Millau. La construction du Burger King devient un sujet de campagne

La future construction d’un Burger King, qui était jusqu’à présent passée plutôt inaperçue, mais mise sur le devant de la scène lundi à la faveur d’une publication sur le groupe Facebook « Millavois », fait réagir les candidats aux élections municipales. D’autant que l’info a été relayée ce matin par le Journal de Millau et Millavois.com.

Selon la mairie, « la Ville de Millau ne peut s’opposer aux demandes de permis de construire lorsque celles-ci respectent la réglementation en vigueur, a fortiori lorsque la parcelle concerne, comme c’est le cas ici, le domaine privé ». Pour autant, les critiques fusent du côté d’Emmanuelle Gazel et de Philippe Ramondenc.

« Si nous sommes élus, nous ne laisserons pas Burger King s’implanter sur cet espace »

« Ce projet illustre concrètement la différence entre la vision du maire sortant et la nôtre en matière de gestion et de développement de la ville », explique Emmanuelle Gazel.
La candidate explique qu’elle et sa liste auraient fait différemment « au moins sur trois points :

Absence de concertation : ce sujet mérite transparence ! Millau, avec le démontage du Mac Do a été le symbole du refus de la malbouffe il y a 20 ans, cela reste un sujet sensible. Et notre équipe est attachée à la question du « bien manger pour tous ». La signature du permis, en plein confinement, avec un projet dans un quartier résidentiel sans en informer et encore moins concerter les riverains est une aberration !

Aspects environnementaux et image de la ville : On bétonne un très bel espace vert, un lieu de convivialité avec terrain de pétanque municipal, la plus belle entrée de ville, qui plus est, sur un itinéraire touristique, venant des Gorges du Tarn… En parfaite inadéquation avec ce que nous voulons mettre en valeur : Label ville d’art et histoire, capitale des sports de pleine nature, ville où il fait bon vivre, authenticité…

Ce qui nous semble le plus inacceptable : les enjeux économiques ! La question n’est pas d’empêcher l’installation d’une activité privée, qui répond à une demande quoiqu’on en pense. En revanche, au moment où les restaurateurs sont en grandes difficultés, l’équipe Saint-Pierre permet l’installation d’un nouveau concurrent qui créera peut-être quelques emplois directs, mais qui risque d’en détruire bien plus. Combien d’emplois en danger chez les restaurateurs actuels, mais aussi les producteurs locaux et l’ensemble de la chaîne d’approvisionnement locale ? »

« Pire, ce ne sont pas que les restaurateurs qui vont être impactés, c’est l’ensemble du commerce de centre-ville, affirme-t-elle. Nous nous sommes engagés clairement pour le centre-ville. Nous nous opposerons à toutes nouvelles zones commerciales pour des raisons environnementales, mais aussi d’attractivité du centre-ville. Inutile d’avoir des managers de centre-ville, des sociétés immobilières pour accompagner le centre-ville si on laisse faire ce type de projet !

Si Burger King veut s’implanter à Millau, il faut a minima le contraindre d’être en centre-ville ou dans une des friches commerciales bien trop nombreuses pour permettre la construction de nouvelles, qui plus est, en pleine zone résidentielle.

Très concrètement, si nous sommes élus, nous ne laisserons pas Burger King s’implanter sur cet espace et nous utiliserons tous les moyens possibles pour revenir sur cette décision inacceptable.

Le « toujours mieux » que nous proposons, ce n’est pas refuser l’implantation de nouvelles activités, c’est les organiser. C’est penser d’abord à ne pas fragiliser les activités économiques existantes et préserver notre qualité de vie et notre environnement. »

« On nous met devant le fait accompli »

Pour Philippe Ramondenc, lui aussi candidat aux municipales, « il y a déjà un problème de méthode. C’est celle du « en catimini » qui nous met devant le fait accompli. C’est bien la peine encore une fois de parler de conseil consultatif citoyen… La méthode a été la même pour l’installation des antennes relais. »

« Ensuite se pose la question du choix de l’emplacement, des problèmes de sécurité et d’accès au secteur concerné. La fréquentation routière de la rocade a augmenté. Le nombre de camions s’intensifie. L’avenue qui mène à la piscine et au centre-ville est déjà dangereuse et mériterait des aménagements supplémentaires.

Il s’agit d’une zone résidentielle. Certains permis de construire ont été refusés dans le secteur pour quelques centimètres et là vont arriver des enseignes de plusieurs mètres. »

« Enfin je me positionne pour la défense des circuits courts et des produits du terroir achetés et vendus sur le territoire et à Millau en particulier, explique le candidat. Il faut mettre en avant notre identité et cela passe par la gastronomie et nos spécialités, mais aussi le savoir-faire de nos restaurateurs locaux.

Nous avons déjà un Mac Do, l’installation d’une autre grande enseigne risque de mettre un peu plus de concurrence déloyale par rapport à nos produits locaux.

Certes le but recherché est de capter les véhicules ne passant pas par le viaduc, mais aussi de cibler la jeunesse millavoise. Le commerce local est déjà en difficulté. Développons plutôt une politique locale qui l’aide, le préserve, l’encourage. Pour anticiper une réponse à M. Nayrac, je me souviens de la cession de cette maison, mais je n’ai aucun souvenir sur l’évocation de l’installation d’un Burger King… »

« La Ville ne peut faire entrave au droit d’entreprendre »

De son côté, Christophe Saint-Pierre tente d’éteindre l’incendie avec la publication d’un communiqué sur la page Facebook de la Ville de Millau. « La demande de permis qui concerne ce projet a été déposée le 27 novembre 2019 en mairie, pour ensuite être instruite par les services compétents de la Communauté de communes.

Le projet respectait alors l’ensemble des règles d’urbanisme : zonage du Plan Local d’Urbanisme Intercommunal (PLUi), secteurs d’activités autorisés sur zone et paramètres techniques (hauteur des bâtiments, desserte de la parcelle par les réseaux, aspect esthétique du projet…).

Toutes ces règles étant respectées, la commune ne pouvait s’opposer à la délivrance du permis de construire, qui a été accordé par arrêté municipal le 11 mai dernier.

Sur le projet lui-même, la Ville ne peut faire entrave au droit d’entreprendre et au principe de la liberté du commerce et de l’industrie. Nous rappelons enfin que les espaces verts environnants ne sont pas concernés par le périmètre du projet et seront donc préservés et resteront accessibles à tous. »