Patrimoine Millavois : La Pouncho d’Agast

Le Causse Noir se termine au sud par le promontoire d’Embarry (841 mètres) qui domine le confluent de nos deux rivières et la ville de Millau. Son sommet, appelé anciennement « la pouncho d’Agast » signifierait « la pointe de l’érable ».

On a longtemps disserté sur l’origine de ce nom, Jules Artières en janvier 1910 donnait dans les colonnes du Messager de Millau une étymologie bien différente : « Que signifie cette dénomination d’Agast ? Il parait que ce mot celtique signifie : « sommet d’où l’on découvre au loin. Dans l’ancien haut allemand, watch signifie : veiller, épier ; d’où le bas latin gachare, le rouergat agacha et le français guetter. Cette étymologie, si elle est exacte, est parfaitement justifiée. »

La Pouncho éclairée.

Albert Carrière lui aussi transcrit « lo puncho d’Ogast », comme du guet, s’interrogeant en constatant qu’ « il ne parait pas cependant y avoir eu là un poste de guetteur, « une bade » » (Par Monts et Par Vaux, Midi Libre, 1953).

La Pouncho sous la neige, le 29 janvier 2006.

Ce qu’il y a de sûr, c’est que jadis, les populations celtiques devaient peupler ces hauteurs. Albert Carrière y mentionna un cap barré : « Lorsque le chemin de Millau à Longuiers s’est hissé sur la couronne de rochers du Causse Noir, il décrit une courbe et utilise une dépression pour terminer son ascension. La hauteur que contourne cette courbe porte une ruine de mur et de fossé de 100 mètres environ de long. Apparemment ce retranchement commandait le débouché. Plus bas, au premier quart de la côte, les épaulements qui dominent la Salette (Embarry) et Saint Estève devaient être fortifiés aussi. Les Romains les occupèrent, car on y trouve d’assez nombreux fragments de briques à rebord. » (Les Caps barrés de la région de Millau, mémoires de la Société des Lettres, Sciences et Arts de l’Aveyron, t. XXI, 1921).

En 1261, existait un « Mas d’Agast », dont il ne reste semble-t-il, nulle trace. Au commencement du XIVe siècle ; ce mas de Lagast ou puech d’en Barry appartenait, en partie du moins à l’église Notre Dame (Cartulaire de Courtines). On voyait encore au siècle dernier un petit clapas, celui-ci provenait d’une pyramide que les consuls firent élever à la demande de Cassini, chargé de lever la carte de la région.

En 1774, M. Delongchamps, « ingénieur géographe du Roy pour la levée de la carte » vint à Millau et, « comme il n’y avait point de triangle, il pria le conseil communal de faire construire sur les hauteurs plusieurs pyramides ou signaux. Après s’être concertés avec lui et afin de lui faciliter ses opérations, les administrateurs de la ville firent élever à Pouncho d’Agast  d’une manière économique, une pyramide de 12 pieds carrés » ; les frais s’élevèrent à 33 livres 16 sols (Archives de Millau, B.B.20).

Carte postale de 1903.

A la fin du XIXe siècle, M. l’abbé Dalquier avait fait le projet d’élever une croix sur la Pouncho d’Agast : « En souvenir du pèlerinage des 10 000 hommes à Rome, la population catholique de Millau se propose d’élever prochainement une croix monumentale sur le pic d’Agast, situé à 500 mètres environ de la ville, dans l’angle formé par la jonction du Tarn et de la Dourbie. Ce pic s’élève d’un seul jet à près de 800 mètres au-dessus du niveau de la mer. Magnifique piédestal pour une croix. » (Journal de l’Aveyron, 2 novembre 1889).

Ce projet fut longtemps soutenu par les Millavois, qui en 1897, répondait ainsi à un concours paru dans le Messager de Millau : « Que feriez-vous si vous pouviez disposer d’un million ? De quelle généreuse fondation, de quelle œuvre gigantesque, de quelle institution bienfaisante doteriez-vous notre cher Millau ? » En quatrième position apparaissait l’Erection d’une croix monumentale sur le Pic d’Agast. (Jules Artières, Annales de Millau, 1900).

Ne pouvant avoir les accords définitifs de Mme de Longuiers de Creissels, à qui appartenait le terrain, l’abbé Dalquier « pensa alors à consacrer les quelques offrandes reçues pour l’érection de cette croix, sur une montagne voisine et pria Charles Barascud, curé de Paulhe, de s’occuper de cette œuvre » (Archives paroissiales de Paulhe).

Au lieu d’une croix, c’est un relais de télévision de 30 mètres qui prendra place au sommet de la Pouncho, plusieurs dizaines d’années après. Celui-ci inonde tout le bassin millavois.

Marc Parguel