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La Ville de Millau a rendu hommage à l’écrivain cévenol André Chamson

Ce vendredi matin 9 février, la Ville de Millau a rendu hommage à André Chamson (1900-1983), dont un jardin et une impasse portent le nom, dans le quartier de Naulas.

C’est Jacques Godfrain, ancien ministre et ancien maire de Millau, qui a soufflé l’idée à Emmanuelle Gazel de rendre hommage à l’écrivain, historien et résistant, une figure plurielle qui a marqué le paysage intellectuel français du XXe siècle.

Originaire des Cévennes, André Chamson a puisé dans ses racines rurales une source inépuisable d’inspiration. Professeur de lettres, il embrasse également la carrière d’écrivain, explorant divers genres littéraires avec une profondeur et une sensibilité uniques.

Engagé dans la Résistance durant la Seconde Guerre mondiale, il défend ardemment ses convictions, bravant les dangers pour la liberté et la justice. Son œuvre, ancrée dans l’histoire et la culture françaises, témoigne d’une profonde humanité et d’une réflexion critique sur le monde qui l’entoure. En 1968, couronnement de sa carrière, il est élu à l’Académie française, institution prestigieuse consacrant son talent littéraire et son engagement pour la langue française.

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Jacques Godfraion, ancien ministre, ancien maire de Millau.

Un hommage en présence de sa petite-fille, Catherine Velle

Voici plus de 16 ans que l’espace André Chamson s’inscrit dans le paysage des coteaux de Naulas et dans la vie quotidienne des familles du quartier. Un jardin a en effet été inauguré le 10 août 2007 par Jacques Godfrain, en compagnie de la fille de l’écrivain, la comédienne et romancière Frédérique Hébrard.

« André Chamson aurait très certainement apprécié que son nom, donné à plusieurs écoles et équipements culturels, aille ainsi à un jardin public », a déclaré Emmanuelle Gazel dans un vibrant hommage, en présence de la petite-fille de l’écrivain, la romancière Catherine Velle.

Catherine Velle, petite fille d’André Chamson.

« Lui qui a tenu à reposer avec son épouse au col de la Lusette, parmi les bruyères, dans ces montagnes cévenoles qui, écrit-il, ont été « la toile de fond de (sa) vie », a-t-elle poursuivi. Ce jardin, par sa composition, semble d’ailleurs dialoguer en secret avec l’œuvre d’André Chamson. L’écrivain n’a-t-il pas confié, lors d’un entretien, qu’il « faut être enraciné pour embrasser la terre entière » ? Un jardin est une écriture du paysage. La caselle qui borde cet espace trouve un écho dans la remarque d’André Chamson selon laquelle ses images de romancier « tiennent du minéral ». En voyant les jeux des enfants, ici face aux falaises du Larzac, l’académicien n’aurait-il pas songé, je le cite, à « l’exaltation que nous avions, petits montagnards des Cévennes, devant les grandes pentes et les élancements des roches et le moutonnement des hautes terres » ? Écrivain des reliefs cévenols, du pays languedocien et de la Provence, André Chamson a aussi consacré de belles lignes au causse du Larzac : « un de ces lieux », a-t-il écrit, « où nous avons le sentiment de toucher à la fois au commencement et à la fin des choses créées ».

« Une œuvre qui résiste au temps »

« Un jardin, c’est aussi une renaissance au fil des saisons, une redécouverte constante. Et il faut, justement, redécouvrir André Chamson pour constater combien son œuvre, bien loin de l’étiquette régionaliste, touche à l’universel. Six de ses ouvrages ont été republiés il y a peu, dont Le Chiffre de nos jours, le récit de sa jeunesse. Il est à souhaiter que ce travail de réédition se poursuive. Car André Chamson se distingue à la fois par son don de narration, par son savoir d’historien, et par le souffle qui porte chacune de ses phrases. Un souffle venu des Cévennes, mais encore des textes anciens qu’André Chamson, avant même de devenir archiviste et paléographe, a lus avec passion », a continué la maire de Millau.

« Les livres d’André Chamson entrent en résonance avec le présent que nous traversons. Il écrit par exemple : « Toute vie est métamorphose et pour rester vivante, elle doit sans cesse se transformer (…). Il nous faut sauver la continuité de l’esprit, en acceptant cependant les transformations qui sont la condition de la vie. Notre temps nous pose à chaque instant ce problème ». Aujourd’hui, face au défi de l’adaptation aux changements environnementaux que connaît notre planète, ce passage possède une vivante actualité. Au creuset des écrits d’André Chamson, il y a un verbe, gravé sur la margelle du puits de la tour de Constance et attribué à Marie Durand, qui y fut emprisonnée en 1730 en raison de sa foi protestante. « Résister », ce verbe qui est plein de sens, ici au cœur des Grands Causses, a irrigué les ouvrages et la vie de l’écrivain. André Chamson a été camisard par la pensée, à travers ses romans historiques, et maquisard par les actes, courageusement, dans le Lot, avant de fonder avec André Malraux la brigade Alsace-Lorraine. C’est aussi de résistance qu’il est question lorsque sous l’Occupation, avec son épouse Lucie Mazauric, il a contribué à protéger les chefs-d’œuvre du Louvre en les accompagnant jusqu’à l’abbaye de Loc-Dieu, ici en Aveyron, puis à Montauban. « Résister, écrit-il, c’est se refuser d’avance à accepter la loi de la défaite. » C’est ainsi que, fort de ce tempérament, de cette conviction, de sa culture et d’un style plein d’élégance, André Chamson a composé une œuvre qui résiste au temps. En votre présence, chère Catherine Velle, nous avons plaisir à saluer sa mémoire, à le lire, à le relire, à inviter à le lire. »

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