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Montméjean (Saint-André-de-Vézines, Causse Noir)

A 4 km au sud de Saint-André-de-Vezines, Montméjean est un village accroché au flanc du Causse Noir dans le ravin qui, de Corp permet d’arriver le plus directement au village de Saint-André. Visiblement le château fort qui le domine a été construit pour commander cette voie. Si on en doutait, son seigneur nous l’apprendrait par sa lettre du 6 juillet 1625 : «  Ce jour présent des gens zélés et affectionnés ont pétardé Vairant, lieu comme vous le savez très important pour le passage de Millau en Sévènes, et qui tient avec ce lieu de Momméjean, tout le Causse Nègre ».

Ni eaux vives ni vastes terres cultivables dans ses abords. Il n’y a plus grande trace, maintenant, de l’animation qui régnait, lorsque plus de cent personnes habitaient derrière ces portes, sous ces voûtes aujourd’hui effondrées. Le vieux village s’abrite sous un château millénaire qui s’élevait jadis et dont il ne reste actuellement qu’une tour ronde à encorbellement, perché sur un rocher abrupt qui domine de 400 mètres la Vallée de la Dourbie et le village de la Roque-Sainte-Marguerite.

Photo n°2. Vue générale du village. DR

Montméjean doit son titre toponymique par son lien à l’urbanisation des hauteurs durant l’époque féodale. Urbanisation où les habitants du lieu se sont établis autour du château ou de la chapelle en hauteur pour voir le danger venir de loin et se protéger derrière des remparts faisant de la butte, de la colline ou du coteau, une forteresse naturelle . En tant que chef-lieu de la topographie de l’endroit, la hauteur porte souvent le simple nom de « mont » d’où le nom du hameau « Mont-méjean » : médian, milieu. Appellation au cours des temps : Momméja (1075), Mommejean (1655), Montméjan (1718), Mommejan (1719), Montméjant (1785).

On recensait 93 habitants et 22 familles dans le village en 1868, mais au début du XXe siècle, la disparition de la culture de la vigne, et de l’exploitation des mines ont poussé les familles à déserter les lieux. 4 familles en 1920. Le village a été totalement déserté durant l’été 1936. Au XIXe siècle, les habitants du village alors très nombreux avaient reçu le surnom de « Los Sauta Ròcs, lous saouto roùocs : les saute rochers ».

Montméjean en 1904. DR

Un pan du plateau a glissé et formé un épaulement sur lequel est bâti le château. Ce château féodal commandait un des couloirs d’accès du Causse Noir. Louis Bion de Marlavagne le détaille comme suit : « La forteresse du château de Montméjean noblement bâtie sur un grand rocher composé de salles, chambres, cuisines, fours, citerne avec une grande tour carrée et une autre ronde avec mâchicoulis, gabions, à l’entrée un pont-levis et au-devant de celui-ci une grande terrasse avec grange, écurie, jardin, volaille et sur une des pointes dudit rocher un pigeonnier carré (dénombrement de 1672) . On ne sait pas à quelle époque fut bâti le château de Montméjean, mais il paraît fort ancien et ce ne serait point exagéré de remonter son origine au Xe siècle ou XIe siècle ».

Il ne reste du château qu’une tour ronde couronnée d’un encorbellement et ceinte de deux cordons de pierre à section carrée. En arrière est un jardin d’un tiers d’hectare. Deux murs le ferment en unissant les extrémités du rocher-assiette du château à la montagne. C’est par là que la forteresse était attaquable.

Le château sur son assiette. DR

Les seigneurs

Les propriétaires étaient seigneurs de toute la paroisse de Saint-André, mais ce n’était qu’une seigneurie directe donnant droit à percevoir des redevances sans aucune juridiction. La justice haute moyenne et basse appartenait aux vicomtes de Creissels, auxquels les seigneurs de Montméjean devaient hommage et reconnaissance. Mais les vicomtes de Creissels devaient à leur tour hommage à l’évêque de Rodez. En 1133, R. de Roquefeuil, vicomte de Creissels, reconnait que l’alleu du château de Caylus (sur le Tarn en dessus de la Cresse) et celui de Montméjean, ainsi que de tous les villages situés dans leurs mandements, appartient à Hugues, évêque de Rodez.L’évêque, de son côté promet de ne pas aliéner cet alleu, et s’il l’aliénait, l’aliénation serait nulle de plein droit et l’alleu reviendrait à R; de Roquefeuil. Parmi les témoins, Pierre archiprêtre de Lumenson et Ardenal, curé de Cantobre.

