Opinion

Opinion. « Corridas et bien-être animal »

Un député du groupe « La France insoumise » a déposé une proposition de loi visant à interdire la corrida sur le territoire national et cela au nom de la défense du bien-être animal. Beaucoup de bruit autour de ce texte. Beaucoup de bruit pour rien.

Je ne vais pas redire ici ce que l’on a pu lire ou dire sur ce que représente la corrida sur le plan économique et surtout sur le plan culturel et des traditions.

Je veux simplement souligner, à quel point cette initiative qui consiste à mettre en avant ce qui peut paraître le plus attentatoire au bien-être animal parce qu’il s’agit d’un spectacle, est en fait une façon de camoufler et de faire oublier le domaine où ce bien-être que l’on prétend protéger est particulièrement oublié. Je veux parler des abattoirs et de l’abattage rituel des animaux de boucherie. Les taureaux de corrida, race particulière de combattants, c’est environ 800 animaux par an qui se retrouvent dans les arènes. Par contre il y a environ trois millions d’animaux d’élevage abattus tous les jours dans notre pays.

Depuis la loi Grammont (1850) de nombreux textes ont codifié la pratique de l’abattage des animaux destinés à la consommation humaine. Plus récemment le parlement a même reconnu le principe de la « sensibilité animale ».

Le code rural dans son article R 214-70 dispose que l’étourdissement des animaux est obligatoire avant l’abattage. Mais face à cette obligation subsiste une exception, qui, aujourd’hui, dans la pratique, tend à devenir la norme à savoir que cette obligation est écartée dans le cas où elle n’est pas compatible avec la pratique de l’abattage rituel. Il s’agit de l’abattage casher et de l’abattage halal.

Il suffit pour chacun de chercher sur Internet les vidéos qui présentent ces pratiques pour se rendre compte que la cruauté envers les animaux réside bien dans ces exceptions au principe de l’étourdissement préalable obligatoire. Les images sont particulièrement insoutenables. Couchés dans des tambours métalliques qui les renversent sur le dos les jeunes bovins comme les adultes ont la gorge tranchée jusqu’à la colonne vertébrale, puis expulsés de ce matériel de contention ils mettent de longues minutes pour mourir en cherchant vainement à aspirer de l’air dans un flot de sang qui jaillit de leurs gorges béantes. Il a même été constaté que dans certains cas le dépeçage avait commencé avant que l’animal ait complètement cessé de vivre !

Que représentent les 800 taureaux de combat morts dans les arènes par rapport à la souffrance des millions d’animaux de boucherie qui subissent chaque jour un abattage rituel ? De ceux-là, ô combien plus nombreux, « La France insoumise » n’en parle pas et oublie le bien-être animal.

Peut-être que la souffrance de ces animaux a peu de poids face aux électeurs concernés par ces rituels.

Pour ma part je crois qu’il vaut mieux perdre des voix que perdre son âme pour un combat que l’on sait juste, mais que l’on n’a pas eu le courage d’engager et de conduire jusqu’au résultat.

Me Jean-Louis Esperce,
Ancien maire de Millau

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