Causses et valléesLa Couvertoirade

Les Infruts (Commune de la Couvertoirade)

Le hameau des Infruts ou Enfrutz est situé à 4 km à l’ouest de La Couvertoirade, c’était autrefois un point de passage obligé. C’était d’abord une station gallo-romaine, puis dès le Moyen Âge un poste de contrôle fortifié dont la fonction était de garder la route et de prélever un péage sur les marchandises transportées du XIIe au XVe siècle.

En installant ainsi ses agents fiscaux dans le sud du Larzac, le comte de Rodez engrangeait des « Usufruitz », fruits, revenus « enfruch » en occitan donnant ainsi son nom au lieu-dit. La plus ancienne mention de ce hameau date de la seconde moitié du XIe siècle.

Un document de 1060-65 indique que le seigneur Frotard de Cornus donna à l’abbaye de Conques le village de ce nom, situé dans la paroisse de Saint-Martin-de-Canals : illum meum alodem de illa villa delz Enfrunos… Ce document traduit par A. Soutou nous apprend ce que donne le seigneur de cette époque : « Mon alleu du village des Infruts… qui rapporte huit porcs valant chacun douze deniers Raymondencs, plus cinq sous et huit deniers de cette même monnaie, plus quatre muids d’avoine, plus le stationnement de quinze cavaliers, plus neuf poules et un jambon, ainsi que deux fromages par cabane de brebis laitières » (Le Larzac, autour de la Couvertoirade, 1974).

© Marc Parguel

Comme on le voit, le hameau des Infruts n’était à cette époque qu’une petite agglomération rurale fournissant aux moines du Haut Rouergue les redevances habituelles en argent et en nature. Mais son rôle changea radicalement lorsque, en 1173, le village fut acquis par le comte de Rodez qui avait compris l’importance de sa situation géographique.

C’est donc vers la fin du XIIe siècle que fut un aménagée sur un rocher dominant la localité une forteresse dont la garnison avait pour tâche d’amasser de nouvelles substances financières grâce à un péage (notons qu’il en existait deux autres sur la voie, un à La Cavalerie et un au Pont du Tarn).

Sa principale raison d’être était de contrôler le trafic routier entre le Bas-Languedoc et le Rouergue. Il devint une source si importante de revenus qu’en 1282 le comte de Rodez pourra donner à sa fille une dot de 10 000 sous de Melgueil à prendre sur le produit de cette taxe. Le péage sur la voie romaine relevait au XIIIe siècle du comte de Rodez et au XVe siècle de la vicomté de Creissels comme le rappelle « De Gaujal » : « Le vicomte de Creissels Henri, fils du comte de Rodez avait établi au château des Infruts un droit de péage à son profit ; et la perception de ces divers droits était exorbitante et vexatoire pour les voyageurs.

Il y eut en conséquence, le 2 de septembre, un acte d’accord entre le roi et le vicomte de Creissels pour réunir ces deux péages en un seul qui devait être perçu au pont de Millau » (Essais historiques sur le Rouergue, 1824).

Le château des Infruts perdit dès lors de son importance. Il ne fut cependant immédiatement abandonné et il servit encore de place-forte : en 1464, il abritait une garnison d’archers gascons et aux ordres de Charles D’Armagnac, vicomte de Creissels et mentionnée une dernière fois en 1489 comme place forte de la maison d’Armagnac.

Aujourd’hui, il reste de ce poste quelques vestiges apparents, petits murs bâtis, salles taillées dans la roche dolomitique et ouvertures découpées en partie à même le roc.

Les vestiges des fondations et un petit mur qui défie le temps. © Marc Parguel

Le journal des Voyages en Haute Guyenne rédigé par J.F.Henry de Richeprey en 1780 nous donne une idée de ce qu’était les « Infruts » à cette époque :

« À une heure du jour an susd, nous sommes arrivés aux Enfruts. Nous avons fait appeler M. le Consul pour le prier de faire assembler quelques principaux de la Communauté ; il nous a dit que sa Communauté était très petite, qu’il n’y avait que dix familles, et qu’il n’y avait aucun habitant qui sut signer.

En présence de M. Hébrard, consul, et de M. Mazaran, propriétaire, les autres habitants n’ayant pu s’assembler. Nous avons observé que depuis Cornus jusqu’ici, le terrain est calcaire, mêlé de beaucoup d’argile ; les terres labourables ont peu de profondeur et sont remplies d’une grande quantité de petites pierres.

Plusieurs pacages sont couverts de petites bruyères, l’herbe en paraît beaucoup plus sauvage que celle que nous avons vue sur le Larzac. Les terres labourables de la Communauté des Enfruts sont couvertes de masses de rochers ; on ne peut y cultiver que les petites gorges qui sont situées au bas de la pente des montagnes.

Elles se cultivent comme les terres de la Communauté de Cornus qui sont situées sur le Larzac ; elles sont d’un égal produit. Dans cette Communauté il n’y a pas de pré ; les assistants prétendant que le terrain est trop sec pour y faire des prairies artificielles. Il y a environ 7 à 800 bêtes à laine et sept à huit paires de bêtes de labour ou bêtes à bats. La capitation se porte à la somme de 70 l. environ ; la taille a environ 700 l. vingtième compris. ». En 1868, le hameau des Infruts comptait 60 habitants (d’après Dardé).

© Marc Parguel

En grimpant sur le promontoire rocheux, noyé dans les broussailles de noisetiers où jadis était un fort, le regard est attiré par le bas du hameau composé de belles maisons caussenardes. Une vingtaine d’habitants vit là, d’agriculture ou de tourisme. Une base de loisir Accro’roc permet, à la belle saison, de prendre de la hauteur au milieu des rochers ruiniformes.

Marc Parguel

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