Un autre acte de 1324 reconnaît aussi que les vicomtes de Creissels doivent faire reconnaissance à l’évêque de Rodez pour les châteaux de Caylus et de Montméjean. Un acte de 1321 montre que les Evêques de Rodez conservèrent leurs droits sur le Causse Noir même après l’érection du diocèse de Vabres (1317). L’acte le plus ancien mentionnant les seigneurs de Montméjean est la charte 190 du Cartulaire d’Aniane par laquelle vers l’an 1070, Raymond Hugues de Montméjean ( de Monte Mediano) après s’être fait moine donne au monastère d’Aniane tout l’honneur qu’il possède à Pierrefiche ( du Larzac ) avec hommes et femmes. « dona sancto Salvatori Ananienci totum honorem quam habebam in Petrafixà, a die quàm monocavit me totum et ab integrum…cum homines et feminas que ibi sunt ».

La famille de Montméjean posséda ce château du Xème au XVIème siècle, époque où elle s’éteignit ou se fondit par femmes dans celle de Granger, toujours est-il que cette dernière possédait la seigneurie directe de Montméjean en 1576, qui comprenait dans son ressort Saint-André-de-Vézines et Brussac. Au XVIIe siècle affirme l’abbé Delpal habitait une famille riche du Causse Noir , la famille Ducros qui achètera en 1812 une des propriétés des seigneurs de Montméjean : Brunas.

Sur la fin du XVIIe siècle, Paule de Granger unique héritière de sa famille épousa Paul Dupuy – Montbrun et par ce mariage, tous les biens de Montméjean et Granger passèrent dans la maison Dupuy Montbrun, jusqu’à la Révolution. En 1808, Dupuy Montbrun vend la plupart de ses biens de Montméjean car on voit que 71fr45 sont imposés sur ses terres à Antoine Parguel et Joseph Jory. Vers 1825, Hector Dupuy- Montbrun vendit le château de Montméjean aux familles du village. Mlle Dupuy- Montbrun qui habitait encore Saint-Affrique en 1927 fut le dernier rejeton de cette famille qui s’est éteinte.

DR

Coutumes

Dans les villes comme dans les communautés rurales, la vie sociale est régie par les coutumes. Les coutumes de Millau nous ont été transmises par les criées annuelles, les ordonnances des consuls, les règlements de police, les dénombrements de privilèges, les innombrables allusions qu’y font les documents « selon l’ancienne coutume, selon la coutume de tout temps observée. »

La mention : « Per relijar lo libré de las costumes » (1456) prouve que Millau avait consigné les siennes dans un registre spécial sorte de cartulaire primitif. Quant à celle des communautés rurales tout aussi anciennes, mais beaucoup plus réduites, elles se trouvent dans les criées annuelles, les reconnaissances générales qui figurent en tête des terriers des seigneurs, des compois de la communauté, des transactions entre le seigneur et les sujets, etc.

Les habitants de Momméjean ont leurs coutumes confirmées. Hugon de Mommejan… « de penre lenhas gastas et mortas dins los meas bossés » sous la redevance chacun de « sept ious tots los ans payables à la festa de pasquas…un fromage per lo poulverage » Hugues de Mommejean autorise de prendre les bois gâtés et morts dans ses bois  sous la redevance chacun  de sept œufs tous les ans payable à la fête de Pâques…et un fromage pour le pulverage (1289). « Demoiselle Jeanne d’Olmières seigneuresse de Montméjean Caylus est requise de payer 2 setiers seigle et un setier d’orge d’aumône aud.mandement de Caylus, instrument reçu par Dupont notaire à Boyne en 1411 » (11 avril 1566, De Malrieu).

« Le seigneur se réserve de faire dépaître ses bestiaux gros et menus dans tout le mandement et de prendre des poutres pour la réparation de son château et forteresse de Mommejan. » (10 juin 1416, papiers recueillis par Louis Bion de Marlavagne).

Le seigneur de Montméjean était obligé de donner tous les ans une aumône aux pauvres et habitants de la Cresse (3 août 1630, Brondel).

