Millau. Christophe Saint-Pierre répond point par point à Emmanuelle Gazel

Ce matin, comme il entend le faire quelques fois durant la campagne, le maire Christophe Saint-Pierre a donné rendez-vous à la presse pour évoquer les sujets d’actualité et répondre aux éventuelles questions.

Hasard du calendrier, c’est deux petits jours après l’attaque en règle d’Emmanuelle Gazel au sujet du bilan de la municipalité actuelle que ce point presse a eu lieu. L’occasion pour le candidat à sa propre réélection de revenir sur « l’article paru hier » qui l’a « quand même un peu énervé ».

« Rien de nouveau sous les Tropiques »

« De façon générale, si on reprend les thématiques abordées par Emmanuelle Gazel, dans leurs critiques il n’y a rien de nouveau sous les tropiques, c’est tout le temps les mêmes thématiques qui reviennent, a assuré Christophe Saint-Pierre. A aucun moment, y compris en conseil municipal, on n’a eu des débats sur le fond. Chaque fois qu’on les a mis devant leur responsabilité en leur disant « mais qu’est-ce que vous proposez ? », ils répondent « ce n’est pas notre rôle, nous on est dans l’opposition ». On ne peut pas à la fois se dire être de l’opposition constructive et ne rien construire. »

Le décor étant planté, le maire a repris les critiques une à une. Extraits choisis.

Les finances et la dette

Là où Emmanuelle Gazel tire la sonnette d’alarme en agitant le chiffon de la mise sous tutelle, parle d’ « augmentation des impôts » et de « dette de 36 M€ d’ici 2021 », Christophe Saint-Pierre veut « démystifier la dette ».

« La dette est générée par l’emprunt, qui est contracté par la ville quand on fait de l’investissement. Quand vous faites un emprunt pour acheter une voiture ou acheter une maison vous créez de la dette, pour autant vous avez plutôt l’impression d’enrichir votre patrimoine et votre capital plutôt que de les détruire. »

Et de sortir les chiffres des comptes administratifs, « le détail de ce qu’on a fait, la réalité de ce qui a été dépensé ». « En 2014, la dette consolidée (Ville + budget annexe) était de 31,35 M€, en 2018 (le compte 2019 n’ayant pas été débattu en conseil municipal, NDLR), cette même dette était de 28,90 M€. On a diminué le stock de dettes de 2,4 M€. Nous avons en plus diminué la durée de désendettement, qui est passée de 9,27 ans fin 2013 à 8,06 ans fin 2018, sachant que le seuil critique est à 12 ans. Pour autant, on a fait 10% de plus d’investissements que la Municipalité précédente. »

« Est-ce que nous sommes en capacité de rembourser la dette ? », s’interroge-t-il lui-même. « Jusqu’en 2025, à minima, la collectivité est en capacité de dégager une épargne brute de 3M€. En 2019, on réussit même à atteindre une épargne brute qui sera de 3,8 M€. De façon récurrente, on consacre entre 2,4 et 2,9 M€ au remboursement de la dette. »

« On fait des emprunts, on réduit le stock de la dette, on réduit la durée de désendettement et en plus on a une épargne brute qui nous permet de rembourser la dette », affirme Christophe Saint-Pierre, en vantant le caractère « vertueux » de la gestion municipale.

Avant de balayer l’affirmation d’Emmanuelle Gazel selon laquelle « la dette devrait être de 32 M€ fin 2019, et même 33 M€ s’il n’y avait pas eu le transfert de la compétence enseignement supérieur à la Communauté de communes ».

« C’est archifaux, tranche Christophe Saint-Pierre. La prévision sur le compte administratif 2019 devrait être d’un peu plus de 31 M€. En 2012, sous Guy Durand, ce montant était à plus de 32 M€. Nous avons passé la délibération de transfert de l’enseignement supérieur au conseil municipal de décembre. Ce qui veut dire que le transfert des emprunts ne se fera que sur 2020. Dans le montant de la dette qu’on prévoit pour 2019, il y a le pôle d’enseignement supérieur. Et sans ce montant, on n’est même plus à 31 M€ mais à 30 M€ de dette sur 2019. »

Moi je veux bien être gentil, mais quand on me marche sur les pieds, je sais aussi mordre.

Martine Bachelet

Martine Bachelet, directrice des finances retraitée de la mairie de Millau et membre de la liste « Millau Naturellement », était aux côtés d’Emmanuelle Gazel lors de sa conférence de presse. « Elle dit qu’elle nous connait bien. Nous aussi on la connait Martine Bachelet », sourit Christophe Saint-Pierre. Avant de rappeler « les méthodes préconisées » par cette dernière « pour augmenter les recettes de la collectivité » :

« Supprimer les subventions aux associations qui ont un bas de laine, diminuer les subventions pour les autres, augmenter les tarifs publics, faire payer les garderies et augmenter les tarifs des cantines. Moi je veux bien être gentil, mais quand on me marche sur les pieds, je sais aussi mordre. »

