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Millau. Le deuxième rassemblement pour défendre la culture finit au théâtre !

Un deuxième rassemblement organisé par un collectif Millavois pour défendre la culture et demander la réouverture de tous les lieux culturels a finalement investi le théâtre municipal.

« Les non essentiels » avaient appelé à se joindre à eux le 23 janvier pour une nouvelle action en faveur de la culture. Ils étaient plus de 200 ce samedi après-midi à avoir bravé les intempéries pour venir défendre la Culture avec un grand « C ».

©Millavois.com

Le rassemblement qui a mobilisé de nombreuses personnes, ponctué de prises de parole, de musique et de théâtre de rue, a finalement achevé sa déambulation dans les murs de la Maison du Peuple.

C’est Stéphane Chatellard, le directeur du théâtre qui a proposé l’expérience au public « pour montrer qu’en respectant les protocoles adaptés aux lieux et aux territoires, les ouvertures de salles au public étaient possibles et devenaient nécessaires ».

©MIllavois.com

Public nombreux, acteurs, musiciens, techniciens, file d’attente avec mesures de distanciations, gel hydroalcoolique, masque pour tous, toutes les conditions étaient réunies pour que le spectacle puisse avoir lieu. Après avoir installé le public dans la salle ou les sièges avaient été préparés pour respecter la distanciation, c’est le groupe Mama Said est apparu sur scène. Et la magie a opéré.

©MIllavois.com

Le fidèle public millavois a retrouvé ses réflexes et « Son Théâtre » le temps d’un improbable moment de quasi-communion et d’une joie intense pour tous.

Hélas, comme depuis trop longtemps déjà, le spectacle s’est reconfiné et les acteurs ont repris leur rôle de figurants dans cette mauvaise pièce qu’ils espèrent tous ne pas devoir jouer trop longtemps.

« MANIFESTE POUR LA RÉOUVERTURE DES LIEUX CULTURELS »

Nous, acteurs culturels, artistes, citoyens sommes des individus responsables et conscients de la situation sanitaire. Nous respectons strictement les protocoles qui nous sont imposés depuis juin dernier et sommes particulièrement attentifs à l’application de ces mesures pour éviter toute mise en danger des professionnels et des publics. Pour preuve, de nombreuses études menées en Allemagne, en Espagne, en Italie démontrent qu’aucun « cluster » n’est à déplorer dans un lieu culturel.

Dans ces conditions, pourquoi empêcher la rencontre et le partage entre artistes et spectateurs (jeunes ou moins jeunes) autour d’une œuvre artistique ?

Nous ne comprenons pas la logique du gouvernement, qui à la fois permet les concentrations dans les lieux de consommation, les transports en commun, les lieux de culte et interdit l’ouverture des lieux de culture et des universités.

Nous affirmons que cette situation est construite sur une démarche idéologique, par un gouvernement qui, consciemment, met de côté le monde de la culture. Gouvernement qui ne sait raisonner qu’en termes comptables, et qui sanctionne un secteur dont il connaît l’esprit critique et dont il se méfie.

Au-delà des difficultés économiques et de l’extrême précarité dans laquelle sont plongés des centaines d’acteurs culturels dans l’impossibilité d’exercer leur métier, nous pointons une dimension politique et philosophique : ces restrictions portent atteinte à l’accessibilité à la culture et à la liberté d’expression. Or la culture est un bien commun, elle permet la rencontre, le débat, la confrontation. La culture est nécessaire à la vie démocratique.

Cette crise sanitaire fragmente les imaginaires, crée des bulles virtuelles à travers les écrans de toute sorte où chacun s’isole, et nous porte à des visions binaires de la réalité. Nous affirmons qu’il est urgent et essentiel de proposer des alternatives poétiques, mais aussi divertissantes. Nous soutenons que les œuvres jouées ou exposées par les artistes en présence des spectateurs ont un caractère irremplaçable, car elles créent un lien sensible en proposant l’accès à d’autres réalités par le biais de l’émotion et de la réflexion.

La décision arbitraire d’interdire tout rassemblement et de fermer les théâtres, les cinémas et les musées constitue une restriction sans précédent de l’accès à la culture, à l’imaginaire, au monde artistique. Il nous semble essentiel de se battre pour remplir de nouveau nos vies de rêves, de désirs et d’utopies.

Pour cela,

nous demandons la réouverture des lieux culturels (cinémas, musées, théâtres, salles de concert et centres culturels) avec des protocoles adaptés aux spécificités territoriales.

nous demandons la réouverture de « la rue » et des espaces publics comme lieux d’expressions artistiques et citoyennes.

nous demandons un accès priorisé aux lieux culturels sur le temps scolaire pour le jeune public, les futurs spectateurs, afin de rompre leur isolement intellectuel.

nous demandons la réouverture des lieux de pratiques artistiques, en particulier en direction des jeunes pour leur permettre de continuer à rêver, à se former et à devenir les acteurs culturels de demain.

nous demandons la prolongation de l’année blanche pour les intermittents du spectacle.

nous demandons la mise en place de dispositifs de soutien élargis à tous les autres précaires travaillant au régime général, les indépendants, les jeunes travailleurs, les temps partiels… qui ne bénéficient d’aucune considération, alors qu’ils appartiennent pourtant au même secteur professionnel.

nous demandons une attention particulière de l’État pour adapter les aides financières aux situations des structures, et ce avec une visibilité d’au moins un an supplémentaire.

nous demandons une aide renforcée aux acteurs culturels qui mettent en œuvre des facilités d’accès à la culture pour tous par des programmes d’actions culturelles et des politiques tarifaires adaptées aux spectateurs les plus démunis.

Face à la crise sanitaire, nous avons dans un premier temps accepté, abasourdis, la fermeture de tous les lieux de culture. Si ce choix pouvait s’entendre à court terme et dans l’urgence, il est inacceptable dans la durée alors que dans le même temps, rien n’est fait pour imaginer le monde d’après, repenser les solidarités et les équilibres sociétaux, assurer les moyens d’un système de santé publique capable de faire face à des crises sanitaires de grande ampleur.

En conclusion nous affirmons que l’espace public et les lieux de culture sont des lieux de réflexion et de création indispensables. Il est urgent de rouvrir ces espaces pour pouvoir mener des réflexions collectives afin d’imaginer la société de demain.

Nous appelons le public à exiger l’ouverture des théâtres, musées, cinémas et salles de concert et à nous rejoindre dans des débats publics, devant les lieux culturels, pour se réapproprier nos maisons communes.

Nous proposons la désobéissance nécessaire, l’action commune pour une défense forte du service public dans son ensemble.

Nous défendons ce qui fait humanité. Ce que nous défendons, nous le défendons pour toutes et tous.

Le collectif des « Non essentiels »

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