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Patrimoine Millavois : L’énigmatique rue du Baron de Vitré

La rue du Baron de Vitré (voie publique n°11) qui va de la rue de la Saunerie à la rue du Champ de Prieur et qui mesure 195 mètres de longueur sur 3 à 4 mètres de large, porte bien malgré elle le nom d’un illustre inconnu, pire encore, le nom d’un baron qui n’a jamais existé dans ces lieux.

Proche de Cantarane (de « cantare » : chanter et « rana » : grenouilles), où dans les jardins qui traversaient cette rue, on entendait souvent le chant des grenouilles, est un lieu-dit qu’il s’appelle Vité ou Vitré. Dans ce secteur, autrefois on levait le droit de barre. Comme nous le rappelait Georges Girard : « Cet impôt frappait les bestiaux, les bêtes de somme ou charrettes chargées entrant en ville. Il était perçu au Pont-Vieux (près du Pont Lerouge), au Pont de la Cabre, au moulin de la Recluse (au Cap del Barry) et aussi au Rajol. Le droit d’octroi a été longtemps la survivance de ce droit de barre » (Des hommes dans nos rues, découverte du Rouergue n°4, annales 1987-1988).

En 1883, la municipalité décida de donner de nouvelles dénominations aux rues : la rue du Castelas devint celle du Voultre, celle de l’Arpajonie devint celle de la Gare, la rue Panacuir devint celle des cuirs. Puis la municipalité descendit vers les bas quartiers de la ville, et donna au  Boulevard des Carmes, le nom de rue Louis Blanc, à la rue du champ du prieur celle de rue de la Saunerie, la rue du Monna s’appellera rue du Rajol, mais comment baptiser cette longue rue qui nous intéresse aujourd’hui.

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Le lieu-dit s’appelant Vitré, et le droit de barre se disant en occitan « Barrou », nos édiles municipaux demandèrent aux habitants de ce quartier comment ils appelaient cet endroit, ils leur répondirent « barrou de Vitré ».

De barrou à baron, il n’y a qu’un pas, et la municipalité le sauta avec ce nom de baron de Vitré qui sonnait haut et fort, donnant à ce quartier proche du Tarn, comme un air de noblesse. Or, ce quartier est de toute autre nature. Il est bon d’ajouter que la Bretagne, où régna la vraie dynastie des « barons de Vitré » aux hauts faits d’armes, n’a jamais revendiqué contre « cet imposteur millavois » qui porte innocemment ce nom d’emprunt.

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Il faut dire que la municipalité n’en était pas à son coup d’essai. Cette même année, elle donna, à l’inverse, à la rue d’Engrailhe, le nom de rue des Corneilles, comme nous le rappellerait si besoin, Léon Roux (1858-1935) : « En 1883, autant que je me souvienne, le Conseil municipal voulut franciser le nom de certaines rues… le conseil francisa le nom de la rue d’En Grailhe en celui de la rue des Corneilles. En effet, la Gralho est la corneille, tout Millavois le sait ; mais ce que ne savaient pas les édiles – ou bien ils s’en fichaient – c’est que Grailhe est l’une des plus anciennes familles de Millau. » (Vieux noms de rues, l’Auvergnat de Paris, 26 août 1933).

Marc Parguel

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