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Le documentaire « Micmac à Millau » devant son public

Vendredi 14 janvier, le documentaire « Micmac à Millau » était présenté en avant-première au cinéma en présence des réalisateurs Karine Bonjour et Gilles Pérez, de la narratrice Laure Calamy et de la plupart des protagonistes de l’affaire du McDo de Millau, point de départ de la lutte internationale contre la malbouffe il y a près de 25 ans.

L’histoire

Nous sommes en août 1999, l’Europe vient de refuser le bœuf aux hormones américain sur son territoire. Avec l’aval de l’OMC (Organisation Mondiale du Commerce), le pays de l’Oncle Sam riposte en taxant lourdement des produits importés de France, parmi eux, les fromages au lait cru et le fameux Roquefort.

Il n’en faudra pas davantage pour exaspérer les paysans locaux qui décident avec la Confédération paysanne et le Syndicat des Producteurs de Lait de Brebis, de mener une action contre le symbole de la malbouffe américain, le McDo de Millau alors en construction, qu’ils démonteront en partie le 12 août 1999.

Contre toute attente, l’affaire « du saccage du McDo » relayée par les médias de la France entière et attisée par une justice particulièrement sévère, prend en quelques jours une dimension internationale. Plutôt habilement utilisée localement, elle donnera naissance à un extraordinaire mouvement fédérateur qui ira jusqu’à Seattle en novembre 99 en passant par le spectaculaire rassemblement millavois pour le procès des accusés du mois de juin 2000.

La lutte paysanne et syndicaliste du mois d’août 99 à Millau deviendra le point de départ du combat national et international contre la malbouffe, et, en à peine un an met le couvert sur la scène politique française obligée de s’emparer du sujet de la nourriture en France pour ne plus jamais le lâcher. De leur côté, les consommateurs commenceront alors à regarder ce qu’il y a dans leurs assiettes.

Gilles Pérez et Karine Bonjour. © Millavois.com

Un film d’histoire

En 2009, Karine Bonjour et Gilles Pérez ont tourné une série de documentaires sur l’histoire de l’agriculture en France depuis la Seconde Guerre mondiale, intitulée « Les paysans ». Pendant les tournages la réalisatrice explique avoir vu passer l’histoire du démontage du McDo quelle n’a à cette époque « pas pris comme un marqueur de l’histoire paysanne ».

Depuis, les deux réalisateurs ont reconsidéré cette action syndicale dans sa dimension de mouvement altermondialiste et social « qui a changé le cours de l’histoire paysanne » et lui ont donné vie dans un documentaire historique, contemporain et populaire à partir du point de départ, le jour du démontage du McDo jusqu’au rassemblement du 30 juin 2000. Ainsi est né « MicMac à Millau, des paysans face à la mondialisation ».

« Nous avons réalisé que malgré de nombreux reportages, il n’y avait jamais eu aucun documentaire de fond à la télévision française sur ce sujet. Au-delà du démontage en lui-même, l’intérêt de ce moment d’histoire est la naissance de l’altermondialisme en France et d’une prise de conscience. Nous avons décidé d’en faire un film d’histoire portée par de nombreuses archives, mais surtout incarnée pas ses acteurs et les témoins proches de l’affaire ».

© Millavois.com

Un documentaire bien accueilli !

Le documentaire a été accueilli comme il se doit, par une manifestation des anti-passe devant le cinéma. N’en déplaise à leurs détracteurs, Millau a tout de même une réputation à tenir et l’occasion était trop belle pour la laisser filer… De l’aveu de la réalisatrice amusée, « il n’y a qu’à Millau qu’on voit ça ! ».

Construit un peu à la manière d’un western spaghetti, dans lequel les codes établis ne sont pas ceux des révolvers, mais ceux de la désobéissance civile populaire et pacifique, le documentaire a reçu un accueil plus conventionnel en salle, mais a été unanimement et chaleureusement salué et applaudi par les acteurs de l’épopée de 99, nombreux dans la salle, et les millavois qui avaient fait le déplacement.

© Millavois.com

À l’issue de la projection, Karine Bonjour et Gilles Pérez ont invité les acteurs du documentaire à les rejoindre devant l’écran pour une photo souvenir, pour un temps d’échange avec la salle, qui se serait bien éternisé un peu plus.

© Millavois.com

L’avenir de la mobilisation

Ce mode de mobilisation populaire est depuis devenu la marque de fabrique de la « Conf » qui donne à chacune de ses actions, une âme particulière dans sa forme non violente et festive. Il a depuis été repris par la jeunesse sur de nombreux rassemblements, mais qu’en est-il du fond ?

Au micro, José Bové et sa bande aimeraient bien passer le flambeau sans qu’il s’éteigne expliquant que les batailles étaient encore trop nombreuses même localement, pour protéger les sols, les hommes, la terre et qu’ils n’étaient pas voués à être le point de départ de tous les combats…

« Est-ce qu’on est capable de se mobiliser ensemble ? Ce que j’ai retenu notamment pendant la lutte du Larzac, ce qui me parait important, c’est de pouvoir se dire un jour on a gagné. Quand on a vécu ça une fois, on n’a qu’une envie, c’est de recommencer. Chacun à un moment doit se demander comment je fais pour me battre et pour gagner et construire une solidarité dans un but commun. Allons-y, n’ayons pas peur d’agir, n’ayons pas peur de s’engager, il ne suffit pas simplement de s’indigner ! »

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