La source de Fontubière (Sainte-Eulalie-de-Cernon, Larzac)

Située à gauche de la D23, lorsqu’on vient de L’Hospitalet-du-Larzac, et à 4 km du Viala-du-Pas-de-Jaux, la source de Fontubière récemment débroussaillée par l’APAHL est une des plus belles fontaines aménagées du causse du Larzac. Attestée dès le XIIIe siècle, elle fut utilisée pour abreuver les brebis du plateau constituant de nos jours, un témoignage de l’agropastoralisme.

Son nom vient de Fònt « source » et de tubièra, dérivé de tube (du latin, tubus) « conduit, tuyau » pour désigner par le suffixe collectif – ièra un aménagement permettant de diriger l’eau vers une lavogne (d’après Jacques Astor, Onomastiquement votre, Journal de Millau, 9 novembre 2017). Point d’eau permanent, on y trouve des tritons et des salamandres.

Originellement, la source qui se trouve à la base du bathonien remplit deux petites vasques dont l’eau s’écoule par une entaille creusée dans la roche et se faufile en pente vers une mare. Cette mare supérieure, par son trop-plein alimente un second bassin. Si la mare supérieure est restée dans son état initial, la mare inférieure a été surmontée d’abreuvoirs, on en compte six au total.

Cette source est mentionnée pour la première fois sous le nom de fontem Tubieyra, en 1271 sur une charte de la Commanderie de Sainte Eulalie de Cernon : « antiquum caminum quo itur a Camp Gauzen apud Fontem Tubieyra sicut mete sunt posite ».

Toujours en 1271, un acte d’accensement de « devois commun » aux habitants de Sainte Eulalie mentionne la possibilité d’abreuver le bétail « … ad usuum pacendi et ponendi ibi ad pacendum animalie vestra », sans doute à Fontubière qui est citée dans les confronts. (D’après Bénédicte Pages, Paysages et économie agropastorale, la commanderie de Sainte-Eulalie-du-Larzac, mémoire de maîtrise, p.148, 1989)

Cet accès libre se matérialise encore dans le cadastre actuel, comme dans le cadastre du XIXe siècle, puisqu’une large bande de terrain public relie toujours la mare à la voie principale vers le Viala.

Le hameau médiéval de Fabiergues, au pied de la montagne du Puech Cau est situé à moins de 1,5 km de là, cette source faisait donc certainement partie des points d’eau utilisée par ses habitants.

Elle a bénéficié d’un dégagement végétal en 2017 par l’APAHL (Association pour le patrimoine archéologique et historique du Larzac) qui n’a pas compté ses heures lors de chantiers bénévoles et on ne peut que féliciter cette association pour cette mise en valeur du site.

Après de fortes pluies, les deux mares se reforment.

Sur le côté droit de la route, on remarque une bergerie en ruine. Celle-ci porte le nom de « La Deveze ». Non loin de là est un abîme entonnoir. Au début du XIXe siècle , un terrible drame eut lieu en cet endroit : « En 1806, une trombe d’eau s’étant abattue au quartier dit Fontubière, une vaste plaine fut inondée à côté, et un troupeau de 200 moutons enfermé dans une bergerie située au milieu des champs périt en entier dans les eaux. Celles-ci après quelques jours de stagnation finirent par se frayer une issue et disparurent dans un abîme nouveau par un vaste entonnoir que l’on voit encore à côté de la bergerie » (Monographie de la Commune de Sainte Eulalie, 1887).

Marc Parguel