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Millau. Crise de l’hôpital : « Les agents subissent un harcèlement général »

Mardi 7 juin, dans le cadre de la journée nationale de mobilisation « pour sauver le service public hospitalier », initiée par les syndicats de médecins urgentistes, de personnels, de collectifs de Directions hospitalières et de la Coordination des comités d’usagers, le Manifeste des hôpitaux et maternités de proximité en Sud-Aveyron invitait à une conférence-débat à 13h devant l’hôpital de Millau.

Henri Célié, membre du Manifeste.

Si la crise des urgences est mise en avant un peu partout en France, et notamment dans les grandes villes, Henri Célié, membre du Manifeste, a ouvert les débats en rappelant que « si les urgences sont saturées, ce sont tous les services qui sont mis à contribution et donc tous les services qui sont en difficulté. »

Et de prévoir le pire cet été, « notamment dans les régions touristiques », quand « une partie de la population ne pourra pas être prise en charge ». « Il va y avoir un problème de tri dans les urgences », prévoit Henri Célié. Au mieux, « pour pouvoir assurer le maintien des urgences, il y a des services qui seront déshabillés, et ces services ne pourront plus assurer les soins courants, les rendez-vous programmés. »

« Il y a des gens qui meurent aujourd’hui du fait qu’on a reporté les soins. Tout ça, c’est un peu un non-dit d’une campagne électorale où ceux qui gouvernent ont choisi le silence pour qu’il n’y ait pas de débat », assure-t-il.

Bernard Boullot, président du Manifeste pour le Sud-Aveyron, annonce de son côté une « urgence », celle de la « réanimation de l’hôpital public ». « Au CHU de Montpelier, il manque par exemple 390 infirmier(e)s et 190 aides-soignant(e)s diplômé(e)s», affirme-t-il au micro. Calculant qu’en moyenne « 700 lits ont été fermés depuis 20 ans dans les grands CHU partout en France », il dénonce « une politique délibérée d’asphyxie de l’hôpital public. »

Bernard Boullot, président du Manifeste.

Hospitaliser un patient est devenu un parcours du combattant que ce soit pour la médecine de ville ou pour les urgences, quand cela ne conduit pas à une sérieuse perte de chance voire à un décès. »

Bernard Boullot, président du Manifeste (Sud-Aveyron)

« Maltraitance institutionnelle »

« Le gouvernement et les ARS mettent en place tous les jours un peu plus de mesures pour imposer un tri des patients et restreindre l’accès des urgences, dénonce de son côté Corine Mora, déléguée CGT Santé et Action Sociale à l’hôpital de Millau. Injonction à la population d’appeler le 15 avant de se rendre aux urgences, tri des malades par des bénévoles de la protection civile sur le parking des urgences, retours à domicile précipités, incitations financières aux soignants pour renoncer à leurs congés d’été. »

Michel Rhin, candidat Nupes pour les élections législatives.

Selon la syndicaliste, le gouvernement souhaiterait « laisser la situation connue depuis des années se dégrader et empirer de façon à légitimer l’installation d’un nouveau système de santé au profit du privé. Ces manipulations sont des insultes faites au personnel hospitalier. Les urgences sont aux abois par manque de personnel, personnel qui est parti, car épuisé, qui ne souhaite plus travailler à l’hôpital, subissant la maltraitance institutionnelle. Les urgences sont engorgées par manque de lit d’aval suite aux fermetures de lits de service. L’hôpital est exsangue à force de restrictions budgétaires qui précarisent les agents forçant le recours à l’intérim qui plombe encore plus les finances. »

Corine Mora et Pierre-Jean Girard.

« Une mise en danger des professionnels et des usagers »

Pierre-Jean Girard (SUD Santé Sociaux), a aussi pris la parole pour assurer qu’à Millau aussi, « nous souffrons également de ces politiques ». « Le SSR est fermé depuis presque un an et ne rouvrira certainement pas à la rentrée, par manque de personnel, croit-il savoir. Avant de dénoncer « des changements de personnel à tous les étages, ce qui crée beaucoup de tensions dans les services », des « changements permanents de planning », des « rappels à domicile », une « dégradation de la qualité des soins », une « généralisation des procédures dégradées », des « arrêts maladie non remplacés », une « mise en danger des professionnels et des usagers avec un risque très élevé des fautes professionnelles pouvant entrainer dans le pire des cas le décès d’un patient »…

Pour le représentant de SUD Santé Sociaux, cela provoque « l’épuisement des agents » et « l’aggravation de cette situation » devient « insoutenable ». « Le management est agressif et souvent culpabilisant », fustige Pierre-Jean Girard en prenant l’exemple de SMS qui seraient envoyés à des agents pour leur demander de venir travailler alors qu’ils sont en arrêt maladie.

Et le syndicaliste de donner « des solutions » pour stopper la « maltraitance » du personnel et des patients et faire revenir les hospitaliers qui ont quitté l’hôpital : « recrutement de milliers de collègues », « majoration franche » des heures de nuit, du dimanche et des jours fériés, arrêt de la tarification à l’activité, retour à la dotation globale, augmentation du nombre de lits, augmentation du nombre de places dans les centres de formation et à dans les facultés de médecine, hausse immédiate du salaire et du point d’indice « pour rattraper 12 ans de perte de pouvoir d’achat », réintégration des salariés suspendus pour non-vaccination, résorption du déficit des hôpitaux par l’Etat… « Aujourd’hui, l’hôpital de Millau a 30 M€ de déficit. Dans le cadre du futur hôpital hypothétique, l’ARS ne va financer qu’à hauteur de 6,5 M€. Cela veut dire qu’elle va maintenir l’hôpital de Millau sous l’eau », affirme Pierre-Jean Girard.

Pour mettre un terme au malaise des agents hospitaliers, Pierre-Jean Girard demande enfin qu’il y ait dans tous les hôpitaux « une véritable politique managériale bienveillante à l’égard de tous les personnels », avec l’arrêt du « changement permanent des plannings » et l’arrêt du « changement des services au gré des besoins ».

Il n’y a aucune considération envers le personnel, et une absence de réponses à toutes leurs demandes. Aujourd’hui, les agents hospitaliers subissent véritablement du harcèlement général. »

Pierre-Jean Girard (SUD Santé Sociaux)

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