Les impôts

« Là aussi il faut être pédagogique », affirme Christophe Saint-Pierre en mettant en avant les propos de… Philippe Martinez (Secrétaire général de la CGT) qui a dit sur France Info que « l’impôt c’est utile ». « On est tous d’accord pour dire que nous payons trop d’impôts, mais c’est avec ça qu’on paye les charges de fonctionnement : les agents de la collectivité, les subventions aux associations… A moment donné, il faut savoir quelles dépenses on ne veut plus que la collectivité assure. Cela peut être un débat citoyen. Est-ce qu’on supprime le nettoyage des rues ? Est-ce qu’on diminue l’encadrement dans les écoles ? », demande Christophe Saint-Pierre, qui rappelle que « nous avons connu sous ce mandat la plus forte baisse des dotations globales de fonctionnement, ce que l’Etat verse aux collectivités. Entre 2013 et 2014, cette DGF est passée de 4,357 M€ à 4,235 M€. Depuis 2014, nous avons perdu 6,639 M€. Plus de 1,1 M€ par an de recettes en moins. Pour autant, on a souhaité continuer à maintenir les services publics, les subventions aux associations, et une part d’autofinancement sur l’investissement. »

Les quais

« Ils nous bassinent sans arrêt : « Les quais, les quais… » Je me suis expliqué je ne sais combien de fois, l’espace public n’est pas ce qui est le plus subventionné », souffle le candidat de la liste Millau en Action. « Mais j’aimerais quand même qu’ils me parlent du Pôle Petite Enfance où on est pratiquement à 60 % de subventions, de la microcrèche, où on est à 40 %, de la réalisation actuelle du centre d’hébergement des femmes où on va avoisiner les 80 % de subventions, du guichet unique où on est à 43 % de subventions… »

On ne peut pas avoir critiqué trois policiers municipaux supplémentaires sur le terrain et aujourd’hui dire qu’il n’y en a pas assez.

Les policiers municipaux

« Je les trouve un peu gonflés quand même, peste Christophe Saint-Pierre, quand je suis arrivé, il y avait huit policiers municipaux. Quand j’ai fait passer cet effectif à onze, ils m’ont dézingué ! Je faisais de l’emploi, je faisais de la charge salariale… Je m’en suis pris plein la tête. Aujourd’hui, ils sont les chantres du retour sur le terrain des policiers municipaux, il ne faut quand même pas exagérer. On ne peut pas avoir critiqué trois policiers municipaux supplémentaires sur le terrain et aujourd’hui dire qu’il n’y en a pas assez. D’autant qu’on a onze policiers municipaux et cinq ASVP, qui n’existaient pas auparavant. Et c’est de très mauvaise fois quand on dit qu’ils sont derrière les caméras ».

La démocratie participative

« Je ne compte plus les réunions de quartier… Sur les quais, j’ai du faire 17 réunions avec les riverains et une exposition pendant un mois pour que les gens puissent venir s’exprimer… Quand on a limité l’éclairage public, on a fait des réunions dans tous les quartiers qui allaient être touchés… Et nous avons mis en place le Conseil Consultatif Citoyen, pour lequel je pense qu’il fait aller encore plus loin. Le mandat qui va arriver est un mandat qui va être majeur sur l’aménagement de la ville au titre de la transition écologique. Et ça, ça ne peut passer qu’avec l’acceptation de la population, on ne peut pas passer en force là-dessus. Il faudra qu’il y ait des moyens d’échanges avec la population », prévient le candidat.

Le mythe des catégories A

Les effectifs

« En 2020, nous sommes à 350 emplois pourvus (pour 339 équivalents temps pleins) pour un total de 392 agents. En 2014, nous avions 361 agents titulaires pour un effectif total de 408. Il y a une diminution du nombre d’agents, qui correspondant à une gestion de la masse salariale, qui représente à 58 % des dépenses de fonctionnement. Quand on travaille sur les dépenses de fonctionnement, il est de notre devoir de travailler sur le contrôle de la masse salariale. Ça passe par des réorganisations de services, par des mutualisations, c’est ce qu’on a fait avec le guichet unique : offrir à minima le même niveau de prestation à la population tout en réorganisant les services et maitriser le nombre d’agents. »

Il y aurait une augmentation des cadres de catégorie A ? « C’est le mythe des catégories A, explique Christophe Saint-Pierre. En 2014, il y avait 19 emplois de catégorie A (17 statutaires et 2 contractuels), dont 5 à la Direction générale des Services (DGS). Aujourd’hui, il y a 18 cadres de catégorie A, plus 4 à la DGS. Dans ces 22 agents de catégorie A, il y a le Directeur de l’organisation des services informatique qui a été recruté, et on a profité du départ à la retraite de François Leyge, conservateur au plus fort échelon, pour recruter deux catégories A de niveau inférieur. »

« Les cadres A représentent 6% de l’effectif total, la moyenne nationale c’est 10%. Les cadres de catégorie B à Millau représentent 12% de l’effectif, contre 14% au niveau national, et les catégories C représentent 82 %, contre 76% au niveau national. Alors quand on entend que c’est scandaleux, qu’ils vont faire la chasse aux sorcières, qu’on va supprimer les catégories A… Il faut qu’ils arrêtent de nous faire de faux procès. »

La masse salariale

« Ils pointent du doigt que la masse salariale est passée de 13,5 M€ à 14,8 M€ », rappelle Christophe Saint-Pierre. Et d’en expliquer les causes. « Depuis que nous sommes arrivés, nous nous étions engagés à stagiairiser des agents qui étaient en CDD successifs, rappelle-t-il. Et on a quand même eu en 2014 l’augmentation de l’indice des fonctionnaires, la réforme de la catégorie C avec la fusion de deux échelons à l’échelon le plus haut… Des augmentations statutaires décidées par Paris mais que nous avons dû assumer au niveau local. »