Causses et vallées

Millau. La Martinerie (causse Rouge)

Le domaine de la Martinerie se situe sous le promontoire ouest du Puech d’Andan, sur le point le plus élevé des environs.

Appelé jadis « les Azams », du nom de ses propriétaires du XIIIe siècle au XVe siècle, il appartint à la Commanderie Saint-Antoine, hôpital établi à Millau pour soigner « le mal des ardents » très répandu dans le pays.

Les guerres de religion ruinèrent cet hôpital mais la rue et le boulevard du même nom en perpétuent encore le souvenir. Le domaine de la Martinerie relevait du roi, à qui il était payé une cense annuelle d’un setier froment et un d’avoine, plus deux sous neuf deniers. (Jules Artières, Messager de Millau, 1er décembre 1906.)

Son nom actuel de Martinerie viendrait d’après J. Andrieu du fait « qu’une famille Martin l’aurait un certain temps exploitée » (Journal de Millau, 5 février 1982).

La Martinerie vue depuis le Puech d’Andan. © Marc Parguel

Comme la ferme de Montels voisine, la Martinerie dut subir à de multiples reprises les pillages en temps de guerre, comme en témoignent de nombreux actes. Au XVIe siècle, le rentier de la Martinerie dit que les catholiques lui ont pris les bœufs aratiés et autre bétail et, ne pouvant labourer il relaxe lad. métairie (9 août 1575). Un de ses successeurs rapporte que le 18 novembre 1586 il lui a été pris de nombreuses bêtes à laine, bien qu’il ait déjà fait beaucoup de labourage, il relaxe à son tour ladite métairie.

En 1720, d’après le cadastre, le domaine de la Martinerie appartenait à un prénommé Antoine. Hameau de neuf habitants en 1868, il dépendait de la paroisse de Notre-Dame de l’Espinasse de Millau.

La Martinerie faisant face à Millau. © Marc Parguel

Par sa situation élevée, la Martinerie a, plus que toute autre ferme, subi les caprices du ciel. Voici deux faits divers assez marquants :

Fin mai, début juin 1852, de violents orages se sont abattus sur Millau et ses environs. Parmi les fermes touchées, le journal l’Écho de la Dourbie mentionne celle qui nous intéresse aujourd’hui :

« pendant l’orage, la foudre est tombée sur la Martinerie, métairie des environs de Millau. Le fluide a pénétré dans la grange et de là, dans l’écurie des bœufs, où, par le plus heureux des hasards, il a seulement renversé un de ces animaux qui s’est relevé sans avoir reçu aucun mal » (L’Écho de la Dourbie, 12 juin 1852).

© Marc Parguel

Curieux méfaits en 1907. Lundi soir (27 mai), vers les six heures, tandis que l’orage battait son plein, que la grêle se mêlait à la pluie, que le tonnerre roulait avec fracas et que les éclairs se succédaient sans interruption dans la rue, le domaine de la Martinerie, situé à quelques kilomètres de notre ville, à droite de la route montueuse qui conduit vers Saint-Germain et le Lévézou, servait de théâtre à un coup de foudre.

Madame Veuve Jeanjean, fermière de ce domaine, vaquait à ses occupations avec ses fillettes et le personnel de la ferme. Tout à coup, une détonation se produisit. La plus jeune des fillettes, âgée d’environ sept ans, se trouvait instantanément projetée sur le sol de la cuisine.

L’espèce de récipient qu’elle tenait entre ses mains lui était arraché brusquement par une force invisible et l’un des cercles qui servaient d’ossature à ce seau fut accroché simultanément auprès de la cheminée. Les rideaux, qui garnissaient les vitres de la fenêtre, étaient décrochés et enroulés au pied de cette dernière.

La fillette, plus âgée, assise et travaillant à la confection d’un corsage, auprès d’une machine à coudre, vit son étoffe se volatiliser sans elle-même éprouver le moindre choc.

La chambre, pièce attenante à la cuisine se remplissait de fumée en un clin d’œil et le fond des rideaux qui garnissaient le lit dressé dans cette pièce fut relevé par une fée furieuse qui le remonta sur le lit et se foula comme une véritable cuvée de raisins.

Presque aussitôt dans la bergerie, sise au-dessous de cette chambre, et où plusieurs personnes s’occupaient à la traite des brebis, un innocent agneau succombait victime de la fantasmagorie du fluide électrique, tandis que ses congénères et les êtres humains qui, à cet instant, cohabitaient en sa compagnie, n’apercevaient rien d’anormal. À l’extérieur, aucun signe du redoutable courant, sinon quelques tuiles endommagées aux bords des toits. (Éclair, repris dans Messager de Millau, 1er juin 1907).

Tout en conservant ses fondations, la Martinerie fut rénovée une première fois en 1920 et tout récemment entièrement modernisée.

© Marc Parguel

Comme Montels, la Martinerie appartient à la famille Cassan qui a également aménagé en gîte les anciens bâtiments de ferme en pierres calcaires couverts d’ardoise, à côté de la grande maison des propriétaires. Quatre gîtes et un laboratoire (Naturae Bioty) en rez-de-chaussée et d’accès indépendant sont aménagées dans un bâti annexe.

Marc Parguel

 

 

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Marc Parguel
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