La Couvertoirade

La Couvertoirade. Il est revenu le temps du muguet, de l’aubépine et de l’amélanchier

Le joli mois de mai pourrait être le mois du blanc tant la nature semble apprécier cette couleur. Où que l’on pose son regard, en ce moment, c’est le blanc qui domine. Petite gelée matinale qui, dès l’aube, blanchit les campagnes, nuages vaporeux des fleurs d’aubépines qui embaumes nos narines et, plus blanc que blanc, la neige des amélanchiers qui couvre le plateau du Larzac en quelques jours.

Donc, en ces belles journées de mai, partons sillonner les abords immédiats de la belle Cité de La Couvertoirade. Le muguet se fait désirer au fond de la rivière sèche de la Virenque. Son ancien nom latin : lilium convallium signifie « lys des vallées profondes », il ne faut donc pas le chercher sur les hauteurs caussenardes, mais dans les vallées ondoyantes. La légende raconte que Saint-Léonard, ermite réfugié en forêt, dut un jour se battre contre un dragon.

De chaque goutte de sang versé naquit un pied de muguet. Comme Léonard gagna le combat, le muguet devint un porte-bonheur. La tradition d’offrir un brin de muguet date de la Renaissance. Choisir un brin à 13 clochettes de préférence, l’efficacité en sera meilleure. Le muguet stimulerait également les facultés intellectuelles, mais n’allez surtout pas les manger en salade, la fin de la faim serait abominable. Il faut choisir : s’abêtir ou mourir. Visiblement beaucoup préfère mourir.

Le blanc nous est également donné par ces merveilleux poiriers sauvages qui se couvrent de fleurs blanches en cette saison et les amélanchiers (prononcez amélankiers s’il vous plait, c’est plus glamour) aux boules de neige étincelantes sous le timide soleil printanier. Mais l’arbuste qui saura vous tirer par le nez, c’est l’aubépine. Une odeur sucrée embaume le causse et vous voilà transportés dans l’atelier d’un fin pâtissier. Humez, respirez, sentez ce parfum envoûtant au cœur d’une campagne frémissante de toutes les nouvelles sèves montantes.

L’aubépine est classée dans la famille des rosacées comme l’églantier, la ronce ou le pommier. C’est un arbuste de taille variable aux petites feuilles vertes et luisantes. Parfois appelée albépine, aubespin, épine blanche, épine de mai, bois de mai, poire d’oiseau, cenellier ou noble épine, l’aubépine est recommandée par les plus hautes autorités médicales du Moyen Age et des Temps modernes contre la goutte, les hémorragies, les palpitations, les crises d’angoisses, bourdonnement d’oreilles et hypertension.

Elle est la douceur, l’amie des cœurs fatigués. Porteuse d’espérance, elle annonce les changements positifs et aide à se délester du poids du passé. Est-ce en raison de sa dernière syllabe que l’on invite les jeunes filles en quête d’amour à solliciter le concours de l’aubépine ? Après un bain chaud, vêtues d’habits propres, elles iront au mois de mai humer et toucher l’arbrisseau, en faire trois fois le tour et tracer du doigt le nom de l’être convoité sur le tronc et puis elles se feront patientes, et si l’amour vient alors elles devront revenir chaque saison l’embrasser (le tronc) et le remercier (l’arbrisseau).

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Arbuste des druides, des fées et des sorcières, l’aubépine attire et pique durement les curieux sans foi ni loi. Elle est la maison des fées, la porte ouverte sur l’autre monde, la meilleure protection contre les coups de foudre (les vrais, ceux qui éblouissent et bouleversent durablement).

Elle est célébrée par les poètes parce qu’elle « défend son cœur et ses épaules / Elle a promis sa chair à des baisers plus beaux / Elle a mis son grand voile de songe et de prière / Car elle communie avec toute la terre » (Rémy de Gourmont).

Mais ne tardez pas trop à venir admirer ces jolies fleurs de mai, car « le temps du muguet ne dure jamais » et puisque les barrières géographiques sont tombées,

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Venez vous perdre autour de La Couvertoirade dans les chemins creux où le printemps prodigue égrène sur les bords ses si nombreux trésors.

(Crénom ! Finir par un tercet de 18 pieds avec rimes riches à l’hémistiche, quelle félicité !)

Merci de bien vous porter et au plaisir de vous croiser à La Couvertoirade en toute saison et sans attestation.

Via
Solveig Letort
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