Causses et valléesSaint-André-de-Vezines

A la fònt dels Pargues (Saint-André-de-Vézines, Causse Noir)

Si l’ambition première de cette chronique n’est pas de présenter comme le disait Albert Carrière en 1919 : « une région où chaque site a sa légende, chaque arbre son histoire et chaque pierre un nom », il n’en demeure pas moins que nous avons essayé jusqu’ici de dresser une étude de nombreux hameaux, de mas disparus, de croix, d’oratoires, de grottes et de sources.

La plupart d’entre elles, cachées dans les broussailles et dont le nom ne se transmet que par la tradition orale mériteraient un jour d’être inventoriées (lo fòns de la tèrra, fons de las faissas, fònt del mas maurin…). Cette semaine, nous nous dirigerons vers « la Fònt dels Pargues » qui est inconnue des cartes. Les historiens et géographes du XIXe siècle n’avaient sans que doute que survolé nos plateaux lorsqu’ils évoquaient les sources. Quand Elisée Reclus, dans sa Géographie universelle (1877), dit en parlant de nos Causses : « Nulle part ne jaillit une source. L’eau vive manque complètement sur les Causses….Sur les causses on ne voit point d’arbres, à peine quelques broussailles dans les creux garantis du vent. » Apparemment, s’il avait parcouru cette région, il n’aurait pas émis des généralités si absolues.

Idem pour Adrien Fabié lorsqu’il écrit en 1881 dans ses souvenirs des Montagnes du Rouergue : « Le Causse Noir est un immense rocher calcaire sur lequel du sable provenant des roches désagrégées et quelque peu d’humus ont crée une végétation tout à fait précaire. Le sol ne possède que quelques centimètres de terre végétale où ne poussent que des pins et quelques chênes rabougris. Un peu de blé, quand l’été n’est pas trop sec, l’orge ; l’avoine et quelques pommes de terre sont les seuls produits du pays. Nulle source, nul ruisseau ne viennent égayer ce paysage désolé » (p.22-23).

Rendons nous dès à présent à la Fònt dels Pargues, vers les Lavagnettes, à l’Ouest du village de Saint-André de Vézines, et à quelque 600 mètres de Montplo.

Le compois de 1665 mentionne ainsi ce lieu : « Item une chenebière au terroir de la fon délz pargues contenan cinq boisseaux (unités de mesure pour les matières sèches) confrontant du levant…terroir de Brenguier Biau, fossé au milieu » (folio 155). Le cadastre de Saint André (1840) mentionne la « Fòns dels Pargues » (section P, numéro 53). Pour qui ne connaît pas l’origine du nom Pargue, qui est aussi celui de mon nom, il désigne l’enclos où les brebis passaient la nuit.

Enclos constitué de claies mobiles (las clèdas) permettant de changer de pargada, de lieu de parcage, au cours de la transhumance. Des contrats liaient les propriétaires terriens et ceux qui élevaient des ovins. Ceux-ci obtenaient la possibilité de faire paître leur bétail sur les terres des particuliers à condition d’y laisser le fumier de leurs bêtes. Pour assurer une répartition régulière de la fumure les bêtes étaient parquées dans un enclos démontable où elles passaient une ou plusieurs nuits, on appelait ça « les nuits de fumature, las nuèches de fumada ».

Le nom Parguel se rattacherait à cette activité de bergers ou aide-bergers. (D’après Jacques Astor).

Les ruines de la bâtisse servant d’abri au berger. (DR)

 La fònt del Pargues n’est autre qu’un petit filet d’eau qui sourd du sol et qui remplit une cuvette située en plein milieu d’un espace pastoral, au centre d’un couloir de rochers naturels. De petites jasses aujourd’hui ruinées et cachées dans la forêt, des bancs de rochers et des murettes (Paredous) délimitant des parcs à brebis (pargues), tout cela nous révèle l’existence d’un pastoralisme passé utilisant soit des pacages permanents, soit des estives locales.

A l’intérieur de la bâtisse qui servait  d’abri et de lieu de repos au berger, une lucarne lui permettait de veiller aux brebis qui étaient parquées devant lui.

A l’intérieur de l’abri, une lucarne pour surveiller le troupeau. (DR)

 Comme le note Marie-José Cartayrade : « La fons des Pargues est exactement située dans une cuvette, cernée de tous côtés par d’énormes blocs et servant de parcs à bestiaux – une sorte de chouradou naturel (endroit où se serrent les brebis à l’heure de la sieste, au plus fort de la chaleur du soleil). Aujourd’hui, les listera ovata l’envahissent et les sangliers se vautrent dans la vasque où coule une eau bien fraîche ! » (Balade à la découverte des sources du Causse Noir, Causses et cévennes, 1984).

La fònt des Pargues ne résiste pas aux étés trop ensoleillés. L’eau progressivement disparaît aspirée par la flore environnante.

En continuant dans ce long couloir de rochers, nous découvrirons en contrebas, une baume-jasse toute en longueur (Abri-enclos, Bauma pargues). Sous l’auvent naturel a été construit un mur permettant d’abriter une cinquantaine de brebis. Il est bien regrettable qu’aucun document écrit ne nous rappelle la vie d’autrefois dans ce secteur.

Entrée de l’Abri-enclos, Bauma pargues. (DR)

Comme nous le rappelle Jean Poujol : « L’originalité de ce type d’abri sous roche réside dans le fait qu’il s’étire longitudinalement à la paroi de plusieurs dizaines de mètres. Bien souvent les murs qui en délimitent l’espace se situent non plus à l’aplomb où légèrement à l’intérieur de l’auvent, mais très en avant de celui-ci. Ils n’ont pas en général une hauteur bien conséquente, car la fonction de ces abris est de parquer les troupeaux de manière tout à fait ponctuelle, que ce soit aux heures les plus chaudes de la journée ou bien la nuit, le berger étant toujours à proximité avec ses chiens. Parfois, à l’intérieur de cet espace, appuyé à la paroi et délimité par trois murets, se trouve « l’isoloir » destiné au bélier ou au bouc » (L’autre Montpellier-le-Vieux, carnets d’histoire et d’archéologie, 2012).

La baume jasse toute en longueur. (DR)

Nombreux sont les terrains où l’on voit encore des murs servant d’enclos pour parquer les brebis. Une arche naturelle au milieu de la végétation attirera l’œil du promeneur dans ce coin méconnu du Causse Noir.

L’arche naturelle. (DR)

Marc Parguel

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