Patrimoine Millavois : La Maison du Peuple (2e partie)

Notre Maison du Peuple en ces beaux jours de 1905, allait recevoir dans sa grande salle, sur ses galeries-tribunes des Millavois avides d’admirer des spectacles, d’applaudir des acteurs, derrière un majestueux rideau de velours rouge dont la lente manœuvre permettra à ses longues franges de caresser à chaque fois le plateau de scène.

Pour attirer les Millavois, on fit appel à la Société de l’Orphéon les Montagnards qui venait de se fonder en 1898. Dès 1907, et durant les années qui suivirent, l’affiche aligna sur les murs de la Maison du Peuple, les noms des plus grands succès lyriques présentés en ce temps-là sur les théâtres les plus réputés. Ce fut Galathée qui servit de premier essai dans la Maison du Peuple, le 11 mai et le 1er juin 1907. Sous la baguette de Léon Froment, professeur de musique, cet opéra-comique connut un grand succès.

Galathée. Chœur d’entrée du premier acte. De gauche à droite : 1er rang : Taurines, Fontaine, Ramond, Bompard, Rigal, Mlle Artières, Mme Marquié. 2e rang : Poujol, Salel, Peyre, Costecalde, Constans, Salvan, Mme Sauvat, Mlle Artières, Mme Delmas. Couché : E. Delmas (Gannymède), et derrière Mme Bourles (Galathée).

Puis ce fut le grand Mogol en 1909, et la fille de Mme Angot. Cette opérette en trois actes fut représentée à la Maison du Peuple le 1er mai 1910 puis à Rodez le 21 mai 1910. L’histoire tourne autour de Clairette Angot courtisée par le perruquier Pomponnet. Avec J. Bourles en tête d’affiche, E, Delmas, S. Jeanjean-Boissonnade, Gal. Au piano : Léon Froment.

Cette opérette sera suivie de la Périchole en 1910 puis de Cavalleria Rusticana, drame lyrique en un acte et deux tableaux, représenté à la Maison du Peuple le 11 février 1911.

Ensuite vint « le Jour et la Nuit » en 1911 et « la Mascotte » en 1912. Cette opérette en 3 actes fut représentée à la Maison du Peuple le 27 avril 1912, avec pas moins de 120 costumes différents et la Symphonie millavoise en orchestre.

« La « mascotte » une personne qui portait chance à la maison qui la possédait.

Cette même année, le dôme qui devait apporter un éclairage zénithal et permettre de filtrer la lumière ne donne pas satisfaction. Il est remplacé par un hourdis de briques recouvert de zinc.

Une nouvelle pièce « Rip » voit le jour sur l’estrade de la Maison du Peuple en 1913. Comme nous le rappelait Georges Girard :

« Tous ces spectacles, interprétés par nos orphéonistes, véritables artistes amateurs qui, de par leurs belles voix, leur goût musical très sûr et le cadre incomparable des chœurs chantés par l’ensemble des sociétaires, enthousiasmaient le public à chaque représentation. Le dernier opéra-comique Rip (1913) fut un triomphe par l’excellence des interprètes, la féérie des décors et le soin tout particulier de la mise en scène. Malheureusement, la guerre de 1914-1918 mit pour un temps un terme à ces heureuses représentations, car l’Orphéon les Montagnards dut payer sa part de mort et de deuil ! » (Vieilles maisons…vieilles histoires, Journal de Millau, 26 mai 2005)

Il fallut attendre 1925 pour qu’une reprise des spectacles ait lieu sur les planches de la Maison du Peuple. Mais fini l’amateurisme des joyeuses opérettes, on fit appel à de véritables professionnels du théâtre pour tenir les premiers rôles. Pour quelles raisons ? Parce que le théâtre de la Maison du Peuple avait un concurrent de taille.

Concurrence avec le Théâtre Pailhous

Le « Pailhous » (actuel cinéma de Millau) dont on voit l’entrée d’origine rue de la pépinière portait le nom de son fondateur, qui fut, avec le photographe Pestre, l’un des premiers exploitants de cinéma de Millau. Il appela son établissement « Théâtre de Millau », en 1927, après des transformations qui permirent en effet d’y donner des œuvres dramatiques ou lyriques. La presse locale s’en félicitait : « Longtemps auparavant, écrivait le Messager de Millau, un impresario disait de la Maison du Peuple : Vous appelez ça un théâtre ? Mais c’est une écurie, et vous nous avez assez vus ! ». Henri Pailhous toujours inventif et en avance sur son temps faisait déjà un essai d’un « Cinéma d’été » en plein air le samedi 2 juillet 1910, qu’il développa en juin 1922 à la barrière du Crès.

Le nouveau théâtre de Millau « Pailhous » rue de la Pépinière.

Quant à la Maison du Peuple, dès 1928, la grande salle est reconsidérée et transformée en véritable salle de théâtre. L’architecte communal Jean Victor remplace l’estrade par une scène tandis que des loges sont aménagées de part et d’autre. Un chauffage au charbon par pulsion d’air chaud est installé. L’entrée, déplacée sur une des allées, est couverte d’une marquise en fer et bois.

En 1931 comme nous le rappelle Françoise Galès : « Une toiture est bâtie au-dessus du passage latéral droit pour protéger le public des intempéries. L’espace se modernise encore par l’adjonction d’un cinéma scolaire destiné à l’enseignement technique et aux conférences agricoles. » (Focus, Maison du Peuple Millau, septembre 2016)

L’on revit alors de 1925 à 1939, puis ensuite durant quelques années après la Libération, les opérettes-opéras se succéder à nouveau sur la scène de la Maison du Peuple, relayées en saison par des troupes connues comme celles de la célèbre basse Pararéda ou des Lév ou des Baret. Durant ces périodes, l’Association Sportive Millavoise de Football proposa des opérettes, revues locales très prisées des Millavois.

Georges Girard aimait à se souvenir :

« Toutes ces Revues, évoquant les multiples péripéties de la vie millavoise au quotidien avec ses truculents personnages empruntés à la politique, à l’industrie ou aux diverses sociétés, connurent tous de mémorables succès soutenues par l’ambitieux slogan de cette vaillante société sportive… « En avant toujours et quand même… C’est le refrain de l’A.S.M. » Citons-en quelques titres au nom bien évocateurs : Halte là ! les Montagnards sont là (1924) On l’espère…elle (L’Esperelle), Joyeux lundis ! (Relâche dans les ateliers et pas dans les bistrots !) Peaux…teints (Potins en mégisserie), Millau se distrait-on, En plein dans la sauce (évoquant l’Association sportive) en 1931. J’eus moi-même la joie en 1954-1955 avec le concours du Calèl des écoles libres de Millau de prendre part à la dernière revue locale qui ait été joué. Prenant prétexte du transfert du monument aux Morts des Mobiles de 1870 de la Place du Mandarous au Parc de la Victoire ; elle était intitulée : « On a volé la Marianne ! » par allusion à la belle statue exécutée par Denys Puech que les Millavois appelaient La Marianne ». (Vieilles maisons…vieilles histoires, Journal de Millau, 21 juillet 2005).

Sous son fronton aux armoiries de la ville, sculptées par Lautier, la Maison du Peuple portera plus que jamais son nom, surtout lorsqu’elle deviendra un haut lieu de la lutte ouvrière…

A suivre…

Marc Parguel