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Patrimoine millavois : Emile Salgues (1875-1939), l’as des crieurs millavois

Voici Emile Léon Salgues, plus connu sous le nom de Tomate, crieur public de Millau. Dernier descendant d’une honorable famille originaire de la Glène, commune de Saint-Léons (Aveyron), qui s’est installée à Millau, vers la fin du XVIIIe siècle, il est né le 12 mai 1875 à 10 heures du matin au 29 boulevard du Quai (nom que cette voie portait avant l’actuelle appellation de boulevard Saint-Antoine), à l’angle du Boulevard et de la rue de la Saunerie.

Fils de François Salgues, tanneur, âgé de 43 ans, et d’Elisa Nouvel, 34 ans. Son acte de naissance, dans nos archives municipales porte qu’il fut déclaré en mairie par un Joseph Vidal cordonnier, mais aussi, par un Louis Montels, 49 ans, qui n’était autre que le crieur public de l’époque que tous les Millavois surnommaient « Monteillou ».

Ah ! Monteillou, il était comme le rappelait Léon Roux : « Trompette municipale, ce qu’on appelle dans le Pays Bas, le précon, sans doute parce qu’il préconise les marchandises qu’il annonce. Il s’en allait, la trompette sous le bras et, à chaque carrefour, après une sonnerie spéciale, lisait à haute voix un arrêté municipal ou bien sur un autre air de sonnerie annonçait un déballage, où l’on donnait la marchandise pour rien, ou encore la perte d’une clé, d’une boucle d’oreille, et terminait toujours ainsi : Celui qui l’a trouvée est prié de la rapporter à M.X.,il en sera récompensé ». Ce « Monteillou » fut donc le témoin de la naissance de son illustre successeur Emile Salgues dit «  Tomate ».

Le 31 octobre 1889, à 5 heures du matin, il eut le malheur, âgé seulement de 14 ans de perdre sa mère Elisa Nouvel.

C’est à partir de 1904  qu’Emile Salgues devint crieur public, tambour au poing, et il devint très vite célèbre aux yeux des Millavois, apparaissant sur la plupart des clichés de l’époque.

Sur le quai Sully-Chaliès. (DR)

Comme aimait à le rappeler Georges Girard : « On admirait chez lui son port majestueux avec son élégante, mais discrète moustache, sa voix retentissante – Il avait du « coffre » qui détaillait avec perfection les avis qu’il proclamait, après les ritournelles des appels sonores de son clairon. En un mot, il donnait à toutes les interventions un quelque chose de solennel qui n’était pas sans déplaire, mais qu’au contraire on aimait bien. Avis à la population ! L’annonce défilait, les passants s’arrêtaient et les fenêtres s’ouvraient aux étages. Chacun, l’oreille au vent, retenait son souffle et écoutait. Puis, sans s’attarder, reprenant sa marche, « Tomate » reportait à nouveau dans un autre secteur ses « Avis au public » retentissants.» (Vieilles maisons, vieilles histoires, la rue basse (n°43), Journal de Millau, 30 octobre 2008).

On le voit figurer bien en place à droite en 1913 devant « A la Maison de Paris », enseigne de commerce de chemiserie et de confections tenu par François Roy. Ce magasin allait être transféré avenue Jean Jaurès, fin juillet 1914.

Avec François Roy, sa femme, et des employées en 1913. (DR)

Il avait le bon goût de s’entourer d’une équipe de joyeux drilles qui adoraient se divertir en société. En un temps pas si lointain, où il n’y avait ni radio locale ni téléphone portable, c’était lui qui portait les nouvelles bonnes ou mauvaises. Toujours présent et disponible au service de la mairie, des marchands millavois, des cérémonies ou des attractions qui sollicitaient sa collaboration, on l’avait même surnommé « L’as des crieurs ».

Clairon haut levé, il clamait : « Avisse à la population ». Dépliant délicatement sa feuille de papier, comme dans un but de faire durer le plaisir, notre tambour de ville lisait la missive municipale qu’on s’empressait d’aller répéter. Il troqua plus tard le Clairon qu’autrefois Montels dit « Trompetou » tenait, contre le tambour, mais il garda sa voix claire et puissante.

Avis à la Population. (DR)

Il n’était pas « L’as des crieurs » pour rien, c’est lui qui était le meneur de jeu, lors des quines. Après avoir « boulégué » et lisant le chiffre, il n’hésitait pas à donner pour chaque numéro une expression différente. Il possédait du bagout, beaucoup de jovialité et un entrain communicatif qui firent longtemps de lui, dans les réunions et festivités, un animateur très apprécié.

On le vit encore toujours au premier plan, jusqu’au début des années 1930, marchant avec son tambour, pour célébrer des traditions aujourd’hui disparues, comme celle du Bœuf et même du cheval de Pâques, que l’on promenait, décorés pour le sacrifice.

Le 5 octobre 1939, au 28 rue du Rajol, Emile Salgues rendit son dernier souffle quittant sa bonne ville de Millau qu’il aimait tant, pour toujours. Il était alors âgé de 64 ans.

Marc Parguel

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