Millau. Une caisse de solidarité de 1418 € pour les cheminots

36 jours de grève, ça laisse des traces, surtout sur le bulletin de salaire des grévistes. Aussi, par solidarité, l’intersyndicale « élargie » (Sud, CGT, FO, FSU, Confédération Paysanne, Intermittents, Gilets jaunes, Nous voulons des Coquelicots, Fédération des Grands Causses…) a remis ce matin la totalité de la caisse de solidarité, mise en place au début des mouvements contre la réforme des retraites, aux cheminots millavois. Soit une coquette somme de 1418 euros, récoltés auprès de la population lors des manifestations, sur le marché, ou au cours d’événements comme le Gréveillon.

« J’accepte cette solidarité avec grand plaisir », a remercié Frédéric Laur, représentant des cheminots. Cette grève, « la plus longue de l’histoire de la SNCF » et largement suivie par les cheminots millavois (« encore 80 % de personnes en grève hier, et aucun train ne circule à Millau depuis le 5 décembre »), va inévitablement avoir un lourd impact financier.

« La paye sera très faible, pour certains elle sera équivalente à zéro, reconnait Frédéric Laur. Alors cette caisse fait chaud au cœur, elle montre qu’on est dans le vrai et que les gens nous soutiennent. »

À mes enfants, je vais leur dire qu’on ne partira pas en vacances, mais que c’est pour la bonne cause, que c’est pour eux.

Et si lui-même devra faire « des sacrifices sur les cadeaux de Noël ou les vacances d’été », « ce n’est rien par rapport à ceux qui se sont battus, dans les années 1910, pour obtenir le régime spécial des cheminots ». « On sacrifie notre confort pour défendre des idées, mais ces gens-là ont fait 100 fois plus que ça pour obtenir le régime spécial, dans la lutte, au prix de 36.000 cheminots licenciés. Et on se bat pour ne pas retourner à cette époque-là ! », a-t-il scandé, visiblement ému.

Frédéric Laur (à droite), secrétaire général de la CGT Cheminots.

« À un moment donné, ça va se radicaliser »

Malgré la longueur du mouvement, malgré les difficultés économiques auxquelles certains grévistes sont confrontés, l’intersyndicale « élargie » n’entend pas baisser les bras. Au contraire. « Nous avons besoin que le mouvement s’élargisse », annonce Frédéric Laur, en invitant la population à venir manifester samedi 11 janvier à 10h30 sur le plateau de la gare.

« Nous avons le système de retraite qui fait le moins de pauvres en Europe. Au nom de quoi le remet-on en cause ? La population se fait déposséder des services publics, de l’assurance chômage, du Code du travail, des retraites… C’est quoi la prochaine étape ? La Sécurité sociale ? », peste le syndicaliste.

« On n’a jamais vu autant de mépris envers les grévistes », assure celui qui est, rappelons-le, membre de l’équipe d’Emmanuelle Gazel (PS) pour les prochaines élections municipales. « Macron laisse s’installer un climat délétère et dangereux. On l’a aidé à gagner en 2017, et aujourd’hui il nous crache à la gueule. À un moment donné, ça va se radicaliser. Le Rassemblement National, on risque d’y avoir droit au prochain coup… »