Patrimoine millavois : Une rixe tragique dans la rue des Fasquets

Nous sommes au soir du 8 août 1910. Il est 22h30 et dehors, il pleut à torrents. Aussi nombreux sont les Millavois à être resté chez eux où à s’être abrité dans quelques cafés encore ouverts. Parmi ces derniers, il est un débit de boisson à la mode : l’Oriental Café situé rue des Fasquets. Ce débit est tenu par Eugénie Auzuech, dite la veuve Hot. Parmi les clients, ce soir-là se trouve Casimir Goth, dit Lévis, 40 ans, ouvrier palissonneur, et Auguste Marcellin Gaubert, 38 ans, petit entrepreneur en plâtrerie.

Alors qu’Auguste Gaubert est en pleine discussion avec un de ses ouvriers nommé Fabre, et qu’entre eux une conversation sérieuse s’établit au sujet des relations entre employeurs et employés, le ton monte, et le sujet du grave problème social du patronat, donne l’occasion à l’un des hommes présents, Casimir Goth de s’immiscer dans la conversation et d’affirmer que les petits patrons sont des exploiteurs. Gaubert commence à s’emporter, lui, le petit entrepreneur en plâtrerie, ne supporte pas d’entendre un inconnu lui dire : « Tu vois bien que les patrons exploitent les ouvriers ; si tu avais eu affaire avec moi, je t’aurai broyé les oreilles ».

Gaubert voit rouge et demande des comptes à Goth. Celui-ci lui répond qu’il ne tient pas à se battre pour si peu. Gaubert lui demande alors de sortir dans la rue afin de régler leurs différends, ce à quoi Goth s’oppose. La suite nous est racontée par la presse de l’époque :

Goth qui était à cent lieues de supposer que la dispute prendrait cette tournure, chercha à gagner du temps en déclarant que le moment ni le lieu ne lui paraissaient favorables pour une pareille rencontre. Il parla donc de renvoyer ce différend à une date ultérieure pour aller le vider au Champ du Prieur. Des témoins s’interposent. Ils invitent Gaubert à renoncer à son dessein et à se retirer. » (L’Indépendant Millavois, 13 août 1910).

Ce dernier ne voulut rien entendre et sortit du café en provoquant de plus en plus furieusement son contradicteur. Malgré la pluie qui tombait avec intensité, Gaubert se posta dans la rue des Fasquets, pour attendre la sortie de Goth, avec l’intention bien arrêtée de le frapper.

Rue des Fasquets ©DR

Quelque temps après, celui-ci parut et une lutte rapide s’engagea au cours de laquelle l’on vit Gaubert lever deux fois un de ses poings et en frapper violemment Goth au visage.

Puis, tout à coup, ce dernier tomba à la renverse sur les pavés de la rue et ne donna plus signe de vie. Son acte criminel accompli, Gaubert s’écria en patois : « Je l’ai tuée cette p…, maintenant crève, vieux porc », proclamant par là même sa satisfaction d’avoir mortellement atteint sa victime. D’ailleurs plusieurs témoins corroborent cette attitude et ces propos, en affirmant que Gaubert avait déclaré vouloir attendre Goth pour « lui faire la peau ». Il l’a, en effet, attendu pendant un quart d’heure dans la rue et l’a frappé à mort dès qu’il l’a aperçu.

Les témoins de cette rixe tragique s’empressèrent autour du malheureux qui portait à l’occiput, derrière l’oreille gauche, une blessure béante par où son sang s’échappait en abondance. Le meurtrier erra en ville une partie de la nuit. Son coup fait, il se rendit tout d’abord dans un café de la place du Mandarous, puis revenant sur les lieux il se pencha sur sa victime pour lui manifester par ces mots atroces sa persistante rancune : « Et aro, crèbo ! »

La veuve Hot, ayant refusé de recevoir le blessé, de crainte d’encourir des responsabilités, on le transporta dans le couloir de la pharmacie Crébassa, où un premier pansement fut fait. C’est là que MM. Les docteurs Quézac et F. Bompaire constatèrent l’extrême gravité de la blessure, après un premier pansement ils ordonnèrent le transport du moribond à l’hospice où ce dernier succomba à quatre heures du matin sans avoir repris connaissance.

