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Millau. Une manifestation pour défendre la langue occitane « en danger de mort »

A l’appel du collectif « Pour que vivent nos langues », une manifestation était organisée ce samedi à 10h dans les jardins de la mairie.

« Nos langues sont une part de nous-mêmes, elles sont désormais reconnues comme trésor national (article 2 de la loi Molac), nous ne voulons pas les laisser détruire », ont déclaré les manifestants.

En cause, la décision du Conseil constitutionnel rejetant deux articles sur onze de cette fameuse loi Molac, relative à la protection patrimoniale des langues régionales et à leur promotion. L’enseignement immersif (100 % occitan dans le cas de la Calandreta) violerait par exemple l’article deux de la Constitution qui dit que « la langue de la République est le français ».

Avec sa réforme, le ministre Blanquer ruine l’enseignement de l’occitan au lycée et sans aucune valorisation au bac. »

« C’est un coup dur pour l’enseignement de nos langues et un danger de mort pour les écoles Calandreta, Diwan, Ikastola… », pestent les manifestants.

Selon Yves Durand, l’opposition du Conseil constitutionnel n’est pas juridique, mais idéologique. « Ces gens veulent une seule langue en France comme notre ministre veut une seule langue étrangère dans le monde, l’anglais ».

« L’enseignement est comme une chaîne, ruiner un niveau, c’est couper la chaîne entière »

« Deux articles ont été censurés. L’article qui autorisait le « ò » accentué de Jòrdi, les fameux signes diacritiques et surtout celui qui permettait l’enseignement par la méthode immersive dans les écoles publiques », s’est désolé le Saint-Affricain Yves Durand, comédien, conteur, préteur de voix bilingue occitan-français.

A propos des signes diacritiques on mesure la grande fragilité de notre République menacée par quelques accents sur le o, le a ou le i. En France, il est possible d’appeler son garçon Dylan ou sa fille Jennifer, mais pas Jòrdi ni Mailís. Ils vont bientôt changer le nom de l’Académie Française. Ce sera France Académy, avec un y à la fin, ça fait plus intelligent… »

Le collectif « Pour que vivent nos langues » a été créé à l’automne 2019 « face au danger représenté par les réformes du ministre de l’Education qui ont fait chuter de moitié les effectifs de lycéens pour toutes les langues régionales ». « Sans lycéens, il n’y aura plus d’étudiants à la faculté et plus de jeunes professeurs pour assurer le renouvellement et le développement de cet enseignement, déclarent les manifestants. L’enseignement est comme une chaîne, chaque niveau est un maillon qui fait tenir le tout. Ruiner un niveau, c’est couper la chaîne entière. »

Valérie Landès, professeur d’occitan au lycée Jean Vigo, déplore la perte de deux des quatre heures d’occitan. « A la rentrée, il n’y aura pas d’heures pour les secondes… ».

Les membres du collectif demandent donc « la modification de l’article 2 de la Constitution, un statut pour les langues régionales dans l’Education nationale, et enfin que les collectivités Régions, Départements, Communes se mettent vraiment à l’ouvrage… ».

Des manifestations sont organisées un peu partout en France. En Aveyron, après Villefranche-de-Rouergue, Millau, Saint-Affrique et Rodez ce matin, une nouvelle manifestation est prévue à Crespin dimanche 30 mai à 17h.

Emmanuelle Gazel, maire de Millau et conseillère régionale sortante, a rappelé le soutien apporté par Carole Delga aux langues régionales.
Le député Arnaud Viala a voté en faveur de la loi Molac.

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