Causses et valléesMillau

La Cadenède (commune de Millau, Causse Rouge)

« La borio de la Cadenède » vaste maison de ferme dont le nom vient de l’occitan « cade neda », lieu planté de génévriers, se profile à 3 km à l’ouest de Millau, sur le point le plus élevé du pays maigre. Elle forme un grand quadrilatère avec cour intérieure et tourelle aux angles. Comme le souligne Juliette Andrieu, « C’est un lieu où foisonnent les « cades » ce qui justifie amplement l’appellatif. ».C’était à l’origine une ferme fortifiée qui a gardé les apparences d’un ancien cloître, malgré les nombreux remaniements architecturaux qu’elle a subis depuis deux siècles.

Un acte de vente au XIXe siècle nous donne des renseignements intéressants sur cette propriété : « A vendre aux enchères le 14 octobre 1858, à 9 heures du matin, un vaste domaine, situé dans la commune de Millau, appelé La Cadenède, consistant en belle maison d’exploitation, champs, prairies artificielles, bois et devois, couvert d’amandiers et de noyers, formant une contenance totale de 127 hectares, 43 ares, 90 centiares, d’un revenu imposable de 1051 francs, 31 centimes, actuellement affermé en denrées au prix d’environ 4000 francs par an, saisi contre le sieur Jean Boyer, ainé , marchand de chevaux à Millau » (Echo de la Dourbie, 18 septembre 1858).

La Cadenède en 1900. (DR)

Le cadastre peut nous donner plus d’informations sur le nom des terrains voisins :

Section T : Soulobres. Hameau de Soulobres ; domaines : les Aumières, la Cadenède, les Vals. Lieux dits : Combe Raynal, Sayouse, Serre de Peyres tricoades, Roullens ou les Vals, la Gamache, Caillac, Lampezie, Peyre Levade, le Théron, las Caritats, les Maltres, Camy Farrat, Escouto se ploù…Ravins de las Goutettes, de la fon des Cos, valat des Lavadous (au dessous de Soulobres), ravin de Cugnet ou d’Antiquaillet (sous Brocuéjouls), ravin de la fon Saint Amans (qui aboutit au pont dit des 8 oeils)…(Messager de Millau, 24 septembre 1910)

Malgré son aspect fortifié, la Cadenède n’était cependant qu’un simple « masage », qui relevait au XVe siècle du couvent des Frères Mineurs, de Rodez. Un acte de 1289 spécifie qu’à cette date, la Cadenède faisait déjà partie de la paroisse de Saint Pierre de Brocuéjouls.

Cependant, selon André Maury, elle aurait quand même une eut un rôle militaire :

« Le donjon de la Cadenède apparaît aux XIIIe et XIVe siècles. Il a une profonde signification. C’est une reconnaissance de la seigneurie du propriétaire des lieux. Cette tour témoigne de cette prééminence. Les seigneurs prennent volontiers  un donjon comme résidence. Le patronage sur tout le plateau du maître de la Cadenède paraît ainsi confirmé. La longue tradition de défense collective de la paroisse de Saint-Pierre-de-Brocuéjouls à la Cadenède semble bien, par cette construction, être ainsi affirmée. Et si le système de fortifications est par là amélioré, c’est toujours pour assurer à tous sur le plateau une meilleure défense collective en cas de graves alertes. La proximité de la route Rodez-Millau par les Aumières met plus que d’autres en danger la Paroisse Saint-Pierre. C’est particulièrement nécessaire en cette période de va-et-vient des « grandes compagnies » vivant de brigandages. Aussi, de cette forteresse en retrait de la route et dominant un large horizon, notamment Millau ou Creissels, est-il facile de suivre tout déplacement armé insolite.

Une question peut se poser. Pourquoi une tour d’angle carrée plutôt que circulaire ou semi-circulaire ? Ces deux dernières formes sont nettement plus efficaces pour la défense. Elles ne laissent aucun angle mort à l’effet des flèches. La forme carrée prévaut souvent sur cet avantage, car elle affirme davantage la puissance seigneuriale…En 1289, la seigneurie de la Cadenède semble s’effriter… Mais dans le droit médiéval, il faut faire attention à la double propriété. La terre peut appartenir « noblement » à un seigneur qui en abandonne à d’autres « la dominité utile », n’en retenant que « la directe », d’où une reconnaissance exigée. Et ainsi, l’on voit ce domaine relever du couvent des Frères Mineurs de Rodez, alors qu’il est géré, pratiquement en propriétaire par J. Tholose, de Castelmus, en 1415. De domaine seigneurial, la Cadenède est devenue une simple métairie. » (Essai de pistes archéologiques et historiques sur la Cadenède, notes dactylographiées).

