« On accuse les arbres de tous les maux quand on veut les massacrer »

C'est curieux, chez les arbres, ce besoin de devenir dangereux dans tous les lieux où ils gênent et où on veut les abattre !

Sur l’ensemble des arbres abattus (22, au moment d’écrire cet article), seuls cinq présentaient un danger.

La mairie de Millau a le désir de poursuivre son projet d’aménagement des berges du Tarn : après tout, pourquoi pas ? Le manque d’entretien entre le Pont du Larzac et le Vieux Moulin est patent. Depuis des années, ces lieux sont un no man’s land livré aux excréments canins et aux voitures ventouses. Les doutes sur la propriété des terrains y sont probablement pour beaucoup, les services municipaux assurent l’entretien minimum. Le quai, lui-même, n’a subi aucune remise en état depuis de nombreuses années.

Faut-il pour autant le détruire ? Il est pourtant massif avec ses belles pierres de taille et il résiste vaillamment aux nombreux coups de boutoir des inondations et fait partie de l’histoire de la ville. N’est-il pas possible d’envisager un aménagement agréable des lieux sans le condamner ? Quel intérêt de créer des gradins en béton, pour quelle utilité ? Et pour quel coût ? Quelques concertations rapides, sur des détails, auprès des riverains sont elles suffisantes ? Les autres Millavois ne sont ils pas concernés, car enfin, qui paye ? Le coût est évalué par nos édiles à 3.800.000 €, que comprend-il ? Derrière le quai, dans les remblais, des égouts nombreux, eaux pluviales, eaux usées, puits, caves, citernes, les surprises sont à prévoir pour les maisons des riverains, nous espérons qu’elles sont comprises.

Le désir de terminer les travaux avant la fin du mandat motive-t-il  cette brutale accélération qui a consisté à abattre les arbres du quai et de la place Bompaire ? Combien d’entre eux étaient réellement dangereux ? Nous demandons, aujourd’hui même, à la mairie, de nous fournir l’ensemble du rapport de l’O.N.F. qui a servi de prétexte à cette opération. Au moment de l’abattage, de nombreux promeneurs ont pu constater que seule une minorité présentait un réel danger. Ce n’est, au mieux, pas sérieux de prendre les Millavois pour des idiots en accusant les arbres de tous les maux quand on veut les massacrer, qui peut croire que leur prétendue maladie (causée en fait, par de mauvaises tailles, il y a quelques années sur des branches trop grosses qui ont pourries de l’intérieur), en est la cause ?

Maintenant que le massacre est fait, il sera plus facile de faire place aux pelles mécaniques et autres bulldozers, c’est évident, alors pourquoi ne pas le dire, au lieu de pratiquer la politique de l’enfumage ? Non, ce n’est pas correct.

Ne peut-on utiliser une partie de l’argent consacré à cette destruction du quai Chaliès à l’entretien de certains bâtiments du patrimoine communal du vieux Millau – à l’abandon ! – (l’Hôtel jouxtant le musée dans la rue Saint-Antoine qui va bientôt nous tomber sur la tête, ou la maison dite « la plus vieille de Millau » dans la rue de la Capelle, par exemple. N’y aurait il là pas de danger…) ?

Il appartient aux élus de faire des choix, mais y associer les citoyens, les grandirait. Toutes les municipalités peuvent se tromper, les projets présentés par des cabinets privés d’urbanisme sont toujours magnifiques sur le papier, à l’usage, ils peuvent être miteux au bout de quelques années. Le projet des berges aurait pu obtenir un large consensus, il y a fort à parier qu’il n’en prenne pas vraiment le chemin.

Fédération pour la vie et la sauvegarde des Grands Causses