteurs.

En 1985, une association voit le jour, initiée par les habitants et les vacanciers pour assurer la remise en valeur et l’entretien du patrimoine collectif : plantation de haies, réfection du toit-citerne et de la lavogne, participation à l’installation de w.c. publics, de l’éclairage public, du réseau de chaleur, entretien et réfection de murets, création de sentiers de découvertes.

Aujourd’hui, Montredon abrite huit habitations permanentes où vivent au total 16 personnes.

Le marché du mercredi soir en période estivale a été créé en juillet 1989 par l’association de Montredon qui le gère toujours aujourd’hui bénévolement. C’est le premier marché paysan en Aveyron. L’idée de ce marché était de rapprocher les consommateurs et des paysans et d’inverser les rôles : non plus que les paysans ne viennent vendre leurs produits en ville, mais faire venir les consommateurs à la campagne.

Marché de Montredon. © DR

Véritable star locale, José Bové dans son fief ne manque jamais le premier marché de la saison. Au rendez-vous des mercredis de l’été seront présentés charcuteries, fromages, viandes, fruits et légumes, pains, vins et bières, tout pour satisfaire les plaisirs de la table.

Marc Parguel

 

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Marc Parguel
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