Sur le matin le meurtrier prit le chemin du commissariat pour y raconter le sombre drame de la nuit et s’y constituer prisonnier. Gaubert qui est marié et père de famille déclara regretter amèrement les violences dont il s’était rendu coupable et affirma avoir frappé une seule fois, sans l’aide d’aucune arme contondante ou tranchante.

Mardi matin 9 août, tandis qu’on interrogeait l’inculpé et qu’on entendait les témoins une foule nombreuse stationnait sur la place de l’Hôtel de Ville et commentait diversement cette nocturne et émouvante tragédie. A onze heures, le meurtrier fut conduit au parquet d’où il ressortit à midi et demi pour être définitivement incarcéré. L’après-midi, l’autopsie de l’infortuné Goth qui est marié et père de deux jeunes fillettes eut lieu à L’Hospice en présence de M. Monestier, juge d’instruction. Cette opération qui fut pratiquée par MM. les docteurs Bompaire et Castanier assistés de leurs collègues, MM. Quézac et Calmels, révéla une fracture de la base du crâne, blessure qui avait déterminé la mort.

Cette fracture mortelle a-t-elle été faite directement par le meurtrier, avec ou sans armes ? La victime s’est-elle fracassé le crâne en tombant sur le pavé ? Voilà les questions que le rapport médico-légal a mission d’élucider pour collaborer à une œuvre de justice et qui si elles sont résolues, donneront à l’accusation qui pèse sur Gaubert plus ou moins de gravité. Le permis d’inhumer ayant été délivré dès que les constatations médico-légales furent terminées, les obsèques de la victime eurent lieu jeudi matin, au milieu d’une grande affluence. (L’indépendant Millavois, 13 août 1910).

Le lendemain du crime, dans la journée du mardi 9 août, les docteurs Bompaire et Castanié, assistés de leurs collègues MM. Quézac et Calmels, procédèrent à l’autopsie de Goth. Au moment où ils achevaient leur travail, d’innombrables curieux stationnaient au-devant de l’Hospice.

L’hospice (Hotel-Dieu) ©DR

Le résultat ne fut pas connu de suite, et seul celui-ci peut établir si la version du meurtrier est exacte. Gaubert prétend n’avoir frappé Goth qu’avec ses poings ; d’après lui, la fracture du crâne qui a amené la mort n’aurait été occasionnée que par la chute.

D’après certains témoignages, et surtout après constatation d’une large ouverture dans la casquette de la victime, il résulterait que les coups auraient été portés avec un instrument quelconque. Comme le souligne le Messager de Millau :

La famille de la victime n’a pu non plus connaître le résultat de l’autopsie, les docteurs qui l’ont pratiquée ayant déclaré que leur rapport serait soumis au Parquet dans quatre ou cinq jours seulement. Les obsèques du malheureux Goth ont eu lieu jeudi matin, et nous croyons savoir que, si le rapport médico-légal ne donne pas satisfaction à la veuve, celle-ci est résolue à faire procéder à une nouvelle autopsie. Quant à l’inculpé, il paraît, maintenant, assez abattu et semble comprendre la gravité de son acte. (Messager de Millau, 13 août 1910)

Une semaine plus tard, nous apprenons par voie de presse les résultats de l’autopsie :

« Le rapport médico-légal a été déposé, ces jours derniers par MM. les docteurs F. Bompaire et Castanier, entre les mains de M. Monestier, juge d’instruction. Nous croyons savoir que dans cet important document, les médecins légistes ont constaté une blessure rectiligne en biseau de 6 centimètres, qui paraît avoir été faite par un instrument tranchant, à la suite d’un coup donné de bas en haut. MM. Bompaire et Castanier sont nettement d’avis que la mort de Goth doit être attribuée à la fracture du crâne et ils ajoutent que si cette fracture peut-être causée par une chute dans la rue, elle est plus vraisemblablement la conséquence d’une contusion violente produite au moyen d’un instrument contondant. Ces conclusions sont d’ailleurs corroborées dans leurs grandes lignes par les constatations faites sur les lieux, et par le résultat de l’instruction. Il est donc à peu près certain que Gaubert comparaîtra aux prochaines assises de l’Aveyron, sous l’inculpation de meurtre et non de coups ayant entraîné la mort sans intention de la donner, dont il avait été question tout d’abord. » (L’Indépendant Millavois, 20 août 1910).