En 1668, ce domaine était grevé de plusieurs redevances au profit des œuvres religieuses ou charitables de Millau. Il a appartenu successivement à J. Tholose, de Castelmus (1416), Desiderade Vincens (1452), J. Hugla, marchand de Montpellier qui arrenta cette métairie à Jean Boyer (1696) ; enfin, au XVIIe siècle, aux familles de Courtines et de Sambucy de Courtines. Un « bail à la locaterie » fut consenti à Pierre Boyer en 1749. La Cadenède est une ferme relativement importante avec 130 hectares, mais ses revenus restent modestes, ne pouvant compter que sur la vente du lait et de quelques excédents agricoles.

(D’après Jules Artières, Messager de Millau, 6 août 1910).

Sa forme quadrangulaire 

C’est autour de 1660, lorsque François de Courtine en était propriétaire, que l’ensemble va prendre sa forme définitive avec 4 corps de bâtiments encadrant une tour carrée, les deux échauguettes d’angle et la bretèche, construite au-dessus du porche d’entrée, en système défensif : « ce quadrilatère donne encore plus fière allure à cet ensemble imposant de bâtiments, tout en lui apportant à l’intérieur les apparences d’un cloître » aimait à rappeler André Maury.

La famille de Courtines devint par la suite famille Sambucy de Courtines, celle-ci fit apposer son blason au-dessus du portail d’entrée.

Après la révolution, le domaine fut exploité par des fermiers aux faibles revenus (François Boyer en 1836, Jacques Barthe en 1866, Clément Barthe en 1886.  Mal entretenue, la Cadenède allait se dégrader progressivement. Le coup de grâce sonna en 1910.

Dépiquage du blé en 1900 à la Cadenède. (DR)

L’incendie de 1910

 Le 30 juillet 1910, vers 6 heures du matin, deux heures après le départ d’un feu, le tocsin sonnait et mettait la population en émoi. Bientôt on apprenait qu’un incendie s’était déclaré à la Cadenède. En peu de temps, c’est un effondrement général : toiture, faîtage de la coquette tour, dont le pignon, aigu, dominait la vallée du Tarn, terrasses, étages… tout était consumé, en voici le récit :

« Samedi dernier, vers quatre heures et demie du matin, quelques instants après le départ des moissonneurs dans les champs, Mme Flavie Puel, veuve Barthe, fermière à la Cadenède, s’aperçut qu’un petit immeuble contenant du foin et de la paille était en flammes. Les secours furent promptement organisés par le personnel de la ferme ; mais comme l’eau faisait défaut et que le fléau prenait en peu de temps des proportions alarmantes, il dut se borner à faire la part du feu et à sortir bestiaux, provisions, linge, etc. Au bout de plusieurs heures, la ferme et toutes ses dépendances n’étaient qu’un amas de ruines. Les pertes subies, tant par Mme veuve Barthe, fermière que par M. de Lahondès, rentier à Mende, propriétaire, sont très élevées, mais couvertes par une assurance. Une enquête est ouverte pour établir les causes de cet incendie. » (L’indépendant Millavois, 6 août 1910)

Après Flavie Barthe, ce fut Charles Querbes qui occupa les lieux en 1921, Léon Cassan en 1931.

En 1962, Henri Daures sera le dernier à exploiter la ferme.

En 1965, Monsieur et Madame Jean-Pierre Ficholle, nouveaux propriétaires,  avec des moyens financiers importants se mirent à restaurer admirablement et avec un goût parfait l’ensemble des bâtiments.

© Marc Parguel

Acquis en 2002, par la famille Malaval qui œuvre toujours pour sa restauration, la Cadenède, jadis, poste de guet, reste aujourd’hui un belvédère embrassant un beau panorama. Notons que depuis la construction du viaduc à proximité, elle est devenue une demeure à louer, faisant également office d’hébergement en chambre d’hôte.

Marc Parguel

© Vincent Birot

 

 

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