Patrimoine Millavois : Le Champ du Prieur

Faisant face à la porte de la fon Mage (fontaine basse), la rue du champ du prieur ouverte sur le boulevard de la Capelle en mars 1899 était autrefois un chemin rejoignant une voie longeant le Tarn (futur boulevard extérieur), où se trouvait au XIVe siècle un gué qu’on appelait lo gua de Panavidas ou lo gua del Prio. Proche de là est le Gourg de Bades (Gorc de Badas au XVe siècle) gouffre situé entre « le champ du prieur » et le quartier du Pont de fer.

Comme son nom l’indique, cette rue qui mesure 450 mètres de longueur pour une largeur variant de 4 à 9 mètres, desservait les terrains qui faisaient partie de l’ancienne propriété du Prieur de Notre Dame de l’Espinasse : campus Ecclesie : le champ de l’église ; lo camp del Prio : le champ du Prieur (l’association diocésaine, successeur de la paroisse doit en posséder encore une partie).

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On l’appelait aussi « champ des pauvres » : « A vendre un champ dit du prieur ou champ des pauvres, situé près le pont en fil de fer, à Millau, appartenant au consistoire de Saint-Affrique » (L’écho de la Dourbie, 19 avril 1862).

De « champ du prieur » ne reste que le nom appliqué désormais aux nombreuses constructions : une résidence porte son nom ou encore un parking a été conçu sur ces terres autrefois si fertiles.

Comme le rappellent Jules Artières et Camille Toulouse : « Le champ du prieur, comme d’ailleurs les autres biens de l’église paroissiale, était le produit des libéralités faites par nos aïeux, au cours des siècles, dans un but déterminé, et le gage des conventions conclues à tout jamais, per totz temps, entre eux et le personnel desservant l’église. A ce titre ces biens auraient dû être doublement respectés. »

Sur l’ « Obituaire du prieuré », on voit qu’une somme de six livres, léguée par un chapelain de Notre-Dame fut affectée à la compra del camp de Panavidas ; celle de 25 livres léguée par Huc Gary, docteur en droit, fut encore employée à l’achat d’alcunas pessas de terra del prat de Panavidas, etc.

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Quelques faits

Le 11 pluviose 1798, un arrêté municipal prescrit au sieur Boyer, propriétaire d’une parcelle au Champ du Prieur où jaillissait de l’eau minérale, de laisser le passage au public pour qu’il puisse en bénéficier.

En 1849, « M. Ricard, propriétaire du four à chaux nouvellement construit au Champ du Prieur, près Millau, a l’honneur de prévenir le public qu’il vient de fixer le prix de la chaux à 1 franc la semal » (Echo de la Dourbie, 26 mai 1849)

Ce four était encore en activité en 1910 comme nous le rappelle cet accident : « M. André Constans, âgé de 62 ans, chaufournier, rue du Pont-de-Fer, travaillait mardi matin au four à chaux du Champ du Prieur, lorsque soudain, à la suite d’un faux mouvement, il tomba dans la matière en ignition. Au prix d’efforts surhumains le malheureux ouvrier dont les vêtements étaient en flammes et qui portait de graves brûlures au visage et aux mains, réussit à regagner la plate-forme du four et fut recueilli par un voisin qui lui prodigua les premiers soins. Malgré ses brûlures, il put ensuite regagner son domicile où le docteur Quézac lui fit un premier pansement. » (L’indépendant Millavois,19 mars 1910)

Le Messager de Millau dans son édition du même jour écrit : « On peut dire que M. Constans a vu la mort, et une affreuse mort, de bien près ».

Lors de la séance du 13 février 1892, présidée par Sully Chaliès, le conseil municipal évoque le cas du sieur Laporte dit le Bourril, c’est de ce sobriquet du reste, que M. le Maire le désigne au conseil, demande a être autorisé à enfouir au champ du Prieur, les restes des animaux crevés. (Journal de l’Aveyron, 17 février 1892)

Ce sieur Laporte dit le Bourril devait bientôt refaire parler de lui dans la presse locale : « Rixe violente. Vendredi soir (8 juillet), vers 4 heures, place de la Capelle, une rixe très violente a éclaté entre les sieurs Laporte, dit le Bourril, et Bonnafoux, marchand de fumier. On échangea force coups de poing, et enfin Bonnafoux mordit Laporte au flanc et lui fit une blessure très grave. Immédiatement arrêté par la police, il a subi un interrogatoire ce matin. » (Journal de l’Aveyron, 11 et 12 juillet 1892)

Au tribunal correctionnel de Millau, à son audience du 13 juillet, Pierre-Antoine Bonnafoux, âgé de 37 ans, fabricant d’engrais chimiques à Millau, est condamné à 60 francs d’amende pour coups et blessures (Journal de l’Aveyron, 18 et 19 juillet 1892).

A l’entrée de la rue du Champ du Prieur deux plaques apposées en 2011 et 2016 sur le mur du 23 bis boulevard de la Capelle rappellent au souvenir de la rafle de juifs qui ont été livrés aux nazis un sombre jour du 26 août 1942. Il y avait parmi eux de nombreux enfants qui ont été déportés à Auschwitz et Maïdanek en Pologne. Comme le rappelle à juste titre le texte gravé sur ces plaques scellées en leur mémoire : « Ne les oublions jamais ».

Marc Parguel