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La Roujarie (communes de Saint-André-de-Vézines et Veyreau)

Le domaine de la  Roujarie se situe à 3 km au Nord Ouest de Saint-André de Vézines. La majeure partie du hameau fait partie de la commune de Saint-André, seul le toit-citerne, de l’autre côté de la route est sur la commune de Veyreau. La Roujarie (Ratgerie en 1565) tire son nom de la terre rouge (argile) que l’on découvre en cet endroit, terre qui devait servir à la fabrication des poteries trouvées dans les environs. Un ossuaire a été découvert près de là.

Voici ce qu’observait Albert Carrière : « A 600 mètres environ au sud de la Roujarie et à flanc de coteau des chasseurs ont découvert un petit ossuaire recelant 6 cadavres et qu’ils s’empressèrent de dévaster pour découvrir « un trésor ». M. Bouloc, instituteur à Saint-André vint me le montrer en 1912. A la surface je récoltais quelques fragments de poterie qui portaient une bande rouge brique de 2 cm de large et datent, parait-il, de l’époque gallo-romaine. Une seconde visite avec M.Balsan a été infructueuse. » (Albert Carrière, Le Causse Noir, cahier manuscrit de la Société des Lettres, Sciences et Arts de l’Aveyron , 1934).

Le domaine ne semble pas remonter à plus de cinq cent ans car dans une reconnaissance des seigneurs de Montorsier (paroisse de Saint-Jean-des-Balmes) en 1316, il n’est nullement fait mention de ce lieu. Le hameau n’a jamais été très important, il n’y avait que deux maisons en 1803. Au temps de sa prospérité, la Roujarie comptait 14 habitants (1804, Arch.départementales 12, 2V18) 11 habitants (1868, dictionnaire Dardé).

En 1950, il n’y avait plus que trois personnes. Actuellement, le domaine planqué de la route par une bordée de cyprès se compose de six  bâtiments. Ces derniers ont servi de décor à de nombreux films. Parmi les plus récents, citons « le Bâtard de Dieu » tourné en 1992. Il y fut tourné aussi le film « Calmos » en 1976 et un des premiers films de « zombie » français : « les raisins de la mort » en 1978.

Vue aérienne (© Hélène Castelbou)

Jusqu’au XIXe siècle, la Roujarie faisait partie intégrante de la commune de Veyreau, mais en 1803, il y eut une nouvelle circonscription des paroisses, le domaine des Mourgues qui appartenait à Saint-André fut échangé à Veyreau contre la Roujarie.

En voici la petite histoire : « Le sieur Caussignac du hameau des Mourgues dépendant de la succursale de Saint-André, réclame avec ceux de sa maison, au nombre de treize sa réunion à Veyreau, en vertu de l’arrêté. Cette réunion lui est très indispensable tant pour le spirituel que pour le temporel. Les bergers surtout, les autres domestiques ne pouvant assister que parfois et difficilement aux offices et instructions de la paroisse ayant une maison ouverte près de Veyreau et de plus vastes possessions sur ce territoire que sur celui de Saint-André. La susdite famille demande ce changement également pour la raison que ledit hameau est éloigné de Saint-André de cinq gros quarts d’heure, et plus près de Veyreau d’une petite demi-heure, reconnue par monsieur le curé du canton accompagné de son secrétaire qui en firent eux-mêmes l’inspection. Un membre du conseil a dit que le village de la Roujarie étant de distance d’environ une heure et demie de Veyreau, et n’étant pas éloigné de Saint-André  que d’une petite demi-heure, cette réunion conviendrait à Saint-André, ce petit village est composé de deux maisons. (Délibération de la commune de Montméjean du douze vendémiaire an XIII).

Carte postale dessin représentant un berger à la Roujarie. (DR)

Parmi les principaux travailleurs des terres de la Roujarie citons : Pierre Causse originaire de Pellalergues et Jeanne Saumade qui sont tenanciers et fermier du domaine en 1780, Pierre Agrinier laboureur de la Roujerie (1791). Au XXe siècle, le principal propriétaire était M.Marcel Vernhet, il y avait aussi une famille Julien (Joseph Julien, en 1927).

Naissance de Louis, fils des époux Vernhet-Julien à la Rougerie (L’Auvergnat de Paris, 2 avril 1927)

Samedi prochain sera célébré à la Cresse, le mariage de Vernhet Louis, de la Rougerie, avec Mlle Ladet Fernande, du Sonnac (L’Auvergnat de Paris, 23 avril 1927)

La Roujarie, 16 juillet 2020 (© Marc Parguel)

Il convient de citer quelques faits historiques ou originaux survenus dans ce hameau : en 1725, le 12 janvier, on peut lire dans les registres paroissiaux que : « Thereze Rouquette de la Roujarie, âgée seulement de 15 ans est la femme de Louis Barre ». « Après la Révolution, un habitant de la Roujarie s’étant avisé d’enlever les « rièges » d’une fenêtre et quelques tuiles du toit de l’église de Saint-Jean-des-Balmes paya ce double sacrilège de sa vie et de plusieurs malheurs qui fondirent sur sa maison » (Albert Carrière, Notes sur Saint-Jean des Balmes).

En 1885 fut élevée une croix. Elle a été déplacée dans le village de Saint-André par M. Vernhet, dernier exploitant de ce domaine, lorsqu’il prit sa retraite au village et qu’il vendit la ferme. Située à la sortie du village direction Saint-Jean de Balmes, elle a gardé son nom d’origine : croix de la Roujarie. En 1951, le domaine est abandonné, et en 1966 des voleurs profitant de l’isolement du lieu font incursion.

16 juillet 2020 (© Marc Parguel)

En 1973, un écologiste belge, fervent amoureux de notre région, décide de mettre en pratique un projet depuis longtemps élaboré : faire renaître une terre délaissée par des techniques de cultures douces, c’est-à-dire lui faire rendre ce qu’elle peut donner sans aide artificielle et sans la violenter. Il trouve la Roujarie et c’est le coup de foudre.

C’est là qu’il décide de créer un univers biodynamique. Hélas, en l’été 75 il meurt, avant d’avoir pu commencer ses travaux. Peu de temps après, le 1er septembre 1975, deux couples, reprirent l’idée de cet écologiste, et avec un cheptel de 15 chèvres, rapidement augmenté d’une quinzaine de chevreaux, ils vécurent avec la seule volonté de vivre différemment. Peu argenté, un voisin Yves Levacher d’Alayrac leur prêta pour un temps, une dizaine de chevaux d’élevage… (Centre Presse, 7 avril 1976).

16 juillet 2020 (© Marc Parguel)

Ils firent du fromage de chèvre qui’ils vendirent dans des restaurants, au buffet de la gare chez Négron et à la Braconne. Mais cela n’a pas tenu pour des raisons matérielles, pas d’eau, il fallait aller la chercher à la fontaine Saint-Martin,  pas d’électricité, pas de téléphone bien entendu, ils durent abandonner. La Roujarie a ensuite  appartenu à la famille de M. De Vaugelas. Aujourd’hui, il est question de restaurer l’ensemble. La première étape de ce projet sera de mettre la ferme hors d’eau.

Marc Parguel

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