© DR

Partage, convivialité et aventure humaine sont au cœur du festival 360 degrés d’aventure dont la 2e édition se déroulera du 4 au 7 février 2021 à Millau. Ce deuxième opus se déroulera sous le parrainage de Catherine Destivelle, la grimpeuse et alpiniste française à l’impressionnante collection de distinctions, médailles et records. Mais au-delà de son palmarès, Catherine Destivelle, c’est une personnalité attachante qui vit par et pour le partage de l’émotion.

Catherine Destivelle est tout simplement l’alpiniste française la plus populaire. Née en 1960, elle s’initie à l’escalade à Fontainebleau très jeune, puis parcourt avant même ses 20 ans les plus grandes voies des Alpes. Elle s’adonne ensuite à la compétition, devenant l’une des plus grandes grimpeuses mondiales sur la décennie 80-90. Catherine délaisse alors les compétitions pour l’alpinisme, d’abord en Himalaya, puis dans les Alpes, devenant selon ses propres dires « une vraie alpiniste » en gravissant la face nord de l’Eiger en hiver, en solitaire, en 1992. Aujourd’hui, Catherine se dédie presque entièrement à sa maison d’édition, Les éditions du Mont-Blanc, une autre manière de transmettre sa passion pour la montagne.

10 questions à Catherine Destivelle

Pourquoi avoir accepté d’être la marraine du festival 360 degrés d’aventure ?

C’est avant tout pour faire connaître Les éditions du Mont-Blanc, la maison d’édition que je dirige. Je connais bien les gens de Millau, je les trouve sympas, le festival a l’air d’être à taille humaine et la présentation était super sympa. Alors j’ai dit oui.

Quel est ton but au travers de ta maison d’édition ?

En fait les gens ne savent pas que je suis derrière Les éditions du Mont-Blanc. C’est un métier difficile, ça prend beaucoup de temps. Je souhaite éditer des livres qui concernent la montagne de près ou de loin, plutôt grand public, mais qui vont bien sûr intéresser aussi les grimpeurs. Ça peut être des récits, des polars, des beaux livres, des livres plus techniques… Le festival 360 degrés d’aventure est une bonne occasion de rencontrer le public, et je pense que les Millavois seront très friands de nos livres.

Connais-tu bien la région de Millau ?

Pas très bien non. J’y suis allée une fois il y a longtemps… Mon rêve c’est d’aller grimper dans les Gorges du Tarn. Je suis allée un peu partout, sauf dans les Gorges du Tarn…

360 degrés d’aventure, ce sont aussi des rencontres avec les scolaires. Toi qui as débuté l’escalade très tôt, est-ce une bonne opportunité de transmettre ta passion ?

Tous les publics sont sympas, mais les enfants en particulier. J’édite pas mal de livres pour les enfants. Ces livres leur montrent l’histoire de la discipline, comment débuter, les bons gestes… En dehors des livres j’ai aussi organisé des stages pour les enfants pour leur expliquer le milieu. Je trouve qu’il ne se passe pas grand-chose pour eux, s’ils ne sont pas dans un milieu propice ils n’auront jamais l’idée de se tourner vers l’escalade.

Le festival 360 degrés d’aventure parle avant tout d’aventure humaine. Quels ont été les moments d’échanges les plus forts dans le cadre de ta pratique ?

C’est très difficile, j’ai un bon souvenir de toutes mes expériences, tout était très différent. J’ai beaucoup aimé les stages pour enfants, c’était très sympa et drôle – je me souviens d’une discussion autour de la condensation dans la tente, et ils pensaient que c’était un gros mot… Et puis j’ai beaucoup aimé les rencontres avec les locaux comme les Sherpas du Népal, les cow-boys des États-Unis… L’escalade est un moyen d’entrer en contact avec les gens et de communiquer d’une manière différente de celle des touristes classiques.

Catherine Destivelle est à la tête de la maison d’édition « Les éditions du Mont-Blanc » © DR

Qu’est-ce qui produit ce décalage par rapport au tourisme classique ?

Le fait qu’on ait besoin d’eux, pour une fois les rôles sont inversés. Au Mali, les locaux nous aidaient, ce n’est pas nous qui les aidions. Ils nous montraient leurs chemins, ils nous livraient leur connaissance des lieux, de leur pays. C’était très riche, et ils étaient très heureux de le faire, très heureux de rendre service. Nous les avons rémunérés, mais ce n’est pas ce qu’ils cherchaient, ils étaient simplement fiers de voir que des étrangers avaient besoin d’eux.

L’aventure doit-elle se réinventer, compte tenu des contraintes de plus en plus fortes que nous faisons peser sur la nature ?

Je viens justement de recevoir un manifeste proposé par Arnaud Petit (grimpeur français originaire d’Albertville) à ce sujet. C’est dans l’air du temps, on s’interroge beaucoup sur notre pratique. J’espère que cette histoire de coronavirus va révéler d’autres façons d’agir, de se déplacer, de se comporter au quotidien. On a vu que la nature reprenait ses droits partout, ça fait prendre conscience de l’impact de l’activité humaine. Peut-être qu’il ne faut plus prendre l’avion pour une semaine ou deux, et on peut aussi songer à se dépayser à côté de chez soi à moindres frais. En France on a un territoire magnifique à explorer !

Justement, que reste-t-il à faire aujourd’hui en termes d’alpinisme ?

Mais il y a plein de trucs à faire ! Moi j’ai un peu levé le pied avec ma maison d’édition, mais maintenant je fais plein de voies que je n’avais jamais faites. À l’époque je les trouvais trop faciles… Et pour les jeunes, il y a plein de façons de s’exprimer. Déjà il reste plein de sommets, peut-être pas les plus beaux, les plus emblématiques, mais il reste plein de sommets à gravir en Chine, Inde, Pakistan, Népal… Et puis il y a de nouvelles manières de faire de l’alpinisme, le style alpin dans l’Himalaya par exemple, ou la vitesse… Chaque génération trouve une nouvelle manière de s’exprimer.

De toutes tes expériences en montagne, de laquelle es-tu la plus fière ? On entend souvent parler de l’Eiger.

Oui peut-être l’Eiger. C’est là que je suis devenue une vraie alpiniste. J’y ai réalisé une première, non pas une première féminine comme on l’a rabâché à l’époque, mais une première tout court : la face nord de l’Eiger en mode hivernal, sans reconnaissance, à vue.

Y a-t-il des aventuriers contemporains que tu apprécies tout particulièrement ?

J’aimais beaucoup Erhard Loretan (alpiniste suisse décédé en 2011), et puis Yannick Graziani aussi. Sa façon d’être, il ne triche pas. C’est un amateur, il est guide à l’année et c’est ce qui lui permet de payer ses expéditions. Et puis j’aime bien tous les jeunes qui sont à l’EMHM (école militaire de haute montagne). C’est un autre genre, ils ne font que ça, ils sont super forts, ce sont les vrais athlètes d’aujourd’hui.