Pradines (Commune de Lanuéjols, Causse Noir)

Le domaine de Pradines se situe à 900 mètres d’altitude dans le département du Gard.
Pour s’y rendre, il faut prendre sur le Causse Noir, la départementale 29 en direction de Lanuéjols, qui se transforme en d28 quand on quitte l’Aveyron.

Avant d’arriver au domaine qui se situe sur la droite de la route, on remarquera un bouquet de bouleaux, il aurait été planté vers 1840 par Cambassédès au nom prédestiné (camp-becedès = le champ de Bécédés > Bécédès (lieu de la beceda = lieu du bois de bouleau, d’après Jacques Astor). Leur emplacement versant midi est insolite, l’acclimatation de cette essence en un tel lieu calcaire, même si la présence d’une nappe phréatique a pu être favorable ne s’explique pas. L’habitat traditionnel du bouleau étant les versants nord.

Les lieux autour du domaine étaient fréquentés depuis l’antiquité. Il y a encore quelques années, on pouvait voir le superbe dolmen de Pradines ou Licide (mentionné sur carte IGN), en très bon état, toujours couvert d’une épaisse dalle. C’était un des plus beaux dolmens du Causse Noir. Or, depuis 2007, il a été sciemment recouvert de troncs d’arbres et de branchages, ce qui le masque presque totalement.

Le dolmen de Pradines en 2004.

150 mètres plus à l’est, un deuxième dolmen en moins bon état de conservation, a subi le même sort.

Pièce d’Antonin, coté pile.

Proche du domaine existe une source. Le propriétaire actuel y a trouvé une pièce de monnaie gallo-romaine. Alain Vernhet qui l’a examiné nous a indiqué qu’il s’agissait d’un as d’Antonin (2e siècle après J.-C). Antonin était un empereur romain et cette pièce circulait dans tout l’empire. Comment s’est-elle retrouvée là ? Sans doute fut-elle déposée en dévotion au culte des sources.

Pradines autrefois appelée Pradinas ou Pradines vieille signifie tout simplement « petite prairie ».
Le mas est mentionné pour la première fois en 1183 sous le nom de Pardrinas.

Pièce d’Antonin, coté face.

Nombreux sont ceux qui, d’après l’architecture des lieux, ont fait remonter le domaine aux Templiers, mais cela n’est pas le cas. Selon Jacques Miquel, éminent spécialiste, les templiers de Sainte Eulalie ne semblent pas avoir eu de bien sur le Causse Noir.

Dans le compois de Montméjean, en 1666 sont cités « les terres de Pradines vieille »

Le domaine fermier appartint pendant longtemps à la famille de Montcalm de Saint-Véran et ensuite au vicomte d’Albignac.

Le domaine de Pradines

En 1835, Pradines était habité par Jacques Cambassédés (1799-1863), botaniste, agronome, homme jugé en son temps un peu original par les habitants du Causse noir. C’était d’après Jean André « un genre de gentilhomme campagnard moderne, savant, philosophe, excentrique et excellent dans le domaine fanfaron des années 1830 » (Manuscrit sur les seigneuries languedociennes du Causse Noir, inédit, 2000)

Après avoir séjourné sur l’archipel des îles Baléares dont il dressa le premier inventaire floristique, il publia le fruit de ses études. Il acheta les domaines d’Espinassous et de Pradines, puis quelques années après celui de Ferussac, dans la vallée du Betuzon (Commune de Meyrueis). Aimant la nature, il s’était fait un petit parc ou jardin anglais planté d’essences boréales et tardives.

Aussi peut-on lire qu’à cette époque, le domaine de Pradines « très vaste était considéré comme exploitation modèle, avec assolements, amélioration race du cheptel ovin, importation de chevaux et mulets. Son matériel d’exploitation était d’avant-garde : batteuse anglaise et charrues améliorées » (Notice sur les travaux de Jacques Cambassédes, Planchon, Jules Emile (1823-1888).

Brillant causeur, bon cavalier, il fit construire de vastes écuries et obtint du gouvernement l’envoi d’étalons auquel on conduisait toutes les juments des alentours. Recevant beaucoup, organisant des chasses sur le Causse Noir, il était mêlé à toutes les affaires et faisait partie du Conseil général du Gard. Lieutenant de louveterie, c’est au son du cor de chasse et avec sa meute de chiens qu’il traquait le gibier dans les bois autour de Lanuéjols.

Sa demeure de Pradines abrita des hôtes prestigieux, car il entretenait des relations avec des botanistes ou explorateurs très connus : Jussieu, St Hilaire, Jacquemont et Planchon, amis de sa famille.

Supportant mal le climat de Pradines, ses hivers rigoureux et son confort rudimentaire, il se retira à Ferrussac en 1855 près du château de Roquedols (Meyrueis). Le 16 septembre 1860, il fut élu Maire de la commune de Meyrueis, il le restera jusqu’à son décès survenu à Ferrusac le 19 octobre 1863 à 11 h du soir.

Philippe Chambon nous fait connaître les raisons de sa mort : « Selon une tradition orale relevée auprès de la famille Richard, actuelle propriétaire du domaine de Ferrussac, il serait mort des suites d’un accident stupide. Alors qu’il se balançait sur une escarpolette accrochée à un arbre du « parterre » devant la maison, la branche aurait cédé et dans sa chute lui aurait fracassé le crâne. Il est mort quelques heures après. Jacques Cambassedès a été inhumé à Meyrueis, dans l’ancien cimetière protestant entourant le temple ». (Notice biographique, 22 avril 2014)

L’escarpolette est selon la définition du dictionnaire de la langue française de 1823 un : « siège à deux ou trois places, en forme de banquette garnie de coussins, suspendu par quatre fortes cordes permettant un balancement propice au délassement ».

Une autre version sur sa mort circule : « Une chute de hamac aurait hâté sa mort. Il avait en effet adopté cette façon de faire la sieste, entre deux arbres dans l’allée de son parc. Une habitude ramenée de ses séjours aux Baléares, où il a répertorié plus de 341 plantes. Sa veuve et son neveu léguèrent ses herbiers et ses collections de plantes à la faculté de sciences de Montpellier » (A.Védrines, De sources en clapàs, bulletin du diocèse de Nîmes, n°34, mars 2016)

En 1876, Pradines et la Tour comptaient trois feux (foyers) totalisant 24 habitants. En 1882, Pradines comptait un feu, 12 habitants.

Aujourd’hui, propriété de la famille Samain, le domaine est converti en gîtes, avec camping, yourtes et s’étend sur 150 hectares.

Marc Parguel