14 août 2018. DR

Quelques faits historiques

En 1472, le Comte Charles d’Armagnac, Vicomte de Creissels, prit, saccagea et incendia le château de Montméjean, et le seigneur de l’époque Albert de Montméjean fut fait prisonnier et maltraité. Le château ayant été saccagé, Albert de Montméjean justifia de ce fait devant le Parlement de Toulouse qui condamna le Vicomte de Creyssels à des dommages-intérêts. Louis XI confia l’exécution de cet arrêt à Me Durand Cavalier, juge de Millau. Celui-ci évalua les dommages et condamna (10 février 1479) Charles D’Armagnac et Catherine de Foix, son épouse, à faire le paiement de 100 marcs d’argent et à restituer les censives de la terre de Montméjean, dont il avait violemment joui pendant 4 années.

Pendant les guerres de religion, le seigneur de Montméjean, Jean II de Granger, religionnaire à part entière, s’empare de Veyreau, le 6 juillet 1625. Il annonce ainsi la nouvelle aux consuls de Millau : « Ce jour présent, des gens bien zélés et affectionnés ont pétaradé et pris Veirant, lieu, comme vous savez très important pour le passage de Millau en Sévennes et qui tient avec ce lieu de Montméjean, tout le Causse Nègre. Je vous ai voulu donner avis tout exprès, afin de vous témoigner comme les gens de bien ne dorment point et travaillent selon leur petit pouvoir à l’avancement de l’Eglise et recouvrement de notre liberté qu’on nous a ravie. Je m’assure, Messieurs, que vous ne refuserez pas votre assistance en cas de besoin à ces gens-là et que vous me donnerez avis des desseins des ennemis ».

D’Albignac, seigneur de Veyreau, s’adresse le 28 juillet, aux consuls de Millau : « Je supporte avec patience la prise de ma maison de Veyreau, bien qu’elle ait été faite sur le manquement de la parole de Montméjean ; mais il est extrêmement malaisé de supporter patiemment l’emprisonnement des pauvres laboureurs et le ravage et le butinage du bétail que ledit Montméjean fait faire à sa garnison de Veyreau contre le traité de Messieurs de Rohan (1579 -1638, protestant convaincu), d’Arpajon et nous, où notre fils, Saint Gervais, assistait, traînant pour tout ce qui nous regarde, de sorte que je n’ai point voulu rompre ni user d’aucun droit de représailles sans, au préalable, vous en donner avis et voir s’il vous plaira de faire restituer les choses prises par ces voleurs, et attendant ce que sera votre volonté, je vous prierai de croire que je veux être toujours, Messieurs, votre très humble voisin et serviteur ». (Archive de Millau EE 131).

Deux mois plus tard, Granger, avec quatre soldats, se trouve assiégé dans sa ferme de Brunas. Le 26 septembre, Millau lui dépêche Jacques et Jean Antoine de Tauriac, pour le dégager.

Photo de Louis Balsan, 7 mars 1936. DR

Au XVIIe siècle, Jean de Granger passe au protestantisme, il est alors seigneur de Brunas, Saint-André-de-Vézines, etc.) sa fille Diane épouse en 1645 François de Malhac, seigneur de Vessac. En 1668, Alexandre de Granger seigneur de Montméjean, afferme à Antoine Lacaze (fils de Charles) et Pierre Rabié, la place de Montméjean pour 2000 livres. Un des rentiers devra résider au château de Montméjean ou y tenir une personne pour fermer les portes, entretien du château, réserver au seigneur la chambre tapissée pour y coucher le jour où le seigneur viendra à Montméjean, entretenir le pigeonnier (Archives L. Laurens).

En 1710, le seigneur de Montméjean gagna un procès qui aura duré 26 ans contre les habitants de Vessac qui trouvant le chemin trop long pour aller cuire leurs pains à Corp avaient construit clandestinement leurs propres fours à Vessac. Le seigneur ayant gagné, il fit faire démolir les fours aux habitants et payer 777 livres.

En 1793, la municipalité de Montméjean décida de faire abattre les tours du château, mais cela ne put se faire à cause que leurs démolitions entraîneraient un risque pour les maisons situées au-dessous du rocher où est bâti le château (délibérations communales).

La commune de Montméjean

Lors de la création des communes, c’est le village de Montméjean qui fut désigné commune en 1790, bien que la paroisse soit à Saint-André-de-Vézines. Montméjean restera commune jusqu’en 1830, année ou Saint-André la supplanta.

Marc Parguel

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