La Couvertoirade

Variations sur la Couvertoirade : le langage des pierres

Il suffit parfois d’une simple main posée sur une pierre, machinalement, sans y penser, le doigt suit une faille, beaucoup trop régulière pour être naturelle. Alors l’œil de myope se penche sur la question et c’est tout un pan d’histoire qui s’ouvre devant nous comme la mer rouge devant le peuple de Moïse.

© Solveig Letort

L’histoire de La Couvertoirade peut aussi se raconter au travers des outils utilisés pour tailler les pierres. A l’époque romane, donc avant l’installation des templiers, on utilise un taillant droit qui laisse sur les pierres des traces parallèles généralement à la diagonale des bordures. Allez trainer du côté de la petite chapelle Saint Christol qui se cache à l’est de la Cité, vous en verrez un très bel exemple dans le jambage de la porte primitive.

A l’époque gothique, on utilise la laie Bretellée. Le dessin laissé sur la pierre est comparable au taillant droit, mais dans les stries on devine des petits trous alignés, empreintes des dents de l’outil. On dirait que la pierre à la chair de poule. Les pierres du château templier en sont un superbe exemple. Est-ce de froid ou de peur qu’elles frémissent ainsi depuis 800 ans ?

© Solveig Letort

A partir du XVIIe siècle, les tailleurs de pierre se préoccupent un peu plus des bordures en réalisant des petites ciselures perpendiculaires sur les bords comparables à des festons. Le reste est taillé au burin le plus régulier possible. Le « brettelage » gothique disparaît alors. Les deux hôtels particuliers du village (hôtel de Grailhe et Hôtel de La Scipione) en gardent encore quelques vestiges.

Du XVIIIe à nos jours, la taille de pierre se fait avec les fameux festons sur les bordures, mais les surfaces sont traitées à la boucharde (marteau à dents) laissant de multiples petits trous non alignés. Un véritable livre en braille, mais qui ne braillerait pas comme un guide épuisé de ne plus tenir ses troupes.

Sans vouloir faire de la glyptographie (étude des marques et signatures laissées par les tailleurs de pierre) on peut simplement lire dans la pierre toute l’évolution d’un bâtiment même sans connaître les grandes périodes architecturales.

© Solveig Letort

Les traces de l’outil utilisé permettent ainsi de dater les constructions, mais également de suivre les différentes restaurations et repérer ainsi les différentes campagnes de rénovations. Et c’est une nouvelle façon de visiter la Cité que de se promener avec les mains courant sur les murs pour mieux ressentir le sang de l’Histoire battre dans les pierres.

La Couvertoirade n’est pas du XIIe ou du XVe siècle, elle est de tous les temps, elle porte sur sa peau les traces d’une histoire qui n’en finit pas de nous émerveiller. Parfois les cœurs de pierre recèlent moult trésors. A nous de savoir les deviner.

Et depuis le début du mois d’avril, les petits commerces et boutiques se réveillent peu à peu, l’accueil touristique est ouvert et à votre disposition pour plus de renseignements. Alors, pourquoi hésiter encore à venir écouter le chant des pierres ?

Portez-vous bien et n’oubliez surtout pas d’être heureux !

Via
Solveig Letort
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