Millau. La Fontaine des Deux Sœurs (vallée de la Dourbie)

La fontaine nommée « la fouon de laï douoï souorres » est située au nord-ouest, en contrebas de la ferme du Pompidou (Causse du Larzac) au fond d’un ravin. Appelée aussi « source du Pompidou » par les gens de la localité, elle est mentionnée dans d’anciens textes du XIVe siècle, mais son aménagement, qui n’est pas dû au hasard doit être beaucoup plus ancien. Elle naît d’une fissure profonde d’un rocher.

La source au creux du rocher.

On y accède par un sentier qui passe sur un pontil voûté et qui débouche dans une agréable clairière.

La fontaine est proche du site des deux sœurs qui lui a sans doute donné son nom dès le XIIe siècle. Une charte de 1150 mentionne les troupeaux qui parcouraient son territoire « totz lo pasturals que avia dans Dorbia entro al Vortz, esteirs de lo bestias de Doas Serors et del Vialaret e de la Rovoira et del Crazos et de Revel » (Clovis Brunel), et en 1198, le mas dont nous avons parlé dans le précédent article.

Vue au-dessus du pontil.

La fontaine coule sous un vieux pont de pierre avant d’aller de pises en pises. Il paraîtrait qu’autrefois on amenait les bœufs de la ferme du Pompidou à ces abreuvoirs. La description des lieux nous est faite par Jean Poujol : « Ce pontil, à une seule arche en plein cintre, enjambe une résurgence qui alimentait quatre abreuvoirs alignés à son débouché. Une vanne permettait de faire le remplissage par gravitation des abreuvoirs, et ce, à la demande, sans perte du précieux liquide. » (Note sur le pontil des deux sœurs, document manuscrit).

Cette vénérable source a eu besoin, il y a quelques années d’un bon débroussaillage. Des volontaires de Lo Bartas entreprirent ce chantier dans la bonne humeur.

Abreuvoirs.

Revenons quelques instants sur notre château des deux sœurs. Selon André Soutou, il faisait face au château de Miraval (mentionné en 1148, ruiné vers 1212) situé sur le Causse Noir, qui a été le lieu de naissance d’un troubadour Raymond de Miraval.

Entre Miraval et les deux sœurs il y avait en bas sur la rive droite, l’église de Saint Amans de Bouffiac autrefois appelée Saint Amans d’Ortals (1282) à cause du petit jardin qui y attenait « quoddam ortale situm contra ecclesiam de Bofiac ultra Dorbia » , dont la paroisse englobait ainsi deux châteaux, sans compter les mas correspondants répartis à la fois sur le Causse du Larzac et le Causse Noir, de Longuiers au Pompidou. En 1486, les habitants de la vallée de Clapade dépendaient aussi de Saint Amans de Bouffiac (Archives départementales de la Haute-Garonne, fonds de Malte (ADHGM).

Pour traverser la rive de la Dourbie, existait un pont de pierre appelée Pont de Bouffiac mentionné en 1262 « Un bois situé au-dessus du pont de Bouffiac »  et en 1292 : « une pièce de bois al pont de Bouffiac del saltz del ranc (du saut des falaises) jusques al pla del Larzac » (1292, registre Vitalis, f.337).

D. Rey ajoute : « Jusqu’à la fin du XIIIe siècle, les troupeaux pour se rendre au Causse Noir transitaient du Larzac en traversant la Dourbie sur le pont de Saint Amans de Bouffiac, près de Laumet ou l’Olmet, comme on disait alors (Ipse testis stetit pastor in Larziaco, scilicet illo anno quo fuit dies nox…cundo et transeundo per pontem de Boffiaco quando ibat vel rediebat de Barres » (Barre ou Embarry, vaste tènement de dépaissance du Causse Noir).

Ce pont qu’on doit attribuer aux moines de Saint Guilhem était vraisemblablement en pierre ce qui est très rare à cette époque. Il fut détruit par une crue avant l’année 1413 « usque ad pontem fractum de Boffiaco (31 mai 1413, Boissac notaire) (D.Rey, les fortifications de Millau, p.113, 1924).

Marc Parguel