Du 7 au 27 mai 2026, l’Espace Expo de la MJC/CREA accueille « Disparition(s) », un travail photographique consacré aux derniers mois d’activité des tanneries Pechdo, maison millavoise fondée en 1900 et fermée après 125 ans d’existence.
Mercredi soir, lors du vernissage, plusieurs anciennes salariées de l’usine étaient présentes. Face aux photographies de Benoit Sanchez-Mateo, elles ont commenté les images, détaillant les différentes étapes du tannage des peaux, revivant avec émotion les gestes répétés quotidiennement pendant des années. Un témoignage fort qui a donné une autre dimension à l’exposition.

« C’est triste mais c’est comme ça, on est toutes en train de chercher du travail », a confié l’une d’elles, rappelant la brutalité de la fermeture, « à peine trois semaines entre l’annonce et l’arrêt définitif de l’activité ».

Autour d’elles, le public découvrait ce travail jusque là invisible et caché derrière les murs de la tannerie, préparation des peaux, manipulations, les outils, les machines et cette chaîne de savoir-faire qui a façonné l’histoire industrielle de Millau.

Présents lors du vernissage, le président de la MJC, le directeur du CREA ainsi que François Leyge, 10e adjoint municipal à la culture, ont salué le travail du photographe. « J’ai moi-même été photographe professionnel pendant quelques années, je suis très attaché à la photographie, c’est quelque chose qui vibre en moi », a rappelé l’élu avant de remercier Benoit Sanchez-Mateo pour ce travail « fidèle ».

« Ces photos nous parlent, on se rend compte de tout le travail qui était réalisé derrière les murs et de la diversité de ce qui s’y déroulait avant d’avoir la peau prête pour faire des gants à la fin. Cette chaîne de travail et ce savoir-faire sont indissociables de Millau et de son patrimoine », a déclaré François Leyge, évoquant même la possibilité d’intégrer certains clichés aux archives municipales afin de préserver cette mémoire ouvrière.
Avant que les ateliers ne se taisent définitivement, Benoit Sanchez-Mateo avait pu entrer dans l’usine à la demande de Caroline Krug, la directrice du site. Plusieurs jours durant, il a partagé le quotidien des ouvrières et des ouvriers, photographiant les gestes, les regards, les matières et les lumières particulières de cette industrie historique.

« J’ai découvert un univers étonnant qu’on ne connaît finalement que très peu, alors qu’il fait partie de l’identité de Millau. J’ai voulu montrer ce savoir-faire qui disparaît et, au-delà, tous ces métiers fragilisés par la mondialisation », a rappelé le photographe.
Ses images, travaillées dans des tonalités sombres et cuivrées, dépassent le simple reportage documentaire pour proposer une lecture sensible et artistique d’un monde en train de disparaître.
Environ 25 photographies sont exposées jusqu’au 27 mai dans le hall du Créa de Millau. L’exposition poursuivra ensuite son chemin dans un lieu plus atypique. A l’automne, les clichés seront présentés à Rieupeyroux chez « Jaja Broc », aux côtés d’objets issus de la tannerie, acquis lors d’une vente aux enchères. Une manière de continuer à faire vivre cette mémoire industrielle millavoise.

