La Couvertoirade

Variations autour de La Couvertoirade : savourons nos 10 km de liberté

V’là le printemps, bonjour, bonjour les hirondelles qui ne sont pas confinées les veinardes. Voici donc venir les longs jours de lumière et de ciel bleu. Même limité à 10km autour de chez soi, il est grand temps de chausser ses espadrilles et de partir le nez au vent, une flore dans la sacoche.

La grande flore de Gaston Bonnier en dix volumes est certainement la plus complète, mais également un peu encombrante et lourde à porter. Pourtant, voici sans conteste la bible des passionnés de botanique dans laquelle il fait si doux de se plonger à chaque pas tant la nature est ici généreuse. Un bonheur errant de découverte en découverte.

Tulipes alpestres, muscaris sauvages, jonquilles à doubles fleurs, euphorbes réveille matin, dorines à feuilles alternées, mélittes à feuille de mélisse, elles sont toutes là, aussi fidèles que le coucou des bois. Et tellement nombreuses qu’on en perdrait son latin me disait un ami grec.

Le Larzac est d’une richesse exceptionnelle en matière de flore. Les deux tiers de la flore française sont réunis sur ces 1000 km2 exposés aux variations du temps et soumis à l’influence méditerranéenne, mais également cévenole. Un peu de sécheresse sur des reliefs karstiques dans lesquels viennent se perdre l’acidité d’anciennes lointaines rivières.

Et vlan, voilà un biotope idéal pour la diversité. Un véritable rêve pour pédologues en manque d’exercice (mais non, il ne s’agit pas de prendre son pied en admirant ces admirables fleurs, la pédologie est la science des sols, de leur formation et de leur évolution, mot issu du grec pedon=sol, sans vouloir être pédante comme dirait mon incontournable ami grec)

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Pour faire simple, ce ne sont pas moins de 3.500 variétés de fleurs différentes qui ont été recensées sur le plateau du Larzac. On ne va pas toutes vous les présenter ici. A raison d’une fleur toutes les semaines nous pourrions ainsi vous tenir en haleine pendant 67 ans (un peu long non ?). Mais il nous vient l’envie de vous en présenter quelques-unes, au fur et à mesure de leur épanouissement autour de la Couvertoirade, ainsi, sans la flore de Gaston Bonnier, vous pourrez quand même les repérer.

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En ce moment, ce sont les Hellébores qui nous émerveillent. Leurs surnoms « griffes du diable » ou « herbe aux fous » annoncent la couleur : attention danger. Les muscaris ne sont pas bien loin, discrets, cachés sous les buis. Mettez votre nez dedans (enlevez votre masque c’est plus facile) ils sentent la prune bien que leur nom annonce plutôt « le musc ». Les primevères sont à l’heure des premiers verts. On les nomme aussi coucou, car elles arrivent avec l’oiseau annonciateur des beaux jours.

On raconte que les mères possessives enfermaient les fleurs de primevères dans les oreillers de leur fils amoureux d’une belle demoiselle, provoquant ainsi la fin miraculeuse de l’idylle et envoyant illico presto le pauvre amoureux déçu dans les bras consolateurs de sa maman tant aimée. Heureusement que les tendres violettes montrent leur joli cœur et embaument l’air du soir. Elles auraient des propriétés aphrodisiaques murmurent-on dans les chaumières. Tant pis pour maman.

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Protectrices, apaisantes, messagères, romantiques ou inquiétantes, les fleurs ont un langage qu’il faut savoir entendre quand «  à travers l’ombre immense et sous le ciel béni, quelque chose d’heureux chante dans l’infini » dit le poète qui n’était pas grec celui-là.

Promenez-vous dans nos campagnes et régalez-vous de cette nature prodigieuse qui nous entoure, avec ou sans Gaston Bonnier. Toutes les fleurs ne sont pas protégées, mais elles sont tellement plus belles dehors que seulettes dans un vase, loin de leurs copines. Alors, admirons-les et résistons à l’envie de les cueillir. Et savourons longuement nos 10 km de liberté.

Via
Solveig Letort
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