Santé

Le CHU de Montpellier va opérer à Millau et Saint-Affrique

Le document signé vendredi début d’après-midi dans l’enceinte du site de Saint-Côme à Millau, est fondateur. C’est même « une première nationale ». La première pierre vers l’élaboration d’un projet médical global partagé entre le Centre Hospitalier Universitaire (CHU) de Montpellier et les centres hospitaliers de Millau et de Saint-Affrique.

Tout a été fait ou imaginé en matière de coopération entre le CHU de Montpellier et les centres hospitaliers du Sud-Aveyron. Depuis des années déjà, des praticiens du CHU viennent prêter main-forte aux équipes de Millau et Saint-Affrique. Mais ce qui a été signé hier après-midi va au-delà. Il s’agit, au sein du GHT Est-Hérault Sud-Aveyron, de la création d’un véritable pôle inter-établissement (PIE) médico-chirurgical digestif entre le CHU et nos hôpitaux du Sud-Aveyron.

Un projet imaginé et élaboré « depuis trois ou quatre ans » par le Pr Francis Navarro, responsable du service de chirurgie digestive et transplantation au CHU de Montpellier, et qui concernera donc les patients atteints de pathologies digestives. Ce PIE entend proposer « une offre graduée et de qualité » de prise en charge, avec la mise en place d’une organisation tirant parti des complémentarités entre les trois établissements constituant ce pôle.

L’objectif est de répondre avant tout aux besoins de la population du Sud-Aveyron et des territoires limitrophes dans le domaine de la chirurgie digestive et de l’hépato-gastro-entérologie, d’améliorer le diagnostic du cancer par exemple, mais aussi d’éviter certains déplacements de patients vers le CHU de Montpellier.

« Une nouvelle offre de santé dans nos hôpitaux »

« Ce projet témoigne des liens étroits que nous avons avec les centres hospitaliers de Millau et Saint-Affrique et avec les médecins du Sud-Aveyron », souligne le Pr Navarro, avant de rappeler les difficultés qu’il a fallu prendre en compte en élaborant ce PIE. « Il y a d’abord le contexte géographique qui ne favorise pas toujours les liens entre la population, les médecins et les établissements de soin. Il faut penser aussi à toute l’innovation que l’on peut apporter et qu’il nous parait nécessaire sur Millau et Saint-Affrique (expertise des professionnels, qualification des professionnels, aspects techniques…). »

Le Pr Francis Navarro, responsable du service de chirurgie digestive et transplantation au CHU de Montpellier.

Il a fallu aussi et surtout « convaincre les directeurs d’hôpitaux, sensibiliser les praticiens, redonner confiance à certains praticiens sur les établissements du Sud Aveyron ».

« Nous avons réussi à convaincre des praticiens de s’intéresser à Millau et Saint-Affrique et de sortir du cocon qu’est le CHU, détaille le Pr Francis Navarro. Il a fallu leur expliquer qu’il y a un réel intérêt médical, mais un besoin aussi de renforcer et pérenniser la qualité médicale et de faire en sorte que ce projet de pôle puisse installer de nouveaux praticiens à Millau et Saint-Affrique ».

Concrètement, certains cadres hospitaliers de premier ordre ont donc accepté de venir physiquement à Millau et Saint-Affrique toutes les semaines, de consulter et d’opérer… Ils ne viendront pas seuls, puisqu’ils seront suivis par des professionnels de l’oncologie, de la radiologie, de l’anesthésie réanimation… Au total, c’est une trentaine de professionnels de santé du CHU qui partagera avec les professionnels locaux les dossiers cliniques. « C’est une grande famille professionnelle que nous souhaitons mettre en place », assure Francis Navarro.

« On va ramener des médecins de qualité, une nouvelle offre de santé dans nos hôpitaux, et la conforter, la pérenniser », se félicite de son côté Emmanuelle Gazel.

Filière urgence : « des investissements à faire »

La mise en place de ce PIE ouvre la porte à un autre chantier, celui de l’organisation et de la structuration de la filière urgence, jugées « fondamentales ». « Vous pouvez amener toute l’expérience que vous voulez, mais si on est incapable de prendre en charge un patient avec une péritonite, ou un après accident de la voie publique, dans les meilleures conditions… », pose le Pr Navarro en levant les yeux. La clé de cette réussite est de trouver un consensus professionnel et politique pour que chaque Aveyronnais soit rassuré.

Sur le départ, Didier Bourdon, directeur des hôpitaux de Millau et Saint-Affrique, signe le contrat cadre du pôle inter-établissement médico-chirurgical digestif.

L’affirmation selon laquelle le patient qui va faire un infarctus dans la campagne éloignée doit avoir les mêmes chances de guérison et de prise en charge que celui qui va se trouver en plein centre de Millau ou en plein centre de Montpellier a fait consensus, on s’en doute, aussi bien du côté d’Emmanuelle Gazel que de celui du maire de Saint-Affrique, Sébastien David. Mais… « il y aura surement des investissements humains et techniques à faire pour la sécurisation du parcours de soin », prévient le Pr Navarro.


Ils ont dit

Emmanuelle Gazel (maire de Millau) : « Je veux souligner le lien sur lequel vous vous appuyez avec la médecine de ville, la médecine libérale et votre souci constant de répondre au besoin de santé de notre territoire et de tous ses habitants. C’est essentiel dans notre façon de penser la santé aujourd’hui qu’elle soit hospitalière et extra-hospitalière, je crois qu’il faut partir des besoins des habitants. Le parcours d’urgence est aussi essentiel : comment permettre à tous nos concitoyens, même ceux qui ne sont ni Millavois ni Saint-Affricains, d’être mieux pris en charge ? Quand on part des besoins, on arrive toujours à des solutions qui sont pertinentes, constructives et durables. »

Sébastien David (maire de Saint-Affrique) : « Ça a du sens de se retrouver ensemble, les deux maires de communes du Sud Aveyron, pour écrire ce que devra être notre projet de santé publique du Sud Aveyron ».

Dr Jacob (président de la CME de Millau) : « Nous allons pouvoir pratiquer notre art dans de meilleures conditions. Il faudra surement faire la même chose dans le domaine de la médecine ».

Dr Zouani (président de la CME de Saint-Affrique) : « Ce pôle doit servir de modèle à d’autres spécialités du Sud-Aveyron. C’est un plus pour la prise en charge du patient, un plus pour l’offre de soins, un plus dans le cadre de la coopération entre Millau et Saint-Affrique qui va servir à la création de l’hôpital médian grâce à plus d’actes et plus de qualité ».

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