Le rapport médico-légal ne donna pas satisfaction à la femme de la victime :

« Mme Marie Goth, née André, veuve de l’infortuné victime du drame du 8 août, vient de se constituer partie civile, dans l’affaire suivie contre Gaubert Auguste, auteur responsable de la mort de son mari. L’instruction de cette délicate affaire va être retardée, puisque la veuve Goth a manifesté l’intention de solliciter une contre-expertise médico-légale. » (Messager de Millau, 27 août 1910).

Une reconstitution eut lieu début septembre, afin d’essayer d’y voir plus clair :

« Samedi à onze heures du soir, c’est-à-dire à l’heure à peu près exacte où, le 8 août dernier, se déroula le drame tragique, M. Monestier, juge d’instruction, essaya de reconstituer les divers épisodes de cette rixe mortelle en présence de Maître Chaliès, avocat de l’inculpé. Comme de nombreux curieux s’étaient rassemblés sur les lieux, des barrages furent établis aux extrémités de la rue des Fasquets par les gendarmes et un homme s’étendit sur le sol, pour permettre au magistrat instructeur de déterminer l’endroit où l’infortuné Casimir Goth fut relevé expirant. Cette expérience fut-elle concluante et dissipa-t-elle certaines contradictions qui existaient dans les témoignages recueillis. Nous l’ignorons. Tout ce que nous savons, c’est que l’instruction de cette malheureuse affaire se poursuit très activement tous les jours au palais ; mais il est à peu près certain, à raison de l’intervention de la veuve de la victime, qu’elle ne pourra pas être inscrite au rôle des plus prochaines assises. » (L’indépendant Millavois, 10 septembre 1910).

Deux mois plus tard, début novembre, M. Sarda, professeur de médecine légale à la Faculté de Montpellier, commis par le juge d’instruction, sur la demande de la partie civile, s’est rendu, à Millau. Le praticien a pris connaissance du rapport médico-légal des docteurs Bompaire et Castanier, relativement aux causes de la mort de l’infortuné Goth. Il s’est ensuite rendu sur les lieux du crime. M. Sarda est reparti vendredi pour Montpellier. Son rapport sera déposé sous peu de jours. (Messager de Millau, 12 novembre 1910).

Le meurtrier trouvant le temps long en cellule demanda une remise en liberté provisoire :

« L’inculpé Auguste Gaubert a adressé au juge d’instruction une demande de mise en liberté provisoire. Cette demande a été accueillie favorablement sous l’obligation, par Gaubert, de fournir une caution de 1000 francs. Cette ordonnance a été frappée d’opposition par M. le procureur de la République. La décision définitive sera donc rendue par la Chambre des mises en accusation de Montpellier, où le dossier à été transmis ». (L’indépendant Millavois, 8 octobre 1910).

Fort heureusement, cette demande n’a pas eu de suite favorable. L’opposition à l’ordonnance de mise en liberté provisoire sous caution de l’inculpé Gaubert est venue samedi dernier devant la Chambre des mises en accusation. L’ordonnance a été infirmée, et le maintien de l’inculpé Gaubert sous mandat de dépôt a été ordonné (L’indépendant Millavois, 22 octobre 1910).

« Comme nous l’avons mentionné la semaine dernière, M.Monestier, juge d’instruction, faisant droit à la requête de la veuve de la victime, qui s’est portée partie civile, a désigné M. le docteur Sarda comme tiers expert. Le médecin légiste de la Faculté de Montpellier est venu début novembre à Millau, où il s’est entouré de tous renseignements utiles ; il a pris connaissance du rapport médico-légal de MM. les docteurs Bompaire et Castanier et s’est ensuite rendu sur le lieu du crime ».

