L’âme de Millau

L’opposition municipale de gauche vient de ressortir à propos de l’aménagement du quai Sully Challiez, le slogan, si souvent utilisé, de l’atteinte portée à l’âme de la ville.

Sans vouloir remonter de plusieurs décennies dans l’histoire locale on peut retrouver cette attitude chaque fois qu’un projet nouveau est venu déranger l’ordonnance habituelle de nos rues et boulevards ou notre façon de vivre en ville.

Depuis la création du Parc de la Victoire ou la captation de l’eau de l’Espèrelle ou la mise en place d’un sens unique de circulation, les critiques et les polémiques furent toujours au rendez-vous des donneurs de leçons.

Qui a oublié l’angoisse de ceux qui ne voulaient pas voir disparaître « Valentine » la pendule qui donnait l’heure sur le Mandarous de trois côtés en même temps, mais pas toujours avec le même tempo. C’était le cœur battant de Millau que l’on arrêtait.

Personnellement, j’ai le souvenir, étant alors l’opposition (de droite) au cours de la première mandature de Gérard Deruy de lui avoir proposé d’arrêter le fonctionnement de la sirène du beffroi ,qui, tous les jours, sonnait lugubrement l’heure du repas de midi, en lui disant que dans une ville qui se voulait touristique ce signal n’était pas du meilleur effet et faisait penser plus à Sarajevo qu’à un lieu pour vacances paisibles.

Voulant être démocrate jusque dans les détails il avait demandé l’avis du conseil municipal et avait été mis en minorité par sa majorité de gauche qui ne voulait pas de ce changement. Si bien que retenant mes arguments, quelque temps plus tard ladite sirène avait été discrètement mise en panne sans que personne n’y trouve à redire ou ne le regrette aujourd’hui. Là aussi, c’était l’âme de Millau et le symbole de son industrie que l’on assassinait !

Ces mêmes gens de gauche ont aussi crié bien fort à l’assassinat lorsque sous la première mandature Godfrain-Gayraud a été lancé le projet de stade d’eau vive à la Maladrerie. Il fallait arrêter le massacre de ce lieu emblématique de la vie millavoise. Pas touche à mon « Saoutadou » !

Articles, protestations et surtout manifestations sur le terrain conduites par M. Durand entrainant l’arrêt du travail des pelleteuses et du chantier. Les défenseurs de « l’âme millavoise » ont voulu, là aussi, s’opposer à l’abattage des arbres, certains s’étant même enchainés symboliquement sur place. Opposition aussi pendant la campagne électorale municipale de la liste de gauche à l’aménagement de la Capelle pour, une fois élue, engager la réalisation du projet.

Comme pour le stade d’eau vive, dans quelques années et certainement après les prochaines élections municipales il ne sera plus question de protester contre l’aménagement du quai Sully Challiez si l’équipement réalisé donne satisfaction à la majorité des Millavois.

Il restera alors à penser, enfin, plan d’eau à la Graufesenque pour que le tourisme local ait la place qui doit être la sienne dans l’économie locale. En attendant, les échéances électorales approchent, il faut exister, même si c’est souvent au prix d’un conservatisme étroit et sans avenir.

Me Jean-Louis Esperce