La Couvertoirade

Variations autour de La Couvertoirade : Ce n’est qu’un détail, mais… #2

Lorsque les entrées maritimes s’invitent durablement et transforment le Larzac en une mer de brouillard, il est doux de se retrouver au coin de la cheminée. Vous entendez le bois qui craque et les braises qui grésillent ? Vous sentez cette odeur de fumée un peu âcre qui accroche la gorge ? Là, calés auprès du « récantou », on s’oublie dans la chaleur d’une flamme qui envoute plus efficacement qu’une émission culinaire d’après-midi d’hiver.

Si, après avoir abusé d’une petite gnole locale, les paupières un peu lourdes, il vous prend l’idée de suivre par la pensée la fumée qui s’échappe par le conduit, alors vous vous retrouvez sur les toits de lauze au milieu de toutes ces étranges constructions que l’on nomme des « souches ».

Elles sont les prolongations de la cheminée et permettent l’évacuation de la fumée. Construites avec les matériaux locaux, pierre de calcaire, elles supportent quelques pierres plates disposées sur champs ou inclinées deux à deux comme les châteaux de cartes.

Dans les constructions plus récentes, ces pierres de calcaires sont remplacées par des briques rouges. Une belle lauze plate quadrangulaire coiffe le tout. Enfin, cerise sur le gâteau, on trouve, scellé sur le sommet, un caillou pointu du plus bel effet. Et là, immanquablement, la question fuse. « Mais c’est pour quoi faire ces cailloux sur les cheminées ? »

Si vous tombez sur un guide érudit, bavard et plein de savoirs, il vous expliquera longuement que l’origine de ce type de cheminée est peu connue. Baptisée cheminée aragonaise, on la retrouve souvent dans la région haute de l’Aragon. En remontant le cours de l’histoire, on se souvient que Raimond Bérenger IV, Comte de Barcelone, de Toulouse et Millau fut fait Prince d’Aragon à la faveur de son mariage avec la si belle Pétronille, fille du moine Ramiro II, lui même frère d’Alphonse 1er dit « Le Batailleur ». Oui, étonnant, mais à l’époque un moine pouvait faire des enfants pour cause de force majeure. Alors quoi, il fallait bien une descendance pour transmettre les biens terrestres. Et le ciel y pourvoira.

DR

Bref, comme disait Pépin, notre prince d’Aragon par mariage est le même qui fit donation des terres du Larzac aux Templiers qui eux-mêmes organisèrent le regroupement des serfs et des vilains qui eux-mêmes construisirent leur petite masure en pierres calcaires. D’où la présence de ces drôles de petites cheminées. Le même guide érudit et vraiment trop bavard vous parlera également des cheminées sarrasines que l’on retrouve exclusivement dans la région de la Bresse (oui mes petits poulets) où l’influence des Sarrazins fut pourtant moins évidente qu’en pays Aragon. Et là, notre guide vous aura définitivement perdu.

Si vous tombez sur un guide pragmatique (ou sur l’érudit, mais version fatigué), il se contentera de vous expliquer que la lauze quadrangulaire est posée pour protéger le foyer de la pluie, que cette même lauze est maintenue par un caillou pour empêcher le vent de l’emporter et que le caillou est pointu pour faire glisser la neige afin qu’elle ne pèse pas de tout son poids, risquant alors de rompre le conduit.

DR

Si vous tombez sur un guide mal formé (ou sur le guide érudit ayant abusé de la petite gnole locale), il vous racontera des salades du genre : « c’est pour que le Père Noël ne s‘assoit pas entre deux livraisons de cadeaux » ou « c’est pour éloigner les sorcières et les mauvais esprits ». Ce qui est entièrement faux puisque le Père Noël n’existe pas et que les sorcières ont trop de chats à fouetter pour penser se reposer 5 minutes sur une cheminée. Quant aux mauvais esprits… ce n’est pas un misérable caillou pointu qui peut les effrayer.

Et voilà que cheminant de cheminée en cheminée, nous avons encore passé ensemble un petit moment le nez en l’air, la tête dans le brouillard, les yeux errant de lauze en lauze. Voyez comme en si petite cheminée on peut faire grand feu de tout bois.

Portez-vous bien, protégez-vous les uns et les autres et à bientôt sur les terres magiques du Larzac.

DR

Via
Solveig Letort
Bouton retour en haut de la page
X