Il dépose son rapport quelques jours plus tard :

« Ce document, en ses points principaux, confirme les conclusions des premiers médecins légistes désignés par le Parquet de Millau. Il déclare, notamment que la plaie constatée sur le cadavre de l’infortunée victime de cette rixe ne peut pas résulter d’un coup de poing et ne semble pas pouvoir être non plus la conséquence d’une chute violente sur les pavés de la rue. En émettant l’avis que la mortelle blessure du crâne paraîtrait être l’œuvre plutôt d’un instrument contondant, M. Sarda ajoute que ce sont là des opinions basées sur des données scientifiques plutôt que sur des affirmations catégoriques. M. Monestier, juge d’instruction, après avoir procédé à l’interrogatoire définitif de l’inculpé, qui a persisté dans ses précédentes déclarations et affirmé n’avoir fait usage d’aucun instrument au cours de la rixe du 8 août, a clos l’information ouverte et rendu une ordonnance renvoyant Gaubert, sous la prévention de meurtre, devant la Chambre des mises en accusation. » (Messager de Millau, 26 novembre 1910).

Cette affaire a eu son épilogue sur les bancs de la cour d’assises dans les audiences du 15 et 16 décembre 1910.

Les médecins légistes, chargés de procéder à l’autopsie de la victime, ont recherché la cause directe de la mort de Goth, et ils ont déclaré qu’elle était due à une fracture du crâne. Mais cette blessure grave pourrait être le résultat soit d’un coup de poing, soit de la chute sur le sol à la suite de cette violence, soit enfin d’un coup porté avec un instrument contondant tenu à la main. Cette dernière hypothèse a paru aux experts la plus vraisemblable, mais leurs conclusions n’étant pas formelles, il a été fait appel au concours de M. le professeur Sarda, de Montpellier.

Celui-ci a formellement déclaré que les deux premières hypothèses devaient être écartées, que la troisième était seule admissible, et qu’un couteau retrouvé parmi les outils de Gaubert pouvait être l’instrument du crime.

L’inculpé né en 1872 est connu pour être violent. En 1888, il avait encouru une condamnation ; on lui reprochait de s’adonner à la boisson. Une voisine du lieu où se déroula la rixe a affirmé très catégoriquement avoir vu Gaubert frapper violemment son adversaire à deux reprises différentes. Au second coup, le meurtrier qui tenait Goth par le parement de son veston secoua celui-ci un instant et lorsqu’il le lâcha et qu’il tomba à la renverse, il sembla au témoin que la mort avait déjà fait son œuvre.

Au cours de l’interrogatoire, il est établi que l’accusé a eu en sa possession un outil de vitrier, dit couteau à reboucher qui pourrait bien être l’instrument avec lequel aurait été commis le crime. L’accusé déclare ne s’en être servi.

Voici le dénouement et les derniers rebondissements de cette triste affaire

Cour d’assises de l’Aveyron. Audience du 15 et 16 décembre 1910.  On procède à l’audition des témoins. M. le docteur Quézac croit devoir attribuer au coup porté par un instrument tenu en main, la fracture du crâne de Goth. Quant au couteau à reboucher, la lame lui en paraît trop flexible pour pouvoir avoir servi au crime. L’éminent professeur Sarda quant à lui conclut que le couteau à reboucher a été suffisant pour produire la plaie qui ne peut résulter de la chute du corps sur le pavé.

M. Sabathier Auguste, peintre, a la semaine avant le crime, prêté à Gaubert le couteau à reboucher. Il estime qu’avec un pareil outil, on peut trouer la tête à quelqu’un. M. Pradier Emile, peintre à Millau, dit ne rien savoir sur l’affaire. Cependant ayant vu dans les journaux de la localité certains détails du crime et ayant un couteau à reboucher, il a dit que le crime aurait pu être fait avec semblable instrument. Raymond Charles, gantier, étant chez la veuve Hot, a assisté à la première dispute entre Goth et Gaubert, tous deux se traitèrent de fainéant. Gaubert invita Goth à sortir et sortit lui-même. On resta dedans, Gaubert rentra et voyant que Artières retenait Goth par la main, dit à Artières : « Laisse-le sortir ou tu auras de mes nouvelles ». Quand Goth sortit, Gaubert l’interpella en lui disant : « Tu veux faire le malin », Goth répondit : « Je ne veux pas me battre ». Comme Gaubert l’avait saisi et le poussait vers la porte du magasin, Goth disait : « Tu veux donc me faire casser les vitres ! » Gaubert lui donna deux coups de poing à la tête. Goth tomba sans proférer une seule parole. Gaubert a frappé avec la main droite ; le témoin n’a rien vu dans la main du meurtrier. Pour le témoin, Goth était mort avant de tomber à terre.

