Causses et vallées

Le château de Roquelongue (causse Noir)

Situé sur le flanc sud du Causse Noir et dominant la vallée de la Dourbie, le château de Roquelongue tirait son nom de sa position assise à l’extrémité d’une longue barre rocheuse (roche longue).

Jacques Nicolas Hector Rivoire en 1842 l’évoque de la manière qui suit : « d’après la tradition, il a existé à Revens un grand château sur un rocher appelé Roque-Longue. Ce rocher a environ 40 mètres de hauteur. Il reste encore quelques traces de fondements du château » (Dictionnaire historique des Communes, Revens, Statistique du département du Gard, 1842).

H. de Barrau dans Documents historiques et généalogiques du Rouergue (Tome III, 511,1854) le mentionne comme suit : « après Saint-Véran et avant d’arriver à Cantobre, toujours en remontant la Dourbie, on voyait autrefois un château dont il ne reste même pas des ruines ». Il en reste malgré tout, mais perdues dans la végétation, elles se dressent sur une grande falaise dominant la D 159. Ces vestiges de murs sont les seuls témoins de ce château qui était déjà abandonné en 1458. Le château bâti à l’extrémité d’une longue barre rocheuse reposait en s’appuyant sur deux gros rochers contigus.

Derniers vestiges du château © Gilles Rouby

Ses propriétaires

Le château de Roquelongue était possédé, dès le XIIIe siècle, par des seigneurs du nom de Brenguier ou Béranger, probablement les mêmes que Béranger de Caladon, seigneurs de Lanuéjols (Gard), situé dans le voisinage, très noble et très ancienne famille du Languedoc, qui s’est éteinte à la fin du XVIIe siècle. On ne sait peu de choses sur les Brenguier de Roquelongue.

Béranger de Caladon. Armes : D’azur à l’aigle abaissée d’argent, membrée d’or, accostée en pointe de deux chiens basset affrontés du même, sur une terrasse de sinople © Pierre Mazars

Le seigneur de Roquelongue rendait hommage au baron de Roquefeuil. Il avait une « directe » considérable sur les paroisses de Trèves et de Revens (la directe désignait la perception des divers droits seigneuriaux, mais l’excluait de l’exercice de la basse, moyenne et haute justice réservé au seigneur dominant).

Brenguier et Ricard de Roquelongue en 1234 déclarent que « leur père Albert de Roquelongue donne au commandeur de Sainte-Eulalie-du-Larzac le masage de Boussayrole du Larzac, proche la forêt de la Salvage (Archives Château de Vézins). En 1269, Vierna, fille de Brenguier de Roquelongue, fit hommage au comte de Rodez, Hugues, pour ce qu’elle possédait dans le mandement de Creissels (Archives du domaine, à Montauban).

Guillaume de Brenguier y conservait encore des droits en 1416. Noble Hugues Brenguier épouse Béatrix de Guitard (Peyrelade, Lugagnac etc…) (note de l’abbé Delpal) il se qualifiait encore, seigneur de Roquelongue en 1458, mais il résidait alors à Saint-Jean du Bruel. Il fit quittance, en 1461, à Jean Guittard, co-seigneur de Peyrelade, de dix écus d’or, en distraction de la dot de Béatrix de Guitard, sa femme, sœur dudit Jean (Archives de la maison de Malhac). À la fin du XIVe siècle, Roquelongue était passé, en partie, à la famille de Frottard.

Jacques de Frottard de Cantobre, damoiseau, coseigneur de Roquelongue et Saint-Véran, vers 1396-1400 et jusqu’en 1429, épousa Béliarde de Seveyrac qui lui apporta en dot la coseigneurie de Saint-Véran, il y résidait dès 1405 et y vivait encore en 1429. Louis Frottard de Cantobre, damoiseau puis chevalier, seigneur de Vessac, coseigneur de Roquelongue et Saint-Véran, est mentionné dans une reconnaissance du 22 janvier 1442, consentie par Pierre Julien pour certaines pièces de terres sises à la Cadenède près de Veyreau. Il vivait encore le 30 septembre 1485.

Antoine de Frottard, seigneur de Vessac, coseigneur de Roquelongue et de Saint-Véran, se maria avec Isabeau de Pellegri en 1506 (U.A, l’Écho de la Dourbie, samedi 12 février 1848), de laquelle il eut une fille, Jeanne qui épousa le 19 janvier 1561 noble François de Malhac seigneur des Maynials et lui apporta en dot les coseigneuries de Cantobre, une partie de Roquelongue, de Saint-Véran et la seigneurie de Vessac.

Les rochers de Roquelongue © géocaching

Au début du XVIe siècle, une partie de la seigneurie appartenait à la famille de Jean, alors représentée par Aymeric de Jean, seigneur de Roquelongue et d’Olmières, dont la fille Catherine épousa, en 1523, Jean d’Albignac de Triadou, l’autre partie restait au De Caladon.

Même si le château n’était plus habité, le seigneur de Roquelongue consentait encore à la vente de terrains. Ainsi un acte retrouvé par Gilles Rouby (Cercle généalogique de l’Aveyron) chez maître Jean Géli de Meyrueis datant du 20 février 1604 nous apprend que « Antoine Robin de Lisside achète une terre à François de Caladon, seigneur de La Valette, Montjardin, Roquelongue, Lanuéjols et les Lissides ». Le coseigneur Pierre Jehan (jean) est cité dans l’acte. Par ailleurs, le bail mentionne des actes antérieurs, dont un passé le 4 avril 1595 par Delphine de Rocheblave, dame de Roquelongue (le château de Rocheblave est situé près de Quézac).

Jean (de) Armes : D’or, à la tour de sable, accompagnée de 3 étoiles de gueules. © Pierre Mazars

En 1636, noble Pierre Jean, écuyer, se qualifiait pareillement seigneur de Roquelongue et d’Olmières (Titres de la maison de Malhac)

Des terres de Roquelongue furent vendues au XIXe siècle, comme nous l’indique le journal local de l’époque « L’Écho de la Dourbie » : « À vendre un domaine situé aux appartenances du village des Moulinets, dans la section de commune de Cantobre, mairie de Nant, arrondissement de Millau, composé de bâtiments d’exploitation, jardins, terres labourables, bois et pâtures. Ce domaine avait été acquis par le sieur Baptiste Hugon, marchand de bois à Millau. Également en vente, une vigne dite Gardies et Roquelongue, située dans la commune de Revens, canton de Trèves, arrondissement du Vigan » (Écho de la Dourbie, 25 novembre 1848)

Marc Parguel

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