Causses et valléesVerrières

La chapelle de Saint-Jean-de-Liverset (commune de Verrières)

En remontant la vallée du Lumensonesque, la chapelle de Saint-Jean-Baptiste de Liverset ou de Liversité, sur la rive gauche, à 2 km environ en amont de Verrières, occupe le site d’un ancien cap barré.

Comme le rappelle Albert Carrière : « Ce promontoire est coiffé d’une antique chapelle dédiée à Saint-Jean. Tout près et en amont de la chapelle, l’étroite crête est coupée par trois tranchées parallèles, de dix en dix pas. Evidemment, nous sommes en présence d’anciens retranchements contre les assaillants montant de la vallée… d’un refuge peut-être à l’origine, puis d’un sanctuaire de haut lieu, sanctifié au moyen-âge par l’érection d’une chapelle » (Monographie de Saint-Léons, p.168-169, 1940).

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Ce petit oratoire rectangulaire (6,50 m de long sur 3,50 m de large, porte 1,70 m de haut sur 0,70 m de large), très ancien, vraisemblablement préroman, dont subsistent quelques ruines, fut jusqu’à la Révolution le but d’un pèlerinage pour les maladies mentales. Il est bâti à l’extrême pointe d’un promontoire qui domine de 100 mètres environ le ruisseau de Verrières.

En 1297, la chapelle était desservie par le curé de Verrières.

Construite sur un point culminant, à la Saint-Jean, on allumait un feu ainsi que sur les hauteurs de Cousinies et de la Rouvayrette que l’on peut apercevoir de là. Dans le voisinage de Saint-Jean-de-Liverset est un terroir appelé le cendrié qui confronte « del levan en la gleyza de Saint-Jean de Liverset. » (Compois 1624 folio 32).

Dans le compte rendu « Des visites pastorales du bienheureux François d’Estaing » datant du 2 juin 1525, on peut lire : « A Liverset, entre Verrières et St-Léons, au sommet d’un pic couvert au milieu d’un bois taillis et de rochers, Il y a là une petite chapelle bâtie sur le rocher aplani (pierre nue). Un autel couvert d’une nappe : une damaltique blanche. Un clocher qu’on sonne ; une autre de fer que l’on pose sur la tête des pèlerins. Dans cette église s’opère de jour en jour des miracles… Cet édicule est presque démoli ».

Qu’importe ! Le bienheureux François d’Estaing voulu le voir, il avait bien du courage de gravir le sentier raide qui monte jusqu’à la chapelle, mais comme le rappelle son dernier biographe M. l’abbé Belmon : « Aucun chemin, aucune pente abrupte n’effrayait le zélé pasteur qui à l’âge où on nous le montre gravissant les durs sentiers des montagnes avait bien ses 64 ans. » (Revue Historique du Rouergue, avril 1923)

Le terrier de 1641 donne pour confront à certaines terres d’Altecassagne, le chemin de Saint-Jean de Liverset, suivi par les pèlerins : « Le Nagayral, terre quartive d’Altecassagne confr. du midi chemin tendant d’Altecassagne à Saint-Jean-de-Liversité. »

Il mentionne la chapelle sous le nom de Saint-Jean de Liversité (ou de Liversete).

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Peytavin, marchand apothicaire, demeurant à Paris, probablement originaire de Verrières, donne 20 livres pour réparer la chapelle de Saint-Jean qui est dans la forest de Verrières (Descuret notaire à Millau, 9 novembre 1683).

Jacques Rozier, recteur de Verrières, qui teste le 30 août 1710 lègue 10 livres pour la réparation de Saint-Jean de Liverset.

Lors des enquêtes pastorales de l’évêque Jean d’Ize de Saléon (1735-1746), en date du 27 mai 1738, cette chapelle rurale dédiée à Saint-Jean-Baptiste fut l’objet d’une visite. Il est dit qu’elle dépendait du chapitre cathédral de Rodez.

Les habitants de Saint-Léons s’y rendaient encore en pèlerinage en 1740. Ceux de Verrières et des hameaux voisins firent de même jusqu’aux troubles révolutionnaires.

Depuis la Révolution, la foi baissant, ce haut lieu n’est plus visité par les pèlerins. Les Saint-Léonnais s’arrêtaient au bord de leur plateau, à Altecassagne, en un point d’où ils pouvaient voir l’oratoire, adresser leurs supplications et prières à Saint-Jean… puis finalement restèrent chez eux.

Une grande croix de Pierre appelée « la croix de Cassan » fut érigée en 1863 (Don de Joseph Cassan)   rappelant la halte traditionnelle des pèlerins avant d’attaquer la montée du mamelon qui porte la chapelle, but de leur voyage.

La croix de Cassan. DR

Au cours de mois de novembre 1930, Albert Carrière et Louis Balsan se rendirent sur les lieux, sous la conduite de l’abbé Caubel, curé de Verrières qui connaissait la situation précise de la chapelle de Saint-Jean.

Voici le compte-rendu d’Albert Carrière : « Presque tout le bâtiment est encore debout. Il mesure dans œuvre 6m20 sur 4m 50. La partie la plus ancienne de sa voûte en tuf paraît être du plus ancien roman d’après M. Louis Balsan qui demande à l’examiner plus longuement avant de se prononcer.

Ni colonnes, ni piliers, ni pilastres, la voûte repose uniquement sur les murs. Aucun travail à l’intérieur. A l’extérieur, le bénitier est creusé dans une pierre en saillie à 1m.50 du sol si je me rappelle bien. A l’époque où il fut placé là, on pensait qu’il convenait de se purifier avant d’entrer dans le saint lieu et que les enfants n’en avaient nul besoin puisqu’on ne mettait pas l’eau lustrale à leur portée. Je ne saurais dire si ces deux petites déductions de mon cru sont orthodoxes. L’édifice sert actuellement de bergerie. » (Notes d’excursion, Saint-Jean-de-Liverset, Journal de l’Aveyron, 30 novembre 1930).

En 2014. DR
En 2021. DR

En 1935, la chapelle conservait encore la moitié de sa voûte ; une partie s’est effondrée sous le poids de la neige durant l’hiver 1936. Depuis cinq ans, la chapelle se détériore considérablement, la voûte a quasiment disparu.

6 mars 2021. DR

De toutes ces ruines, seul le bénitier en grès a été récupéré et se trouve désormais à l’entrée de l’église Saint-Sauveur à Verrières.

Marc Parguel

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