Rue des Fasquets ©DR

M. Berthomieu, gantier, revenant de se promener, entendit du bruit dans la rue. Gaubert disait : « S’il ne veut pas sortir, c’est un fainéant et un lâche ! ». Il rapporte également la scène du meurtre à peu près dans les mêmes termes que le précédent témoin. Gaubert s’en allant s’écria : « Si je l’ai tué qu’il crève, ce cochon ! »

Le témoin précise que Gaubert empoignant Goth, frappait sa poitrine en disant : « Je suis Gaubert, le buveur de sang des ouvriers ! ». M. Fulcrand Casimir, palissonneur, s’est rendu le lendemain du crime à l’hospice avec les beaux-frères de Goth. Il a trouvé dans le caniveau la casquette de Goth qui portait une déchirure. Cette déchirure n’y était pas auparavant. Goth, dit-il, aimait à plaisanter, mais n’était pas querelleur. Cazes Léon, gantier, à Millau, dépose dans le même sens. M. Sauvat Victor, gantier à Millau, a entendu Mme Hot suppliant Gaubert de s’en aller et cela à deux reprises… M. Jules André, gantier, beau-frère de la victime, apprit le meurtre à 4 heures du matin ; il se rendit à l’hôpital, où Goth venait de mourir. Après s’être rendu chez Gaubert, il va porter plainte au bureau de police, où il trouve un agent à moitié endormi. Le témoin lui demande comment il se fait que Gaubert, ayant tué Goth, n’était pas arrêté. « Il est convoqué pour 9 heures », répondit l’agent. Un vif incident se produit entre la défense, la partie civile et le témoin.

Il en résulte que les agents de police de Millau, après s’être rendus à l’hôpital à 1h50, auprès de la victime, ne surent pas retrouver la casquette, n’arrêtèrent pas le meurtrier, ne le gardèrent pas au commissariat quand il s’y présenta vers 1 heure. M. Martin François, limonadier, reçut Gaubert dans son établissement après le crime. Sur la demande du meurtrier, il alla prendre des nouvelles de la victime. Avant de partir, il cacha un fusil de chasse, qui se trouvait dans la salle, de crainte que Gaubert ne se tuât.

Pelissou Georges, sergent de la ville de Millau, relate les constatations de la police. Il met sur le compte de l’orage, qui avait obligé tout le monde à rentrer, le fait que la police n’a pas immédiatement fait une enquête. A cinq heures du matin, il reçut la déclaration d’André. Le ministère public demande à l’agent pourquoi il n’a pas arrêté immédiatement Gaubert. Il lui demande si l’accusé Gaubert n’est pas parent avec un agent de police de Millau. Le témoin dit qu’il est le frère d’un des agents de police de Millau. Tout cela est très fâcheux, dit M. le procureur de la République.

Fages Emile, rentier à Millau, déclare que le couteau à reboucher, instrument supposé du crime, était chez lui au moment du meurtre. Il fournit de bons renseignements sur l’accusé. Mme Cadilhac donne également des renseignements favorables. Galibert Damien, marchand de grains, connaît Gaubert depuis 10 ans, a été satisfait de son travail, le considère comme un honnête homme. Après la déposition de ce témoin, l’audience est levée. (Messager de Millau, 17 décembre 1910)

Le verdict tombe. Gaubert est accusé d’avoir : « A Millau, dans la nuit du 8 au 9 août 1910, commis un homicide volontaire sur la personne de Goth, avec cette circonstance que ledit homicide volontaire a été commis avec préméditation et avec guet-apens. Crime prévu et puni par les articles 295, 296, 297, 298, 302 du Code pénal. Après des débats émouvants qui, commencés jeudi ne se sont terminés que vendredi matin, Gaubert a été condamné à deux ans de prison et à payer 2000 francs de dommages-intérêts à la veuve de sa victime et 2000 francs à chacune de ses deux fillettes. » (L’Indépendant Millavois, 17 décembre 1910)

Marc Parguel