Le « Square Ramondenc » fait face aux bâtiments de l’ancien Hôtel Dieu, entre le boulevard Richard et le quai Sully Chaliès. Il a remplacé la petite place s’étendant naguère entre l’hospice et la rivière du Tarn.

Prisé des boulistes, ce petit « clos de verdure » fut tout d’abord appelé simplement « jardin de l’Hospice » lors de son inauguration le 29 août 1897 avant d’être renommé en 1917 : « Square Ramondenc » en hommage au bienfaiteur de la ville disparu cette année-là. Il y a peu, la Municipalité a fait poser une plaque à son nom au centre du jardin.

Lors de l’enterrement de Mathieu Ramondenc, le Messager de Millau écrivait : « Tous ceux qui souffrent de la faim, qui pleurent la misère, ou qu’éprouve la maladie, ils sont légion, hélas ! tous ceux qui viennent chercher santé, aide et repos dans notre hôpital-hospice, dans cet asile de la bienfaisance et de la solidarité lui doivent une profonde reconnaissance : il les a adoptés, il les a institués ses héritiers. Que son souvenir demeure gravé dans leur cœur, comme il le sera, en lettres d’or, sur la table de marbre des Grands Bienfaiteurs de l’Hospice. » (28 juillet 1917). Si son nom a été gravé en lettre d’or, qui se souvient encore de ce grand bienfaiteur ?

Mathieu Ramondenc (Photo : Jean-Louis Cartayrade)

Originaire de Camarès où il est né le 17 août 1845, de famille protestante, Mathieu Ramondenc avait contracté de fortes attaches avec Millau, ayant épousé Anna-Julie Redon, née le 23 août 1845, fille de Paul Redon et d’Elisabeth Guy. Devenu possesseur d’une immense fortune, homme de cœur et de dévouement, n’ayant aucun héritier direct, il fit, entre autres dons, notre hôpital hospice (Hôtel Dieu) son légataire universel. C’est en 1913 qu’il devint administrateur de cet établissement, le Maire de Millau de l’époque nous le rappelle dans un discours prononcé en 1917 : « M. Ramondenc faisait partie, depuis peu, de l’administration de l’Hospice. Lorsque, en 1913, devant pourvoir au remplacement de Joseph Vézinhet, je fis demander à M. Ramondenc s’il accepterait ces fonctions ; il me répondit, très aimablement, et sans une minute d’hésitation, que puisqu’elles ne touchaient en rien à la politique, qu’il s’agissait de s’occuper des intérêts de nos malheureux hospitalisés et d’administrer leurs biens, il accepterait avec le plus grand plaisir. L’autorité préfectorale, reconnaissant ses mérites, gratifia ma proposition et fit appel à son dévouement. Et, en effet, depuis cette époque, notre Collègue s’occupait, avec beaucoup de soin, des intérêts de notre Etablissement hospitalier. Chaque année, avant de partir pour sa jolie propriété du Viala, qu’il aimait passionnément et où il a rendu le dernier soupir, il ne manquait pas de me dire que, si sa présence était nécessaire, il s’empressait de venir. Lorsqu’il était à Millau, il assistait à toutes nos réunions ; ses avis, ses conseils étaient unanimement suivis ; sa compétence, particulièrement sur les questions agricoles, était reconnue de nous tous ; aussi, depuis trois ans que cette terrible guerre désole notre malheureux pays et que l’exploitation de nos propriétés devient de plus en plus difficile, avions-nous recours aux connaissances de notre ami. Administrateur de service, il allait très souvent à l’Hôpital, non pour donner simplement des signatures, mais pour s’assurer par lui-même que tout fonctionnait bien et que chacun était à son poste. Il venait me voir quelquefois pour m’entretenir de diverses questions et surtout de celles qui concernaient notre maison hospitalière ; c’est vous dire combien il avait pris sa tâche à cœur, combien il remplissait ses fonctions avec dévouement. » (L’Indépendant Millavois, 28 juillet 1917)

Par testament du 26 octobre 1916, alors qu’il était administrateur de l’hospice de Millau depuis 1913, il légua à cet établissement son important domaine du Viala de Cornus où il résidait de son vivant à la belle saison et où il mourut, âgé de 72 ans, le 20 juillet 1917. Voici les principales dispositions de son testament : Au bureau de bienfaisance de Cornus, 5000 francs, à sa cousine Léonie Cruvellié, qui habite Béziers, le mobilier et une rente viagère de 1000 francs, à sa domestique Léontine Rouquette, la jouissance de la maison de maître du Viala, plus une rente viagère de 1200 francs, à Marcel Fabreguette, fils du fermier du Viala, 5000 francs. Tout le restant des biens, y compris le domaine du Viala, à l’Hospice.

En témoignage de reconnaissance, le Jardin de l’Hospice fut baptisé « Square Ramondenc ».  Jules Artières et Camille Toulouse le définissent comme suit : « C’est un triangle isocèle d’une superficie approximative de 22 ares, entre le Boulevard Richard et le quai de la Mégisserie. On ne peut que regretter ses trop modestes dimensions. » (Millau, ses rues, ses places, ses monuments, 1924).

Durant ses premières années d’existence, le square était entouré de canisses, ces claies faites de roseaux refendus qui à l’origine clôturèrent nos jardins publics. En 1909, des Millavois firent remarquer que « l’entrée principale est fâcheusement fermée par une vilaine clôture en bois en très mauvais état et son aspect seul suffit à détruire l’agréable coup d’œil qu’on éprouve lorsqu’on arrive par le boulevard de l’Ayrolle. De plus, le rechargement des allées auquel on procède avec des déblais ordinaires gagnerait beaucoup a être fortement arrosé et un peu damé ». (Messager de Millau, 2 octobre 1909). En 1910, des pierres ont été apportées à pied d’œuvre, pour l’installation des grilles de fer.

On remarquera à l’intérieur du jardin un tilleul argenté et un érable de Montpellier. Deux autres arbres remarquables y ont été plantés par les enfants millavois en lien avec la ville et le Centre permanent d’initiation à l’environnement (CPIE) du Rouergue.

Marc Parguel