Noms : Martinez & Compan. Prénom : Didier. Signe distinctif : « Emmerdeurs » depuis 1982.
En matière de prévention des risques naturels liés aux inondations, les deux Didier, comme ils aiment à s’appeler, ne sont pas nés de la dernière pluie. En clair, on ne la leur fait pas. Le président et le vice-président des riverains du Tarn et de la Dourbie, une association née après les crues historiques de 1982, sont des électrons libres. « Apolitiques », « non subventionnés », ils affirment ne pas connaitre la pression. Et quand ils ont quelque chose à dire, ils le font savoir. Quitte à ne pas se faire que des amis.

« On a perdu la culture du risque »

« Nos jeunes n’ont pas connu la crue de 1982, ils ne se rendent pas compte des dégâts que ça peut faire », déplorent en chœur Didier Martinez et Didier Compan. Et pourtant, en matière de prévention des inondations, l’association des Riverains du Tarn et de la Dourbie sait qu’il est déjà bien de savoir balayer devant sa porte.

Et de fustiger dans un premier temps une politique d’urbanisation faite en dépit du bon sens, pour ne pas dire « clientéliste ». « Pourquoi s’ingénie-t-on à faire de l’urbanisation en zone inondable ? », se demande Didier Martinez, prenant pour exemple les nouveaux commerces « après le pont Lerouge, entre Millau et Creissels », ou encore « les garages boulevard Jean-Gabriac ». « On continue à en rajouter ? Depuis 1982, on n’a pas compris ? »

Autre exemple, « des maisons neuves, même pas surélevées, avenue de Millau-Plage, bâties à l’encontre du PPRI. » « On va les avoir à l’œil, confie Didier Martinez, parce qu’à la fin, qui c’est qui paie ? C’est nous tous, avec nos primes d’assurances. Chaque année, on prend 4 ou 5% ». « On est des emmerdeurs, reconnait Didier Compan. Mais si on n’existait pas, on ferait n’importe quoi ! »

Dans un second temps, les deux Didier estiment que les Millavois ne sont pas prêts en cas d’inondation. « On ne fait pas assez d’exercices de prévention, affirment-ils. Il faut définir des zones de parking en cas de crue, obliger les gens à s’inscrire au système d’alerte par téléphone, proposer des exercices en temps réel aux habitants des quais… Certes à la mairie on nous dit que c’est difficile à mettre en place, mais à Espalion ils l’ont bien fait ! »

Au chapitre des améliorations à apporter pour mieux vivre les périodes de crues, nos deux compères ont aussi des idées. S’ils ne remettent pas en question l’utilité de la cinquième arche du pont Lerouge, ils s’interrogent par contre sur « l’urbanisation de la partie comprise entre le pont et la côte de la Cavalerie (Carrefour Market). En 1982, l’eau était passée par là… » « Il faudrait aussi s’occuper du problème de l’évacuation des embâcles », ces accumulations de matériaux emportés par le courant qui empêchent l’écoulement de l’eau.

(Source : https://millauriverainstarndourbie.wordpress.com)

Fête de l’eau : Une journée « inondations » en septembre

Afin de sensibiliser et de mobiliser le public, les maires, et les autorités compétentes, l’association des Riverains du Tarn et de la Dourbie a déjà prévu d’organiser une journée sur le thème des inondations le 9 septembre. « Aujourd’hui, chacun joue dans sa petite cour, observe Didier Martinez. Alors on va se mettre autour d’une table. Il faut qu’il y ait une réunification de tous les acteurs et qu’on avance ! »

Après les réunions et la projection de films sur les crues de 1982 et 1994 le matin, la « Fête de l’eau » battra son plein l’après-midi avec des stands d’informations pour les particuliers, tenus pour certains par des entreprises spécialisées dans la prévention des risques. Des témoignages seront aussi apportés par des habitants ayant connu les inondations de 1982.

« Où vont passer les 70 millions d’euros ? »

Depuis 1982 et la loi sur les risques naturels prévisibles (PER), renforcée en 1995 par la loi Barnier, la France s’est dotée d’un dispositif généreux et dynamique, basé sur la solidarité nationale en cas de catastrophes naturelles, et notamment en cas d’inondation. Un fonds alimenté par une cotisation de solidarité sur les assurances. « On paye ainsi 19% de cotisations pour les risques naturels », affirme Didier Martinez.

Or, depuis 2 ans, ce fonds serait régulièrement amputé. 55 millions auraient été ponctionnés suite à la Loi de finances rectificative de 2016, un prélèvement reconduit en 2017 à hauteur de 70 millions d’euros. En clair, l’Etat se servirait dans la caisse. « Et cet argent, il va aller où ? », se demande Didier Compan, qui souhaiterait au moins que l’Unalci (Union nationale des associations de lutte contre les inondations), à laquelle adhère l’association des Riverains du Tarn et de la Dourbie, ait un droit de regard sur l’utilisation de cet argent public.

Autre point de friction, la gestion des milieux aquatiques et prévention des inondations (Gemapi) qui depuis le 1er janvier 2018 est devenue une compétence obligatoire des Etablissements publics de coopération intercommunale (à Millau, la Communauté de communes). Des EPIC qui devraient pour cela bénéficier de crédits, notamment du fonds Barnier, celui-là même qui a été amputé de 125 millions en deux ans… Vous voyez où les deux Didier veulent en venir ? « On assiste à un désengagement de l’Etat », déplore Didier Martinez, qui voit là un provisionnement solidaire « transformé en impôt ». Un rapide calcul les amène à penser que cela va nous coûter entre 0 et 40 € par an et par personne. « Les familles nombreuses habitant en haut du Crès risquent de l’avoir en travers », prophétise le président des Riverains.

Appuyée par des élus locaux, députés et sénateurs (notamment le député Viala et les sénateurs Marc et Luche), l’Unalci aurait réussi à faire reculer le gouvernement sur le deuxième prélèvement de 70 millions dans le fonds Barnier. Au moins en première session. Une deuxième est prévue au mois de mars…