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Millau. Conditions de travail : la température monte à l’hôtel Mercure

A la veille d’une saison touristique que tout le monde espère exceptionnelle, voici une publicité dont l’hôtel Mercure de Millau se serait bien passé. Dans cet établissement millavois « quatre étoiles », les problèmes auraient commencé en novembre 2020, avec l’arrivée d’un nouveau responsable, Thibault Renard.

« Dès son arrivée, il y a eu quatre ruptures conventionnelles sur des postes clés (responsable de réception avec 20 ans d’ancienneté, commerciale, comptable…) et deux démissions, après notamment des menaces de modification de contrat de travail, de baisses de salaires… pour les forcer à partir d’une façon ou d’une autre, explique Benjamin Thiébaux, directeur de la restauration de l’établissement. Les collègues ont souhaité se mobiliser en organisant des élections, par peur de ce qu’il pourrait leur arriver. Ça a été l’élément déclencheur. »

La Direccte refuse le licenciement économique

« Les 17 employés ont demandé à procéder à des élections professionnelles, raconte Céline Tabariès, représentante de la CGT Aveyron. Il y a eu un refus du directeur. Nous avons réitéré notre demande et nous avons fait intervenir l’inspection du travail. » Les élections ont finalement eu lieu, mais une semaine avant, Benjamin Thiébaux était convoqué à un entretien préalable à son licenciement pour raison économique.

« Comme Benjamin a été élu, il y a eu enquête de la Direccte (Directions régionales des entreprises, de la concurrence, de la consommation, du travail et de l’emploi) qui a refusé le licenciement économique jugeant que les arguments n’étaient pas valables, et qu’il n’y avait aucune raison qu’il n’y ait que lui qui soit licencié économiquement », continue Céline Tabariès, qui soupçonne que le jeune chef de la restauration serve de bouc émissaire en sa simple qualité de nouveau représentant du personnel.

« On sent bien que ce jeune (directeur, NDLR) a été mis là pour redresser la barre au niveau des conditions de travail et rendre les gens encore plus productifs, reprend Patrick Manguin, membre de la commission exécutive de la CGT. Mais pire que ça. L’hôtel a fait de la publicité dans la presse locale pour communiquer sur la reprise de l’activité, mais Benjamin est encore au chômage technique puisque le restaurant n’a toujours pas rouvert. Sachant qu’il est dans les critères de l’hôtel Mercure de proposer de la restauration sous peine de perdre une étoile, pour nous, c’est une véritable volonté d’écarter le représentant de la CGT. »

Une plainte a été déposée aux Prud’hommes

Outre le fait que Benjamin Thiébaux n’a pas repris le travail le 9 juin, et qu’il n’accepte pas que l’on puisse « valider un licenciement économique quand on engage 1,5 M€ de travaux », ce dernier se sent par ailleurs « écarté » de la vie de l’entreprise. « Je suis mis à l’écart de toutes prérogatives liées à ma qualité de directeur de la restauration », se plaint-il, en prenant l’exemple d’un changement de logiciel concernant la restauration pour lequel il n’a pas eu accès aux formations.

Et Patrick Manguin de prendre un autre exemple. « Benjamin est maitre d’apprentissage, et il a une petite apprentie qui est mineure. Pendant que Benjamin était au chômage, elle a travaillé en dépassant allègrement les 22 h par semaine, et même une fois jusqu’à 1h du matin, ce qui est totalement interdit pour une apprentie de 17 ans. Un veilleur de nuit, pris de civisme, a décidé de ne pas laisser cette jeune fille rentrer chez elle et a pris cinq minutes pour la ramener. Il a eu un avertissement pour abandon de poste. » Résultat : une plainte a été déposée au Prud’hommes contre l’employeur.

« On n’est pas loin de la fraude à l’Urssaf »

Les anecdotes défilent. « Visites répétées à la médecine du travail », « employés en burn-out », « veilleur de nuit obligé de préparer les viennoiseries », « non-accès aux comptes des heures supplémentaires », « bulletins de salaire qui arrivent le 12 du mois », « discrimination concernant le temps de travail des employés en activité partielle en appelant toujours les mêmes personnes »… « Ce sont des méthodes managériales d’un autre temps qui bafouent le Code du travail », assure Benjamin Thiébaux.

« En on n’est pas loin de la fraude à l’Urssaf », lance Patrick Manguin arguant le fait que des salariés touchent encore des aides alors que l’activité a repris. « Depuis le 9 juin, il y a eu trois séminaires qui ont été organisés dans l’hôtel, pour lesquels le directeur a fait appel à des traiteurs extérieurs. La fraude à l’Urssaf, elle est avérée. Aujourd’hui mon salaire est rémunéré par l’activité partielle, donc par l’Etat, alors qu’on est en capacité de travailler », argumente Benjamin Thiébaux.

« Ce qu’on demande, expliquent les syndicalistes, c’est de revenir un peu à la raison, d’avoir un management qui ressemble un peu plus à quelque chose qui prenne en considération les conditions de travail de chacune et de chacun, d’arrêter cette discrimination et de se mettre autour de la table pour discuter ». « Et que Benjamin puisse reprendre son travail et sa mission de délégué syndical dans un climat apaisé », ajoute Céline Tabariès.

La direction a jusqu’à la fin du mois de juin pour faire appel de la décision de la Direccte.

A noter que la CGT reprendra ses permanences pour accueillir les salariés à son local du 48 quai Sully Chaliès à partir du mois de septembre, tous les mercredis à 17h30.

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